Le 3 novembre 2023, la Liane sort de son lit et inonde les locaux de SBE (1 200 salariés dont 350 en France, 148 M€ de CA 2022) à Saint-Léonard (Pas-de-Calais). Que trouvent vos salariés en arrivant sur le site?
Olivier de Rugy: Les locaux sont inaccessibles, noyés sous 50 centimètres d'eau. Dans les jours qui suivent, l'eau va atteindre jusqu'à 70 centimètres par endroits. L'entreprise est spécialisée dans les réparations d'appareils électroniques, donc sensibles à l'humidité. Très vite, on réalise qu'un bon nettoyage ne suffira pas pour reprendre l'activité. Le site que louait SBE est irrécupérable, il faut trouver une autre solution, et rapidement.
Quelles sont les premières mesures mises en place?
Au sein du groupe nous avons deux richesses : nos salariés, et notre système d'information. La première urgence, c'est de garantir la sécurité des personnes, en limitant l'accès au site. On n'y rentre jamais seul, et jamais sans casque ni gilet. La deuxième, c'est de sauver ce qui peut l'être, et surtout nos serveurs. Les 500 PC du site, qui étaient sous les bureaux, sont irrécupérables. En revanche par miracle, nos serveurs sont restés au sec et malgré l'humidité ambiante, on a pu sauver nos données. Ça s'est joué à quelques heures ! Sans les serveurs, SBE aurait sans doute mis la clé sous la porte.
Au moment du sinistre, cela fait quelques mois que SBE a intégré Cordon Group (450 M€ de CA, 4 000 collaborateurs), basé à Dinan (Côtes-d'Armor). Un soutien de poids dans cette épreuve?
Tout le groupe s'est immédiatement mobilisé autour de SBE. Il a fallu s'organiser très vite pour pouvoir reprendre l'activité: SBE répare des téléphones et autres appareils électroniques en sous-traitance pour de grands comptes, opérateurs de téléphonie ou retailers. Nous travaillons en flux tendu: les appareils arrivent le matin et repartent le soir. Quelques jours d'immobilisation pour SBE, ce sont donc des centaines de colis qui s'entassent chez les transporteurs. Il a fallu gérer les flux, et trouver un site temporaire en urgence. Nous avons été entièrement transparents avec nos clients, qui se sont montrés très compréhensifs et nous ont aidé du mieux qu'ils pouvaient. Nous avons pu investir un entrepôt, à Outreau, dans lequel nous avons déployé des chapiteaux chauffés pour garantir le minimum de confort à nos salariés. Dès le lendemain du sinistre, on a commencé à recevoir des ordinateurs de secours en provenance de toutes nos agences en France. Des techniciens du groupe sont venus faire les raccordements électriques, monter les chapiteaux et installer un nouveau data center à Outreau… le 15 novembre, on était de nouveau opérationnels.
En parallèle, qu'est-ce qu'il se passe sur le site sinistré de Saint-Léonard?
Le nettoyage s'organise. Il faut prendre la mesure des dégâts causés par l'inondation, et enclencher les démarches auprès des assurances. C'est là qu'il faut faire très attention. Nos salariés se sont montrés très mobilisés, alors même que certains étaient touchés par les inondations à titre personnel. Cet engagement nous a beaucoup émus. Mais il est primordial de tout faire dans les règles, de noter et photographier minutieusement chaque geste effectué, chaque dommage découvert, conserver chaque facture, au fur et à mesure. C'est compliqué à mettre en place quand vous avez 100 personnes qui s'activent sur un site, mais si vous ne le faites pas sur le moment, six mois après, c'est impossible à reconstituer. Notre courtier nous avait donné ce bon conseil, bien utile dans les négociations avec les assurances.
Et justement, comment se sont passées ces négociations ? La perte sèche est importante au final?
Les assureurs ont répondu plutôt présents, mais tout a été très long. Nous sommes finalement arrivés à un accord satisfaisant, fin 2024. Heureusement, les élus locaux et notamment la Région se sont beaucoup mobilisés pour accélérer les choses, sans quoi cela aurait pris trois à six mois de plus. C'est là qu'on a mesuré à quel point on avait bien fait de tout documenter, pour fournir un état du plan d'affaires avant, pendant et après le sinistre, et bien évaluer le préjudice… Grâce à notre organisation en flux tendu, nous avons perdu très peu de matériel client. En revanche, une grande partie de notre stock de pièces détachées était fichue : ce qui était stocké en partie basse a été noyé, des étagères ont été renversées par le courant… Nous ne communiquons pas sur les montants, mais le trou dans la trésorerie a été important. Heureusement que le groupe est solide, d'autres entreprises ne s'en seraient sans doute pas relevées.
En février 2025, vous avez inauguré les nouveaux locaux de SBE, à Saint-Martin-Boulogne... tout est bien qui finit bien?
Nous sommes restés presque un an à Outreau, le temps de trouver et d'aménager un nouveau site. Nous avons finalement trouvé deux bâtiments voisins, à Saint-Martin-Boulogne, là encore, grâce à la mobilisation des élus. Tout l'aménagement a été effectué en un temps record, entre avril et octobre 2024. La devise de notre président Serge Cordon, "d'un mal un bien", s'applique vraiment en l'espèce. Malgré l'urgence, nous avons pris soin de penser le projet, pour articuler le bien-être des salariés, l'efficacité industrielle, et la sécurisation des flux. Le nouveau site est plus petit, mais bien mieux conçu que l'ancien, qui était vieillissant… finalement, nous avons fait tout ce qu'on avait prévu pour SBE, en un an au lieu de trois : nouveau site, nouveau logo, meilleures conditions de travail… Et ça a accéléré l'intégration des équipes au sein du groupe!