La mission nationale French Tech est de retour sur les routes de France. Son objectif ? Evaluer les avancées des treize Métropoles French Tech en vue de leur accorder - ou non - leur label définitif. La réponse est attendue le 13 juin prochain. Bien évidemment, en coulisses, on s'active. A Aix-Marseille et sur la Côte d'Azur, les réunions préparatoires se succèdent. Même si, d'un côté comme de l'autre, on se dit serein. Obtenu fin 2014 pour la première, mi-2015 pour la seconde, le label French Tech vise à regrouper sous une même marque l'excellence numérique française, et donc à la rendre plus visible à l'international. Une opération de marketing territorial, en somme... « Oui, mais pas que, intervient Jean-François Chapperon, directeur délégué de la French Tech Côte d'Azur (FTCA).
Le mouvement French Tech cherche aussi et surtout à mettre les start-up dans un processus d'accélération en mobilisant l'ensemble de l'écosystème pour faire émerger des tech champions ». Et en PACA, le terreau semble fertile. Le numérique représente plus de 11.000 entreprises, comptant quelque 70.000 salariés pour un chiffre d'affaires proche des 15 milliards d'euros. Un marché en croissance de 12 à 13% par an où se positionnent entreprises, incubateurs, pépinières, pôles de compétitivité, accélérateurs... Autant d'acteurs qu'il a fallu fédérer sous une même bannière, puis regrouper au sein d'une même structure juridique.
L'apprentissage du travailler ensemble
« Sur le territoire provençal, la French Tech a été lancée par les élus. Quatre collectivités ont porté l'opération sur les fonts baptismaux. L'association Medinsoft s'y est ensuite associée avant d'être finalement désignée pour porter ce label », rappelle Stéphane Soto, directeur d'Aix-Marseille French Tech (AMFT). Après un an et demi d'existence, AMFT a constitué son équipe, créé des commissions, monté son site internet et organisé ou participé à l'organisation d'une vingtaine d'événements sur le territoire. « Et surtout, nous travaillons de façon collaborative, sans verticalité, en favorisant le dialogue ». « La notion de label permet vraiment aux gens de se réunir autour d'une table avec la volonté de travailler ensemble », renchérit de son côté Kevin Polizzi (Jaguar Network), l'un des neuf tech champions que compte le territoire d'Aix-Marseille. Sur la Côte d'Azur, où là aussi l'élan a été impulsé par quatre collectivités (Nice, Sophia Antipolis, Cannes et Grasse), la dynamique est bien enclenchée, même si l'apprentissage du travailler ensemble n'est pas chose aisée pour un territoire longtemps réputé pour ses divisions.
Mais ça, c'était avant. Il en reste toutefois quelques traces. La constitution d'une gouvernance représentant l'ensemble de l'écosystème et des quatre collectivités en atteste. Après de longs pourparlers, la mise en place d'un CoDir provisoire, elle a enfin vu le jour en février, co-présidée par Eric Léandri (Qwant) et Fabrice Moizan (Gayatech). Plus de six mois après la labellisation. Reste encore à l'inclure dans une structure juridique, en l'occurrence l'association French Tech Côte d'Azur Entrepreneurs (FTCAE) créée à Sophia Antipolis pour animer et fédérer les entreprises autour de la candidature à la labellisation, dont les statuts vont très prochainement évoluer pour regrouper tout ce petit monde sous l'appellation FTCA. Cependant, « on a été dans l'action très vite », insiste Jean-François Chapperon. En effet, dès septembre 2015, des commissions ont été créées répondant aux grandes missions de la French Tech (communication, animation, facilitation, accélération, rayonnement).
La communication sur le net est désormais unifiée, les outils afférents édités, une newsletter lancée. « La phase I d'une initiative comme celle-ci consiste avant tout à travailler la visibilité, reprend le directeur délégué FTCA. C'est ce qui a été fait, en permettant aux nombreuses actions déjà existantes sur la Côte d'Azur de s'associer à la marque French Tech.» A l'instar des accélérateurs de start-up locaux, du programme d'immersion à l'international "YES we camp" ou encore des "Early-Projets" de type Hackathon, Smart App Contest et autres Challenges Jeunes Pousses. Quelques événements propres à la FTCA ont également été organisés comme l'UK Evening, en marge du salon IPEM dédié au Private Equity. Un programme d'accélération entre Nice, Tel-Aviv et San Francisco est actuellement en préparation. Entre autres. Toutefois, sans budget alloué, difficile d'aller plus vite. « Le challenge ne consiste pas qu'à faire émerger un collectif, mais aussi des moyens. A cet égard, on en est qu'au début de l'histoire », reconnaît le directeur qui estime les besoins de fonctionnement entre 300 et 350 K€ par an. Mais l'homme se montre confiant, « la volonté est là », d'autant que le plus intéressant reste à venir.
Vers une organisation par filière
« Pour l'an II, nous souhaitons passer à l'action en menant des opérations directement dans les différentes branches professionnelles, indique Stéphane Soto d'AMFT. Nous sommes à l'ère de la transformation numérique. Nous voulons aider les différentes filières du territoire à amorcer cette transformation. Le territoire sait créer des projets structurants et coûteux, comme Henry Fabre, mais les entreprises ont aussi besoin d'actions immédiates à retour sur investissement rapide. Notre objectif est donc de travailler par filière et de définir des projets et des actions à court terme. Tout est en train de muter, il faut définir de nouveaux modèles économiques. L'enjeu de la French Tech n'est pas digital, mais sociétal ». « Les start-up ont souvent des problèmes de recrutement car, en cas d'échec, les salariés ont peur de ne pas pouvoir ensuite rebondir. Si l'on diversifie, si l'on densifie les activités et les filières, nous accroîtrons les capacités de rebond », commente également Kevin Polizzi.
Réflexion identique du côté de la FTCA. « On est tous des champions du numérique, la question qui se pose aujourd'hui est de savoir où porter l'effort. Quelles sont les thématiques fortes de notre territoire - et plus largement de PACA -, là où on estime avoir une masse critique de start-up et une stratégie cohérente pour porter cet écosystème ? », souligne Jean-François Chapperon. La FTCA a donc phosphoré, en collaboration avec les autres territoires labellisés French Tech de la région, pour identifier les thèmes, trouver les référents chargés d'animer et de représenter les start-up locales, avant de déposer sa candidature, le 11 avril dernier, à six réseaux thématiques French Tech : l'E-santé (référent Métropole Nice Côte d'Azur), l'E-énergies ou smartgrids (Capénergies), l'E-tourisme (Telecom Valley), l'E-éducation (EducAzur), le Sport Tech (Métropole Nice Côte d'Azur) et la Cybersécurité (SCS, Safe et Clusir Paca). De son côté, l'AMFT envisage d'organiser un événement d'envergure mondiale, à l'image de ce qui se passe à Barcelone ou à Las Vegas. Et son directeur de préciser : « Nous y travaillons d'arrache-pied. La dimension internationale de l'opération devrait faire évoluer toute l'activité économique du territoire. Pas seulement le numérique. »