Martine Bonny : À la barre du port de Dunkerque

Martine Bonny : À la barre du port de Dunkerque

Après Bercy et l'Équipement, Martine Bonny, ancienne prof devenue énarque, a choisi de mettre les mains dans le cambouis pour présider aux destinées de deux ports, Rouen, puis Dunkerque depuis 9mois.

Elle est la présidente du directoire du Grand port maritime de Dunkerque. Depuis la réforme portuaire de 2008, les ports autonomes ont changé de nom, et leurs patrons de titre. Ils ont troqué la casquette de directeur général pour celle de président du directoire. Pas de quoi affoler Martine Bonny.




Les ors de la République Avant d'arriver en septembre2008 à Dunkerque, le 3eport français (57,7millions de tonnes en 2008), elle coiffait déjà le même poste à Rouen. Chevelure blonde, lunettes à branches translucides, la patronne du port de Dunkerque a choisi il y a cinq ans de quitter le monde feutré des ministères. «Le monde portuaire m'était familier: j'avais quand même passé de longues années à la direction des Ports et du transport maritime, rappelle Martine Bonny. Quand j'ai été nommée à Rouen, ça m'a fait plaisir de passer - pas de la théorie au terrain, parce qu'ils doivent se rejoindre - à des activités plus opérationnelles. Je ressentais le besoin d'être plus sur le terrain. C'est un des attraits des ports: vous avez de multiples acteurs avec lesquels vous êtes en relation. C'est très vivant», confie-t-elle.

De Rouen à Dunkerque

Rouen: un port d'estuaire, qui s'étale sur 120km jusqu'à Honfleur. Ses objectifs là-bas: «améliorer les accès nautiques et le tirant d'eau» du premier port céréalier européen au milieu «du grenier à blé de l'Europe nord-occidentale». Puis, c'est Dunkerque et son «côté avant-gardiste en matière de création d'opérateurs intégrés de terminaux. Pour le port ouest, on peut dire que la réforme portuaire avait été faite avant l'heure, que ce soit sur le quai à pondéreux ouest, avec l'opérateur de manutention Sea-Bulk, ou pour les conteneurs, avec NFTI, dont le port est actionnaire à 9%; la réforme portuaire prévoit la privatisation de la manutention. C'est un port qui a servi de laboratoire, et qui a des challenges importants: il est vraiment très exposé à la concurrence. N'oubliez pas qu'entre le port ouest et le port est, vous avez 17km. Partez du port est: vous faites 40km, et vous avez l'entrée du chenal d'Anvers, le 2eport européen. Une fois qu'on a dit ça, on a tout compris», résume-t-elle, très pédagogue.

Enseignante à 20ans Le ton peut sembler presque professoral. Pas étonnant quand on sait que Martine Bonny a commencé sa carrière, à 20 ans, par l'enseignement du russe et de l'anglais, au collège et au lycée. Parallèlement, elle intègre Sciences-po Paris, tout en travaillant. «Une école très intéressante, très formatrice, se souvient avec gourmandise Martine Bonny. Et en même temps qui ouvrait sur les grands problèmes du monde. Quelque chose de très stimulant intellectuellement.» La suite? C'est l'Ena en 1976 et une première affectation à la direction des Ports, comme chargée de mission au service économique et financier. Après son premier poste, Martine Bonny file à Bercy, à la direction du Trésor. On lui propose de rester, mais le ministère de l'Équipement lui tend les bras avec un poste de sous-directeur. Va pour la logistique et une machine administrative de 500personnes! Puis s'enchaînent un poste à la direction des affaires financières et enfin la direction adjointe des ports et du littoral.

L'intérêt de la chose publique

Vingt-cinq ans après sa sortie de l'Ena, elle prend la tête de son premier port, Rouen. Un parcours prévu, imaginé? «Non, pas du tout. Quand je suis sortie de l'Ena, je n'avais absolument pas en tête l'idée de prendre la tête d'un port autonome. Je ne me suis jamais projetée avec des ambitions fixées à l'avance.» Son moteur, c'est plus «l'intérêt de la chose publique, contribuer à l'évolution d'un secteur, en plus très vivant, très ancré dans l'économie mondiale. Et puis diriger des équipes.» Elle aime par-dessus tout manager. «Mais tout ça s'est fait sur le tas et en fonction des opportunités. Je ne sais pas si c'est une très bonne chose de savoir à l'avance ce que l'on fera le lendemain».

Gabriel Thierry