Jérôme Foulfoin le raconte un sourire aux lèvres : "Pour notre garage de Trémuson, près de Saint-Brieuc, j’étais venu y acheter une remorque. J’ai pris un café avec le propriétaire de l’époque et quand je suis parti, j’avais aussi acheté le garage." L’anecdote illustre l’appétit de l’entrepreneur breton.
Le propriétaire du transporteur de colis et coursier costarmoricain Multicourses, mais aussi de nombreuses autres entreprises dans des activités connexes (garages, activités de stockage, communication visuelle…), comptant plus de 1 500 salariés au total, n’en finit plus de racheter des entreprises : huit en 2023, huit en 2024 et déjà cinq jusqu’ici en 2025, d’autres acquisitions étant envisagées avant la fin de l’année.
Une cinquantaine de rachats depuis 2007
L’autodidacte cumule une cinquantaine de rachats, depuis qu’en 2007, il a acquis Multicourses. Le spécialiste du transport à la demande, des messageries et courses urgentes affichait alors 1,6 million d’euros de chiffre d’affaires pour douze salariés. Son activité a désormais atteint la barre des 80 millions d’euros engrangés en 2024.
L’ensemble du groupe affiche quant à lui 88 millions d’euros de chiffre d’affaires, et devrait atteindre entre 100 et 120 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, suivant la réalisation des acquisitions en discussion.
Internaliser les tâches au sein du groupe
L’origine de cette stratégie de croissance externe est diverse. Certaines acquisitions sont réalisées à la barre du tribunal de commerce, d’autres découlent de rencontres fortuites. De plus en plus de rachats proviennent aussi d’appels de cédants, qui ont eu vent du grand appétit de Jérôme Foulfoin.
Si beaucoup viennent grossir l’activité de transport de colis de Multicourses, d’autres répondent à une stratégie qui vise à acquérir des entreprises dans des domaines connexes, pour internaliser les tâches. Par exemple celui de la communication visuelle, pour réaliser l’habillage des camionnettes et fourgons. Ou celui de la réparation automobile, pour réparer les véhicules du groupe et ainsi limiter le recours aux assurances, et disposer de pièces de rechange. Résultat, des gains de coût, mais également du business supplémentaire puisque ces activités sont ouvertes à la fois aux entreprises du groupe et aux clients extérieurs.
Son carburant ? "Être envieux"
Mais un autre carburant fait aussi avancer Jérôme Foulfoin : "Je suis envieux, j’ai toujours voulu atteindre le niveau des belles réussites entrepreneuriales. Je considère qu’être envieux est une qualité, qui fait avancer, contrairement à la jalousie, explique le Costarmoricain. Et j’ai toujours la volonté de ne pas m’ennuyer. Et de maintenir mes équipes dans la découverte et le challenge."
L’entrepreneur ajoute un facteur chance, selon lui déterminant. "J’ai eu la chance de rencontrer les bons fournisseurs, les bons banquiers, les bons collaborateurs (22 sur les 24 cadres du groupe ont commencé comme chauffeurs, NDLR) et les cédants des entreprises que j’ai rachetées, qui m’ont contacté souvent directement", soutient Jérôme Foulfoin.
Une zone d’intervention qui s’étend
Cet appétit de défis irrigue un groupe organisé en différentes holdings. La première, baptisée JFK, comprend Multicourses, qui s’étend sur une grande partie de l’ouest de la France. "Il ne manque que la Normandie et le Sud-Ouest", sourit le titulaire du bac qui n’aimait pas l’école et qui n’a pas suivi d’études supérieures.
