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Maison Fontan, une entreprise familiale gravée dans le marbre
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Maison Fontan, une entreprise familiale gravée dans le marbre

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Plus ancien fabricant de marbrerie de son territoire, la Maison Fontan, installée à Tarbes depuis 1871, s’est développée au fil des générations pour devenir un acteur complet des services funéraires, de la taille du granit aux compositions florales. Elle perdure dans le temps grâce à des valeurs profondes et un sens du service particulièrement délicat.

L’atelier de fabrication de marbrerie de la Maison Fontan à Gayan — Photo : Maison Fontan

Créée en 1871 par Léonce Fontan, un sculpteur montagnard, la Maison Fontan (15 collaborateurs, CA 2025 : 1,80 M€), située à Tarbes (Hautes-Pyrénées) et spécialisée dans les services funéraires, n’a depuis lors jamais quitté le giron familial. Sonia et Lionel Fontan, sœur et frère, représentants de la sixième génération, pilotent la PME au côté de leur père Bernard Fontan, qui leur passera bientôt entièrement le flambeau.

Dans une série du groupe M6

« L’entreprise est un membre à part entière de la famille, avance Sonia Fontan. Elle fait partie de notre ADN. » Plus ancienne marbrerie en activité du département, elle a diversifié ses compétences au fil du temps pour couvrir aujourd’hui toute la chaîne de valeur : marbrier, chambres funéraires, pompes funèbres et fleuriste. « Il nous manque une salle de cérémonie, précise la dirigeante. Ce sera certainement notre futur projet. »

Il y a quatre ans, la Maison Fontan s’est trouvée sous les feux des projecteurs, dans l’émission de télévision Familles Mortelles, une série diffusée sur la chaîne 6ter (groupe M6). En suivant les coulisses de quatre entreprises familiales de pompes funèbres, ce programme visait à faire tomber les préjugés sur le métier. Avec les Fontan, l’équipe de tournage fut servie, jusqu’à vivre en conclusion une fiesta mémorable, nous raconte-t-on, dans les allées du magasin de 800 m² qu’elle possède dans la zone d’activités Kennedy, où sont exposées les pierres tombales.

À mille lieues des Charognards

Une parenthèse hors du temps pour cette famille humble et discrète, profondément attachée à la valeur d’un travail qui se perpétue d’héritage en héritage, depuis le petit atelier de Léonce Fontan, rue de la Sède, où tout a commencé, à la fin du XIXe siècle. A mille lieues des révélations du livre enquête Les Charognards (éd. du Seuil, octobre 2025) sur « le business de la mort », dans lequel « deux groupes privés, qui organisent à eux seuls un tiers des obsèques, se partagent une large part de ce marché à 3 milliards d’euros par an. »

« Nous avons souvent été démarchés pour un rachat ou un passage en franchise », sourit Sonia Fontan, qui balaie une telle issue d’un revers de main. « Au regard de notre histoire et de nos valeurs, nous voulons garder notre identité et faire perdurer le patrimoine de nos ancêtres, poursuit-elle. Il n’est pas facile de lutter contre les grands groupes mais nous restons convaincus que la qualité de notre service et l’accompagnement que nous apportons aux familles endeuillées font la différence. »

Léonce Fontan, créateur de l’entreprise en 1871 — Photo : Maison Fontan

Au cœur des années 1950, c’est Georges Fontan, père de Bernard et grand-père de Sonia et Lionel, qui donne l’impulsion pour développer l’entreprise. Il transforme l’atelier, qui jouxte le cimetière tarbais de la Sède, en magasin de fleurs. Son épouse Marcelle en prend les rênes et en fait une institution locale. Le chef d’entreprise délocalise aussi la marbrerie dans la petite commune de Gayan, au nord de Tarbes. « Dans la région, mon grand-père est le premier à s’être muni de machines pour pouvoir assurer la fabrication sur place, ajoute Sonia Fontan. Mes grands-parents ont vécu chaque semaine pour leur travail. Et le dimanche après-midi, ils faisaient la comptabilité. »

Lionel Fontan en action, qui travaille dans l’entreprise familiale depuis ses 16 ans — Photo : Maison Fontan

Un polissoir à genouillère et une débiteuse permettent à Georges Fontan d’introduire le travail du granit, qui, jusqu’alors, arrivait encore en produit fini. « Nous sommes aujourd’hui les derniers fabricants de monuments funéraires de notre territoire », appuie Bernard Fontan. Son fils Lionel, qui dirige l’atelier de fabrication de marbrerie, tandis que sa sœur gère les pompes funèbres, œuvre d’ailleurs actuellement avec son équipe d’artisans à la réalisation d’un monument aux morts pour une petite commune environnante. En plus de ses activités au service des particuliers, la Maison Fontan répond en effet depuis longtemps à des appels d’offres pour des marchés publics. « Nous travaillons aussi depuis longtemps pour l’armée », précise Bernard Fontan.

Second magasin de fleurs

L’entreprise s’approvisionne auprès de carrières françaises situées principalement dans le Tarn et le Morbihan. Elle recourt parfois aussi à des fournisseurs de pays de l’Est lorsqu’elle reçoit des commandes pour façonner dans son atelier du granit coloré. Dans les années 1980, Georges Fontan fait construire le magasin d’exposition qui fait la fierté de la famille, un investissement massif pour l’entreprise à cette époque. Il ouvre un second magasin de fleurs, confié à sa belle-fille Évelyne, épouse de Bernard, près du cimetière nord de Tarbes, sur un terrain qu’en bon visionnaire, il avait précédemment acquis.

L’entreprise Fontan se fournit en granit auprès de carrières situées dans le Tarn et le Morbihan — Photo : Maison Fontan

En 2000, Bernard Fontan crée le funérarium attenant au magasin d’exposition, en même temps qu’il investit pour moderniser le parc de machines. Dix ans plus tard, il ouvre le service de pompes funèbres. En septembre 2012, Sonia Fontan, alors âgée de 34 ans, renonce à sa carrière d’enseignante puis de formatrice pour adultes à l’IRFA pour en prendre la gestion. « À 20 ans, je voulais étudier la littérature, rembobine-t-elle. Je crois que je voulais me prouver que j’étais capable de faire autre chose que cet avenir tout tracé. Quand j’étais plus jeune, ma grand-mère me disait que je finirai par tenir la boutique de fleurs et ça me faisait peur. Mais j’ai été rattrapée par l’évidence et je me suis formée au métier du funéraire. »

Textes d’hommages

Pour diriger l’entreprise au côté de leur père, Lionel et Sonia Fontan suivent un accompagnement du Crédit Agricole. Ils rationalisent les coûts. Dans son nouveau costume, Sonia Fontan reçoit de plus en plus de demandes de cérémonie civile de la part des familles endeuillées. « Alors, je me suis mise à écrire, à travailler mes textes d’hommages, raconte-t-elle. J’ai eu une maîtrise de lettres modernes, il était malin d’utiliser mes compétences, d’autant plus que c’est un exercice qui me procure beaucoup de plaisir. Et je crois que les familles apprécient. » La dirigeante a fait sien le mantra de son formateur : « Vous êtes le seul commerce où les gens viennent, vous donnent de l’argent et repartent sans rien, lui disait-il. Ils vous confient ce qu’ils ont de plus cher et il ne faut jamais l’oublier. »

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