Marianne Bocquet : «Ne pas avoir peur du tribunal de commerce»
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Marianne Bocquet : «Ne pas avoir peur du tribunal de commerce»

Si Marianne Bocquet, la présidente du tribunal de commerce de Libourne, n'enregistre pas une hausse des défaillances d'entreprises, elle craint une année 2009 difficile. Elle incite les entrepreneurs qui rencontrent des difficultés à venir le plus tôt possible au tribunal.


Avez-vous noté une augmentation du nombre de défaillances depuis le début de la crise financière?

Nous ne ressentons pas les conséquences de la crise pour l'instant. Mais je crains pour le printemps prochain des dépôts de bilan plus nombreux, après la publication des résultats financiers. En 2007, le tribunal de commerce de Libourne avait ouvert 166 procédures collectives. Le chiffre devrait être à peine supérieur cette année.


À quel moment un entrepreneur qui connaît des difficultés doit-il faire appel au tribunal de commerce?

Le plus tôt possible, avant la cessation de paiement. Nous ne pouvons épauler un chef d'entreprise que si une restructuration est encore possible. Je préconise autant que possible la procédure de conciliation, qui permet de bénéficier d'un moratoire, qui dure habituellement deux ans. Le conciliateur peut mener une véritable négociation avec l'ensemble des débiteurs. Surtout, cette procédure se fait en toute discrétion. À Libourne, 60% des conciliations sont des réussites.


40% aboutissent donc à des redressements judiciaires.

Oui, mais les entreprises qui avaient entamé une procédure de conciliation s'en sortent mieux que les autres. En moyenne, 30% des entreprises en redressement sont sauvées, et ce chiffre est plus important pour celles qui avaient connu une conciliation. Les entrepreneurs ne doivent pas voir peur du tribunal de commerce, comme c'est trop souvent le cas, notamment chez les artisans. Il faut également qu'ils sachent qu'ils restent maîtres de leur société même lors de la période d'observation. L'administrateur judiciaire n'est qu'une aide extérieure.


Une aide qui coûte cher...

Les frais de justice restent un gros souci. Cela coûte environ 2.000€ pour une conciliation et 5.000 à 10.000 € pour une procédure de sauvegarde ou un redressement judiciaire. Pour une PME de 100 salariés, les honoraires de l'administrateur s'élèvent à 150.000€.




Tél.: 05.57.25.58.05

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