Installé au Pôle de biotechnologies de Ploufragan (Côtes-d’Armor), Nevezyne est rentré bredouille de l’événement Go Invest de Rennes du 7 novembre dernier, rencontre entre entreprises innovantes cherchant des fonds et investisseurs. Qu’importe, la start-up créée en 2023 par Christophe Loizel (président et directeur de la recherche), Florence Marie (directrice technique) et Anthony Pilorget (directeur commercial), qui cherche à lever 1 million d’euros, possède d’autres pistes. "Avec cette somme, nous pourrons passer à l’industrialisation de notre production de protéines à partir de vers à soie", explique Christophe Loizel.
Produire des molécules à moindre coût
Cette technique développée par Nevezyne est unique en Europe. Au lieu de se servir d’un bioréacteur pour cultiver des cellules, la biotech utilise l’organisme du ver à soie, qui peut multiplier son poids par 10 000 en 30 jours, pour en produire. Le but est d’en extraire des molécules d’intérêt (protéines, hormones…) avec moins d’investissement de départ et avec un coût de production moindre. Un gain que l’ancien chercheur à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), prudent, préfère ne pas quantifier pour ne pas éveiller des appétits.
Un marché de 300 millions de dollars par an
La start-up costarmoricaine a choisi de produire, avec ses vers à soie, des biosenseurs baptisés GFP. Ces protéines fluorescentes sont nécessaires pour, associées à un anticorps, déceler des cellules lors de diagnostics. "Par exemple, dans le domaine des cancers, où la demande est particulièrement importante", reprend le scientifique. Le marché mondial des GFP s’élève actuellement à 300 millions de dollars par an.
Mais Nevezyne veut aller plus loin et a constitué un consortium, avec le Portugais Ibet, l’institut roumain Cantacuzino et, bientôt, un troisième partenaire scientifique, pour rechercher des financements auprès de l’Europe, via le programme EIC Pathfinder. La somme peut aller jusqu’à trois millions d’euros.
Producteur et livreur de protéines
Le but est donc de développer encore sa plateforme de production de cellules avec des vers à soie, en l’occurrence dans le domaine du diagnostic de la grippe pandémique H1N1. Et de pouvoir à terme, utiliser cette plateforme pour différentes recherches. "Nous serons producteurs de protéines à façon, sauf à de rares exceptions comme avec les GFP dont nous effectuerons la commercialisation en direct", précise le Costarmoricain.
Une question de souveraineté nationale
"Il y a 10 000 biomolécules en cours de développement dans le monde et l’investissement moyen pour un site de bioproduction se situe à 50 millions d’euros et peut approcher le milliard d’euros", pointe Christophe Loizel. Cette plateforme pourrait être utilisée tant dans le domaine de la santé animale qu’humaine. "L’enjeu est un enjeu de souveraineté nationale, alors que 95 % des médicaments en France sont importés, mais aussi dans l’objectif d’éviter les risques de pénurie", alerte le président.
En attendant de pouvoir industrialiser l’élevage des vers à soie et la production de GFP, la biotech propose la réalisation de R & D avec son process innovant, dont le premier prototype a été validé fin 2023. Elle bénéficie du label de Jeune Entreprise Innovante et est agréée pour les Crédits d’impôt Recherche (CIR) et Innovation (CII).