Comment se porte l'activité de l’aéroport de Paris-Beauvais ?
Depuis la fin du Covid, l’aéroport connaît une forte dynamique, l’une des croissances les plus importantes parmi les aéroports européens. Sur les trois dernières années, le trafic est passé de 4 millions de passagers à environ 6,5 millions. Il y a une forte demande pour des destinations de tourisme, notamment vers le sud de l’Europe, et beaucoup de "loisirs affinitaires", avec des vols qui permettent de réunir des familles, des groupes, des communautés, surtout vers l’Europe de l’Est et le Maroc. Donc c’est un aéroport qui est victime de son succès, et dont les infrastructures ne sont plus adaptées au volume de trafic.
Quels sont les investissements que vous comptez réaliser ?
Le cœur du projet de modernisation concerne la centralisation des opérations. Actuellement, les deux terminaux sont séparés et s’étalent sur 14 000 m². Ils sont sous-dimensionnés. Le projet est donc de créer un bâtiment de jonction, qui va relier les terminaux et une jetée, pour obtenir une surface de 43 000 m². La surface sera multipliée par trois, avec un hall central et différents services.
À l’étage, les files de sûreté seront plus nombreuses, pour permettre une plus grande fluidité et davantage de rapidité pour les passagers lors des contrôles. Ainsi qu’un espace plus grand dédié aux magasins duty free et des restaurants, dans la zone d’embarquement, car actuellement, l’espace manquant, les flux se retrouvent mélangés et provoquent des congestions. Ces espaces apporteront également des revenus supplémentaires pour financer les investissements.
"L'investissement global s'élève à 190 millions pour les travaux."
Autre projet, les parkings. Actuellement les quatre parkings offrent 4 500 places. Nous allons en rajouter un cinquième, soit l'équivalent de 2 000 places supplémentaires, car nous avons du foncier disponible. Nous allons également passer les parkings d’avion de 12 à 18 et investir dans deux bretelles de taxiway, c’est-à-dire des voies parallèles à la piste d’atterrissage. Le tout pour faire face à une croissance raisonnée.
A combien s'élèvent ces différents investissements ?
L’investissement global s’élève à 190 millions pour les travaux, financé en majorité sur emprunts bancaires et pour 70 millions sur fonds propres. La phase d’étude durera 15 mois, puis les travaux devraient démarrer fin 2026, et seront terminés fin 2029. Les études préliminaires sont réalisées par le groupe Egis.
"Il y a sept compagnies sur l'aéroport, Ryanair représente 80 % du trafic, Wizzair, 15 %"
Les travaux seront quant à eux assurés par un groupement de concepteurs constructeurs, dont le mandataire est Bouygues Bâtiment Grand Ouest. Nous avons également 15 accords de sous-traitance avec des entreprises de l’Oise et de la Somme.
Quels sont les objectifs de trafic ?
En 2024, nous sommes autour de 37 000 rotations. Pour que notre projet s’autofinance, notre seuil de rentabilité s’élève à 45 000 rotations par an, ce qui correspond à près de 7 à 8 millions de passagers, soit 20 % de plus. Cet objectif sera atteignable à l'horizon 2035. Si nous devions aller au-delà de ce seuil, il y aura une procédure de concertation avec le syndicat mixte et les acteurs locaux.
Easy Jet va fermer ses trois lignes, allez-vous tenter de les faire revenir, sachant que les vols depuis Beauvais sont essentiellement low-cost ?
Oui, c’est dommage qu’ils partent car c’était un beau succès de les avoir fait venir. Nous allons essayer de les faire revenir. Il y a sept compagnies sur l’aéroport, Ryanair représente 80 % du trafic, Wizzair, 15 %. Il est vrai que Ryanair est assez difficile à concurrencer... Mais il y a de la place pour d’autres compagnies, plutôt complémentaires, dans l'idée de développer des destinations sur des zones géographiques où nous ne sommes pas encore présents.
Des collectifs de riverains de l’aéroport dénoncent régulièrement les nuisances sonores, que comptez-vous faire pour les atténuer ?
Il y a un couvre-feu de minuit à 5 heures du matin, c’est un des rares aéroports en France à en avoir un. Ryanair a, sur un tiers de sa flotte, des avions moins polluants de 20% par rapport à la moyenne du secteur, et également moins bruyants à hauteur de 40 %. Il faudra donc de plus en plus d’avions de ce type-là, ce qui nous rend confiants à l’avenir sur le fait que les nuisances sonores ne seront pas plus fortes avec la croissance de 20 % des vols . Élargir le couvre-feu n’est pas forcément envisageable, car cela remettrait en cause l’intérêt pour les compagnies aériennes d’avoir des avions basés à Beauvais. Je précise qu’après 22 heures et entre 5 heures et 6 heures du matin, ce sont les avions les moins bruyants qui volent.