La mobilisation contre l'écotaxe, rebaptisée taxe Borloo, aura battu son plein en janvier. Avec en point d'orgue la surprenante manifestation interpatronale du 4février au péage de La Gravelle. Prévue pour être votée au printemps, la loi sur l'éco-redevance poids lourds doit s'appliquer au plus tard fin 2011 aux camions d'au moins 3,5 tonnes circulant sur le réseau hors autoroutes. Clin d'oeil ou hasard, était organisée le même jour, à Guer, une journée de sensibilisation à la filière bois énergie intitulée "Réduire notre production de CO² de 70.000 tonnes à fin 2013." Un événement sous l'égide de l'ADEME, dont l'ex-présidente Chantal Jouanno a remplacé Nathalie Kosciusko-Morizet au secrétariat d'État à l'Écologie. Le projet d'écotaxe est d'ailleurs issu du Grenelle de l'environnement, qui se référait lui-même aux accords de Grenelle conclus en mai1968 entre pouvoir gaulliste, syndicats de salariés et organisations patronales.
5.000 emplois concernés
Celles-ci, rassemblées en un collectif breton de 150.000 entreprises et 900.000 actifs, veulent la suppression pure et simple de cette écotaxe. «La motivation apparente de l'exécutif est de favoriser le report de transport routier vers le transport ferroviaire et fluvial. Il s'agit surtout de trouver le milliard d'euros de revenus annuels qui manque désormais à l'Agence de financement des infrastructures de transport de France suite à la cession des autoroutes», affirme le collectif des acteurs économiques contre la taxe Borloo en Bretagne, pour qui la taxe pèserait pour 120M€ sur l'économie régionale, soit le coût de 5.000 emplois. «Les syndicats de salariés ont a priori une écoute très positive de notre mouvement», remarque Philippe Rouault, président de l'Udem. «Il est rare que les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs s'allient au patronat. C'est toujours délicat de bloquer l'économie d'un territoire mais il est fort possible que la mobilisation aille crescendo.» La Bretagne paierait 12% du produit national de la taxe alors qu'elle ne représente que 4,5% de l'économie nationale. «Les industries agroalimentaires, qui ont déjà une marge très faible de 1 à 1,5%, vont être fortement touchées», poursuit Philippe Rouault. D'après lui, «à hauteur de 40 à 50% de leur résultat.» Même si un abattement de 25% est prévu pour le Finistère. Lucien Traon, président de la CGPME Bretagne, s'associe «bien évidemment à la démarche. Il s'agit d'une grande occasion de remobiliser les Bretons et certains à l'extrême Ouest qui risquent de décrocher face à la crise.» Les députés du Finistère Christian Ménard, Jacques Le Guen et le sénateur Philippe Paul étaient reçus le 27janvier à ce sujet par Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, dont le fils François est suppléant du député de la quatrième circonscription du Morbihan. Une entrevue qui faisait suite à la rencontre jugée décevante du 8octobre 2008 entre le cabinet de Nicolas Sarkozy et des représentants du collectif.
Alors que le projet de loi sur l'écotaxe menace les marges de l'agroalimentaire bretonne, les professionnels morbihannais de la filière s'activent. Sur fond de mobilisation contre cette "scélérate" taxe Borloo au péage de La Gravelle le 4février, des initiatives ont émergé des quatre coins du département. Certaines impulsées par le conseil général, comme le cluster agroalimentaire et sa démarche d'observation des flux de transports. D'autres comme Horizons International Exploration à Lorient amorcent déjà le processus de mutualisation des moyens.
Violaine Pondard et Nicolas Mollé