Basée à Loudéac, l’entreprise est le plus gros transporteur France d’UPS. Elle a, entre autres, étendu sa zone géographique avec le rachat cette année du groupe angevin MDS (80 salariés, 11 M€ de CA en 2024) qui, en plus d’Angers et La Roche-sur-Yon, compte deux agences à Tours et Saint-Etienne. "À partir de Saint-Etienne, nous allons nous développer sur l’axe Chartes Paris. Et pourquoi pas ailleurs ensuite", confie le dirigeant. Outre MDS, Jérôme Foulfoin a également acquis la Société de distribution de combustibles liquides et de transports dans le Morbihan (4 salariés), les Transports Gérard à Nantes (120 salariés, 6 M€ de CA) et les transports HPE au Mans (20 salariés) qui ont été rattachés à Multicourses.
Des activités connexes à celle de transport de colis
JFK réunit aussi les activités connexes à celle de Multicourses. Comme celle de la communication visuelle, qui a encore grossi en 2025 avec le rachat d’Armor Enseigne (6 salariés et 800 000 € de CA), acteur de l’enseigne lumineuse et du covering, qui vient grossir cette activité portée au sein du groupe sous l’enseigne Décograph (22 salariés, 4 agences), depuis 2017. Cette dernière, qui croît de 20 % par an, réalise le flocage des véhicules du groupe, en plus de ses clients extérieurs.
La holding comprend aussi Ninoloc (11 M€ de CA en 2024, 1 agence à Loudéac), qui propose aux particuliers et aux pros des locations courte et longue durée de "tout ce qui a quatre roues", du fourgon à la voiture de prestige, en passant par les camping-cars et les camions frigos (en tout 1 550 véhicules), et l’activité stockage professionnel (une trentaine d’agences, 45 000 m² de bâtiments).
Une nouvelle holding pour les activités "rock’n’roll"
Le groupe costarmoricain compte également Pesto (4 salariés), créé en 2023 à la suite du rachat du costarmoricain BFE, un acteur de la communication par l’objet, des goodies aux vêtements de travail. Mais aussi Loudébox (5 sites de stockage en containers d’avion en Bretagne et Vendée) et Packbox (un immeuble de stockage à Brest).
Toutes ces activités, ainsi que des parts dans l’ensemble de restaurants Marietta, à Nantes, font partie de la holding Foul Good, qui regroupe aussi "des activités rock’n’roll", s’amuse le Costarmoricain âgé de 50 ans.
Foul Good comprend par exemple, depuis juillet 2025, Foul Race. "C’est une boîte d’événementiel basée sur le sport automobile", annonce Jérôme Foulfoin. Cette activité propose des stages de pilotage et d’initiation et organise des événements sur des circuits de courses automobiles de l’Ouest.
22 millions d’euros investis en 2025
Pour soutenir sa croissance, le groupe breton multiplie en parallèle les investissements. Il aura injecté pas moins de 7 millions d’euros dans sept achats de bâtiments et deux agrandissements en 2025, dont le siège administratif de Loudéac, où se trouvent la plus grande partie des fonctions supports et le bâtiment de Trémuson (Côtes-d’Armor) qui accueille des agences Décograph et Pesto (1,2 million d’euros investi).
Le groupe de Jérôme Foulfoin devrait en outre aussi investir 7 millions d’euros dans le rachat d’entreprises cette année (si les discussions en cours se concrétisent) et 8 millions d’euros en véhicules. "Nous achetons en moyenne 300 camions par an", pointe le dirigeant.
Un pool bancaire réuni tous les ans dans les entreprises du groupe
Un effort soutenu pour son pool bancaire qui comprend BNP Paribas, la Banque Populaire Grand Ouest, le Crédit Agricole Côtes-d’Armor, le CIC, le Crédit Lyonnais et la Société Générale. "Je les réunis toutes une fois par an, je leur présente nos projets. Elles discutent entre elles et se répartissent les engagements, raconte Jérôme Foulfoin. J’organise ça à chaque fois dans des nouvelles entreprises ou des nouveaux bâtiments du groupe, pour leur montrer où va leur argent." Le capital reste toutefois entièrement familial. Le Costarmoricain et sa famille proche sont encore propriétaires de 100 % du groupe.