Minerve, déesse grecque du commerce, a trouvé à Quéven (56) et Quimperlé (29), un nouveau terrain de jeu, et ce depuis mai 68, date de création de la société éponyme. Culture étonnante en Bretagne que celle de cette entreprise fondée par Gérard Percevault, aujourd'hui décédé. À l'origine, Minerve fabriquait des produits exotiques et méditerranéens (couscous, olives grecques, produits italiens...) C'était avant l'entrée sur ce marché des gros de l'industrie agroalimentaire. Dans les années 80, Minerve décide de se repositionner sur un marché atypique: la culture et le conditionnement des pousses de soja. Aujourd'hui encore, l'entreprise réalise sa propre production hors-sol, comme le ferait un agriculteur, dans son usine de Quéven (56) où la marchandise est conditionnée. Minerve produit 6.000 tonnes de soja par an, fabrique à sa marque et en MDD. Si les conserveries nationales, ont à la marge, investi ce segment, Minerve en a fait - avec plus tard le conditionnement de marrons - son activité principale. Aussi, à force de spécialisation, est-elle devenue un acteur soit disant essentiel, avec «90% des parts de marché des conserves de soja en France et en supermarché», promet le P-dg Pedro Quintana associé depuis quinze années de Minerve. Il partage le capital de la société à 50/50 avec la famille de Gérard Percevault.
Le soja: légume d'avenir?
Minerve affiche un positionnement «naturel». «Sur le marché, on trouve du soja ayant un pédoncule unique. C'est à cause de l'utilisation de produits chimiques qui contrarient les racines secondaires. Chez nous, la germination est faite sur des toiles de jute et les racines sont coupées, comme le font les Asiatiques», explique cet ancien de Danone et de Tipiak. Riche en protéines végétales, le soja, outsider dans le rayon des conserves de légumes, a selon de boss de Minerve, de beaux jours devant lui, que ce soit en salade (70% de la consommation) ou en légume d'accompagnement (30%). Signe des temps, le soja quitterait progressivement les rayons ethniques pour rejoindre celui des conserves traditionnelles.
Les marrons en croissance
Dès 1985 et pour désaisonnaliser son activité, Minerve lance une production de conditionnement de marrons, en joint-venture avec un fournisseur italien. Son nom? «Secret de fabrication», répond Pedro Quintana. «Nos concurrents ont eu des difficultés d'approvisionnement l'an dernier. On était les seuls à pouvoir se fournir», explique Pedro Quintana. Depuis trois ans, les récoltes sont «catastrophiques» et les approvisionnements qualitatifs compliqués. De son côté, Minerve est passée de 26,7 à 38,7M€ de CA entre2007 et2008. S'il refuse de divulguer son résultat net, Pedro Quintana attribue cette croissance à l'élargissement de la diffusion dans de nouvelles enseignes et l'approfondissement des ventes dans son périmètre. Mais également à l'augmentation des ventes de marrons. Avec 12.000 tonnes par an, Minerve revendique là encore, le titre de leader en parts de marché sur le bocal et en grande surface.
Produits spécifiques pour le Japon
Pour se développer, la PMI a dernièrement consenti un investissement de 300.000euros à Quéven afin de renforcer son automatisation et ajouter une troisième ligne de production. Elle est dédiée à l'export d'une gamme spécifique au Japon. Lequel avec les États-Unis représentent 40% de l'export dans une activité internationale globale pesant 15% du CA de la société. «Le Japon est un marché difficile et intéressant. Nous y avons décroché un contrat, il y a quatre ans et créé de nouvelles recettes comme des croissants fourrés à la pâte de marrons», explique le P-dg de Minerve qui consacre en moyenne 700.000euros par an à l'outil industriel. Investir de nouveaux segments, dans les rayons frais et surgelés, est le prochain objectif du patron de cette conserverie du sud Bretagne.
Minerve, à cheval entre le Finistère et le Morbihan, se présente comme le leader français des pousses de soja et marrons en conserve. Sa spécialisation lui permet de faire face aux géants de l'agroalimentaire. L'entreprise s'apprête à lancer une gamme de produits biologiques.
Armelle Gegaden