Le libre a le vent en poupe. Il est en effet tentant de passer à des logiciels dont le code est gratuit et évolue rapidement grâce à une communauté de développeurs qui mettent tout en commun. Collectivités et entreprises s'y sont mises. Pourtant, quelques agences web finistériennes en sont revenues. « Ce serait très simple de prendre le contrat, installer le logiciel libre et voilà. Mais ce qui fait la valeur ajoutée de l'entreprise n'est pas là », expliquent David Noblecourt et Fabrice Sourdonnier, les dirigeants de Shop Application (17 salariés ; 1,2 M€ de CA), société brestoise qui conçoit des sites d'e-commerce. Eux ne fonctionnent pas avec des appels d'offres. Fabrice Sourdonnier a arrêté d'y répondre avec son autre entreprise Cognix Systems (18 salariés ; 1M€ de CA), agence web qui développe un CMS (logiciel de gestion de contenu de sites web). Guy Mordret, lui, n'a pas encore laissé tomber. Le créateur de l'agence de communication Anaximandre (6 salariés ; 300 K€ de CA) à Landerneau, en parlait même lors du 15e anniversaire de son entreprise, devant quelques élus. « Nous avons bénéficié d'aides publiques pour développer nos plateformes (et je les en remercie), et ces mêmes collectivités obligent les prestataires que nous sommes, à fournir des plateformes Open Source développées par... des sociétés américaines déguisées en communauté de développeurs, explique le dirigeant. C'est ce que j'appelle se tirer une balle dans le pied ! »
Dogme de l'open source ?
Pour Guy Mordret, comme pour ses confrères, il existe un dogme, une mode, open source. Certains d'entre eux ont pourtant été des acteurs de l'open source il y a quelques années. « C'est un monde que je connais bien, indique Fabrice Sourdonnier. Il en existe beaucoup et en général, le cycle de vie est de quatre ou cinq ans. Sauf pour les grands comme Linux. » D'ailleurs la plupart des agences se basent sur les langages (Php) et systèmes (Linux) libres. « On part rarement de zéro », indique Frédéric Yazbek, patron d'Abergraphique (3 salariés ; 170 K€ de CA). Mais alors pourquoi ne pas publier leurs codes ? « Question de choix. On voulait développer notre propre modèle, explique-t-il. On développe un CMS très ergonomique, ce qui est rarement le cas avec du libre. Il y a aussi une question de compatibilité des modules avec les différentes versions du logiciel. Nous, on maîtrise ce que l'on fait. Et on donne les codes aux clients pour qu'ils puissent intervenir aussi. » Même explication chez Shop Application : « À quoi sert d'innover si on doit le partager tout de suite ? On perd la valeur ajoutée », dit David Noblecourt. « Prestashop, leader sur du libre a levé des millions d'euros. Mais ils étaient 135 personnes, ils sont 30 aujourd'hui. À terme ce n'est pas viable », ajoute Fabrice Sourdonnier.
Question du coût
Pour Michel Briand, vice-président de BMO, en charge d'internet et de l'expression multimédia, au contraire, il n'y a que des avantages au libre. Le premier, le prix. « Je veux bien payer les services. Mais pourquoi payer le contenu quand il est disponible gratuitement ailleurs, demande-t-il ? En tant qu'élu, j'ai en charge de l'argent public, je ne peux pas faire n'importe quoi. Pour les outils de la communauté de communes, c'est autre chose, l'administration fait ses propres choix. » Depuis plusieurs années, le domaine dont il a la charge favorise le libre et le logiciel Spip (système de publication sur internet) est utilisé pour les forums de la ville. Un argument sur le coût que renient les agences. « On ne fait pas payer le coût du développement, uniquement celui des services comme la maintenance. Tout simplement parce qu'il est mutualisé sur l'ensemble des clients », informe Frédéric Yazbek. « Le libre donne l'impression que c'est gratuit, mais ce n'est pas le cas. Le modèle économique est différent de la licence, mais quand même proche », avance Guy Mordret.
Quelle sécurité ?
Côté sécurité, deux visions s'opposent. « En dix ans de Spip, on a jamais eu de problèmes, observe Michel Briand. Car si les codes sont publics, les failles sont très vite identifiées et réparées. » Pour Fabrice Sourdonnier, si ce moyen fonctionne, il n'empêche que les failles sont également visibles des hackers (pirates). Au final, le choix entre libre et propriétaire dépend des besoins de chaque entreprise. Mais la patron d'Anaximandre a lui, une proposition. Plutôt que de laisser les Américains prendre les marchés dans le domaine, « mettons quelques millions d'euros sur la table pour développer une plateforme logicielle en ligne Open Source bretonne. Peut-être que nous serions compétitifs... »
Informatique De plus en plus d'appels d'offres demandent aux agences de proposer des logiciels libres. Au grand dam de celles qui ont investi en R & D pour développer une solution bien à elles.