Carine Chesneau, vous dirigez une entreprise industrielle de la région nantaise et vous êtes présidente du CJD de Nantes, une association qui réunit 130 dirigeants. Ce jeudi 2 juin, vous comptiez réunir plus de 600 personnes au théâtre Graslin. Mais l’événement n’a pas pu avoir lieu…
« Il y a eu un premier incident à 14 heures. Les intermittents du spectacle qui préparaient la salle avec nous le matin se mettent en grève. L’après-midi, ils ne reviennent pas au théâtre, sans prévenir personne. On a galéré tout l’après-midi pour être prêt. Mais, un peu après 18 heures, une vingtaine de personnes portant des gilets et des drapeaux de la CGT bloquent l’accès au théâtre. D’autres les rejoignent, ils sont peut-être 80 au total. Des intermittents du spectacle, des militants de Nuit Debout et, parmi eux, pas mal d’ado de 14, 15 ans.
Que voulaient les manifestants ?
J’ai essayé de discuter avec eux. Je leur ai proposé une tribune, un temps de parole avant notre plénière, pour qu’ils puissent expliquer leurs revendications, leurs difficultés. Ils en n’ont pas voulu. Ils voulaient seulement que la « soirée de patrons » soit annulée. C’était leur seule revendication. Il y en a qui criaient « morts aux patrons ». Certains étaient agressifs et alcoolisés, et avaient avec eux des packs de bière. J’ai compris que le fait que des patrons privatisent un lieu public ne leur allait pas du tout. Sauf que le théâtre, on l’a loué ! On a essayé d’expliquer qui on était, des dirigeants de PME, que le CJD met l’humain au cœur de l’économie. On m’a répondu que les patrons qu’on décrivait n’existaient pas !
Ça vous fait quoi d’entendre ces discours de lutte des classes ?
J’ai été très choquée de l’aveuglement que j’ai ressenti chez mes interlocuteurs. Je m’aperçois que certains entretiennent tous les clichés du patron. J’ai aussi été très choquée que des manifestants se moquent de personnes handicapées et même molestent une femme devant ses propres enfants.
Vous n’avez pas appelé la police ?
La police ne pouvait pas intervenir sans autorisation du responsable du théâtre qui n’a pas voulu donner son feu vert. On a donc décider d’annuler la soirée de peur que cela dégénère. Il y avait beaucoup d’énervement de notre part et de la part des manifestants.
Vous allez porter plainte ?
C’est possible. Il nous faut étudier cette possibilité.
L’ironie de l’histoire, c’est que la soirée devait parler des héros anonymes et d’entraide…
L’idée, c’était que les 600 participants repartent avec l’envie de faire le pas de plus, ce petit pas qui permet de transformer le monde. Chacun a en soi la capacité de se surpasser et d’aider les autres. Philippe Pozzo di Borgo, l’auteur du livre qui a inspiré le film Les intouchables, devait intervenir. Tout comme Frédérique Bedos, la fondatrice de l’ONG Projet Imagine qui met en lumière des héros anonymes. Le thème de la soirée ne méritait vraiment pas d’être pris en otage.
Sous les cris de « mort aux patrons », ce jeudi 2 juin, des manifestants contre la loi travail ont empêché que se tienne, au cœur de Nantes, une soirée du Centre des Jeunes dirigeants (CJD). Ironie de l’histoire, la soirée devait parler des héros anonymes et d’entraide ! Mais la lutte des classes à la peau dure…