Le Journal des Entreprises : Le mot « crise » est désormais moins utilisé par les dirigeants pour parler de la santé de leurs entreprises. Peut-on considérer que l’économie régionale va mieux ?
Philippe Hourdain : La conjoncture des Hauts-de-France connaît, en effet, une amélioration. Le moral des dirigeants est meilleur et ça me paraît plus évocateur que la seule mention de chiffres. Même si l’état d’esprit est plus positif, la situation est à nuancer. Nous sommes toujours dans un schéma où certaines entreprises fonctionnent très bien tandis que d’autres, en mal de fonds de roulement, peinent à s’en sortir. Le mouvement semble être reparti, il y a du mieux, à nous de transformer l’essai même si l’ensemble reste fragile. Et puis la crise que nous avons connue a fait des victimes, les entreprises les plus fragiles ne sont déjà plus là. Restent les plus structurées. Une économie du haut de bilan s’est aussi largement développée dans la région avec des professionnels qui, en entrant au capital des entreprises, conseillent et accompagnent des dirigeants qui ne sont, de ce fait, plus seuls face à leurs décisions.
Quels sont les secteurs qui tirent la conjoncture régionale vers le haut ?
P.H. : Globalement, le tertiaire supérieur a continué à recruter, le numérique explose et la distribution connaît, elle aussi, de beaux jours. La logistique et les transports jouissent, eux, d’un positionnement des Hauts-de-France leur assurant de formidables atouts pour le développement de cette économie. Le secteur qui ne s’améliore pas, par contre, reste l’industrie. C’est un problème endémique sur lequel travaille activement le comité régional à la revitalisation et à la ré-industrialisation dont Philippe Vasseur a la charge. L’industrie c’est aussi bien de la R & D que de l’investissement, de la formation, des recrutements de jeunes diplômés et de l’entrepreneuriat. C’est un sujet commun à tout le monde, à nous de créer un terreau favorable à son développement.
Vous évoquez l’emploi de la jeune génération. Ces jeunes actifs sont adeptes de nouvelles méthodes de travail : start-up, entreprise libérée, coworking, télé-travail… La Région est-elle prête pour cette transformation ?
P.H. : Je suis fondamentalement certain que l’entreprenariat est une solution majeure face au chômage régional. Un jeune créateur d’entreprise reste 6 mois ou 1 an seul dans sa structure mais il finit toujours par recruter. Tous ces emplois, créés ou sauvegardé, mis bout à bout, c’est conséquent. Le coworking et le télétravail seront de plus en plus utilisés, j’en suis persuadé. Les modes de satisfaction au travail changent. Nous devons être acteurs et non spectateurs de ces changements. On ne peut plus travailler aujourd’hui comme avant. Nous avons monté notre boîte en 1994, avec mon épouse, et quand j’y repense, j’ai l’impression d’avoir 110 ans tellement les choses vont vite aujourd’hui.
Quels seront, selon vous, les grands chantiers 2017 ?
P.H. : Selon moi, l’avancée du Canal Seine-Nord doit absolument se faire. Ce dossier sera absolument vital pour la conjoncture régionale. L’économie tourne mieux quand on a le moral et qu’on croit en un but commun. Il faut chasser la désespérance de nos territoires, comme ça peut être le cas dans le Bassin minier par exemple. Or, le chantier du Canal Seine-Nord est structurant pour l’ensemble de la région. Qui plus est depuis la fusion des départements. Ça ne se fait pas comme ça une fusion et ce projet, la traversant de part en part, pourrait sceller la coopération des territoires. Je suis persuadé que la région des Hauts-de-France a toutes les cartes en main pour faire de l’économie de transport et de la logistique l’un de ses poumons : une façade maritime de 200 km, une métropole transfrontalière qui pourrait l’être plus encore… nous pourrions devenir les champions de la logistique ! Le Canal Seine-Nord va, en plus, nous obliger à être innovants pour capter un bassin de 12 millions de personnes entre la banlieue parisienne et l’Oise. C’est autant de créneaux à développer pour des start-up sur les questions de traçabilité des produits ou des flux par exemple.