Qu’est-ce qui vous a poussé à créer la Chambre nationale des chauffeurs et exploitants VTC de France (CNCE-VTC) ?
J’ai 35 ans d’activité dans le secteur Grande Remise (véhicules loués avec chauffeurs). Suite aux nouvelles dispositions de la loi tourisme du 22juillet 2009, la Grande Remise a disparu au 1er janvier 2010 au profit des Véhicules de Tourisme avec Chauffeur (VTC). Pour représenter l’activité des VTC, j’ai co-fondé la Fédération française de VTC (FFVTC) dont le siège est à Lyon. Pour des raisons d’éthique, j’ai décidé d’en démissionner pour créer une autre organisation professionnelle, la Chambre nationale des chauffeurs et exploitants VTC de France (CNCE-VTC) que nous avons lancé officiellement le 22septembre.
Pourquoi avoir quitté la FFVTC pour créer une autre organisation professionnelle ?
Parce que l’on ne donne pas assez la parole aux chauffeurs. Or un véhicule sans chauffeur, cela ne fonctionne pas ! Aujourd’hui la réussite dépend du facteur humain. Le chauffeur doit donc avoir sa représentation. Et puis un chauffeur c’est souvent une mono-entreprise voir une petite entreprise avec un ou deux chauffeurs. Ces petits exploitants ont besoin d’être entendus. Il existe déjà des organisations professionnelles comme la Chambre nationale des entreprises de remise et de tourisme (CNERT), mais elle s’adresse aux grandes entreprises qui ont des flottes conséquentes. Notre organisation est plutôt destinée aux petites structures.
Quel va être le rôle de la CNCE-VTC ?
Fédérer, représenter au niveau national mais aussi aider ces petits exploitants, les encadrer et les accompagner vers une démarche de qualité. Tout le monde ne pourra pas faire de la qualité, mais c’est ce vers quoi nous voulons tendre. Nous ne voulons plus de cette guerre avec les taxis ! Dans le passé, il n’y a jamais eu de conflit entre les taxis et les grandes remises. Et pour cause nous n’avons pas les mêmes clients et les mêmes prospects. Dans les trains et les avions, il y a des premières classes et des secondes classes… L’important, c’est que le client ait le choix des services. Je ne parlerais même pas d’Uberpop, qui pour moi est plus assimilable à du co-voiturage.
Comment comptez-vous orienter les VTC vers plus de qualité ?
En proposant de la formation, mais aussi en favorisant un accès réglementé et encadré à l’activité. Il n’y avait que 413 entreprises de grandes remises en 2010. Il existe aujourd’hui 14.000 autorisations VTC sur le territoire national. Cela fait du monde ! Tous n’iront pas vers du haut de gamme, mais on se doit de qualifier et garantir au client le service qu’il a choisi. Ceux qui viendront chez nous, s’engageront à respecter une charte qualité service grande remise.
D’autres projets ?
Fédérer c’est une chose, représenter et informer en est une autre, mais notre rôle est aussi d’amener des services connexes. J’ai évoqué la formation, mais cela passe aussi par la mutualisation des achats pour faire des économies d’échelle. C’est valable pour les voitures, mais aussi pour les assurances,etc. On envisage aussi de lancer une application. On n’a pas la force de frappe d’un Uber mais c’est en réflexion. Les taxis le font et les TPRP (Transport Public Routier de Personnes) aussi. Pourquoi pas nous ? Cela pourrait amener du travail à tous ces gens que l’on va fédérer autour d’une démarche qualité. Cela permettrait de débloquer de l’emploi qualifié et maîtrisé. Ceux qui ne sont pas assez bons, on sera là pour les former mais aussi les réorienter et les accompagner dans une reconversion vers une autre famille. Il faut structurer tout ça. Il n’est pas possible que cela continue à se bagarrer comme ça. Celui qui est pris en otage, c’est le consommateur !
Pourquoi avoir choisi Rhône-Alpes pour le lancement de votre organisation ?
Je suis Savoyard (rires). Et puis, je crois beaucoup en Rhône-Alpes. Le bassin rhônalpin est très riche en industries, en tourisme… Il y a un gros potentiel de développement pour la profession. Géographiquement, Rhône-Alpes est aussi un peu le centre de l’Europe. Et puis la France, ce n’est pas que Paris. Notre siège est à Paris pour une question de représentativité, mais il ne faut pas oublier les autres régions qui n’ont pas forcément les mêmes problématiques. C’est pour cela que l’on a d’ailleurs trois représentations régionales : une pour la région Est vers Strasbourg, une en Paca et enfin Rhône-Alpes à Chassieu.
C’est à Chassieu qu’a eu lieu, le 22 septembre, le lancement de la Chambre nationale des chauffeurs et exploitants VTC de France. Son président Joël Chapuis explique en quoi cette organisation va permettre de faire monter en gamme une profession, qui avec Uber, est aujourd’hui on ne peut plus décriée par les artisans taxis.