En dix ans, Lorient est devenue la Mecque de la voile. Écuries de course au large et entreprises du nautisme se sont peu à peu installées à Keroman, un site de 20 hectares qui regroupe aujourd'hui 40 entreprises et 500 salariés. L'impulsion politique donnée pour transformer l'ancienne base des sous-marins en haut lieu du nautisme en Bretagne est saluée par les Finistériens. D'autant qu'ils en bénéficient. Au moins indirectement. «Lorient est devenu un centre important du nautisme. Elle a supplanté d'autres lieux dans le Sud Bretagne. Les Lorientais ont bien réussi leur coup et c'est tant mieux. Nous, nous sommes très bien là où nous sommes. Il y a trois quart d'heure de route et nous travaillons avec des entreprises de là-bas», souligne Christian Bouroullec, patron du chantier Structures de Sainte-Marine. La Voilerie Incidences de Brest bénéficie, elle aussi, du développement du nautisme à Lorient. En 2006, elle reprenait en effet la voilerie Tonnerre, qui a dépassé le million d'euros de chiffre d'affaires cette année. «Nous sommes très satisfaits de sa croissance», affirme Yannick Richomme, le nouveau président du groupe Incidences (voir page 9).
«Trois jours plus tard, on me proposait un terrain»
Philippe Facque, dirigeant du chantier de construction de bateaux de course CDK Technologies à Port-La Forêt, a été le témoin de la machine de guerre lorientaise. Faite de réactivité et de service aux entreprises, la méthode a porté ses fruits. En 2007, il avait besoin de toute urgence d'un hangar pour assembler le maxi trimaran géant Banque Populaire V. «Je suis passé un jour à Lorient et j'ai émis l'idée que nous pourrions être intéressé par une implantation. Trois jours plus tard, on me rappelait pour me proposer un terrain, pour nous aider à décrocher des subventions... C'est assez rare pour le dire : à Lorient, il y a vraiment des gens qui sont là pour vous soutenir.» Un autre des points forts de Lorient pour attirer les entreprises du nautisme : les moyens de manutention dédiés aux grosses unités. «Keroman bénéficie de la plus belle infrastructure de mise à l'eau de toute la façade littorale française», juge Philippe Guglielmetti, le P-dg d'Arcoa. Le choix de s'installer à Lorient il y a six ans, s'est imposé de lui-même. Le constructeur de yachts de luxe normand avait besoin d'un site lui permettant de faire évoluer son chantier vers des bateaux de plus grandes tailles. «Et d'aller jusqu'à lever 650 tonnes pour une mise à l'eau, ce qui est le maximum en France». À l'époque, trois sites étaient en concurrence dont le port du Corniguel à Quimper et Paimboeuf dans l'estuaire de la Loire.
Loyer : «À Lorient, c'est trois fois moins cher»
Le coût des locaux est une autre arme de nos voisins. En janvier, Tanguy Le Bihan architecte naval brestois a fait le choix d'y implanter son chantier E3H de construction de bateaux électriques. A Brest, il ne trouvait pas de hangar correspondant à son cahier des charges. «Il fallait aller dans la zone d'activité à Kergaradec ou alors sur le port de commerce. Mais à Lorient, on paye trois fois moins cher.» Admiratifs du développement de Lorient, certains Finistériens auraient quand même aimé bénéficier d'un tel dynamisme chez eux. «Je pense que Brest a râté le coche», estime Bertrand Cudennec, le fondateur de la voilerie Incidences à Brest. «Depuis quinze ans, on voit une ambition affichée de développer la plaisance et la course au large à Lorient, que je n'ai absolument jamais ressenti à Brest. Il est vrai que la ville a fait autre chose.» La présence de la Marine Nationale et les négociations sur le foncier ont-ils freiné des ambitions ? Bertrand Cudennec se pose encore la question aujourd'hui. Il se souvient d'un grand prix de multicoque à Lorient il y a une dizaine d'années. Jean-Yves Le Drian avait dit: dans quinze ans, Lorient sera la capitale européenne de la course au large. C'est chose faite.
Mais comment font-ils, ces Lorientais, pour attirer de belles entreprises du nautisme sur leur base de sous-marins? Certains chefs d'entreprises finistériens sont les témoins d'une méthode bien huilée faite de réactivité et de service aux entreprises.