Vous pilotez aujourd’hui un groupe structuré autour de trois entités. Quelle est la logique de ce déploiement ?
Nous avons créé un écosystème complet pour répondre à chaque étape de la transformation numérique des organisations. Polaria (à Brest et Paris), gère l’acculturation et la formation. Polaria Tech, qui a récemment fusionné avec le cabinet vannetais Xenoapp, développe nos solutions de chatbots souverains. Et enfin Goria (Rennes), la joint-venture que nous avons créée début 2025 avec 6TM, est notre bras armé pour l’audit et le développement sur mesure. Aujourd’hui, le groupe emploie 20 salariés et s’appuie sur un pool d’une trentaine de consultants experts. Notre chiffre d’affaires a franchi les 2 millions d’euros et nous visons les 5 millions d’ici deux ans, puis 10 millions d’ici cinq ans avec un effectif doublé.
Vous venez de remporter un contrat majeur avec l’Armée de Terre. Est-ce une forme de consécration pour votre technologie ?
En effet, nous avons déployé le chatbot de recrutement de l’Armée de Terre via un modèle Mistral souverain, en consortium avec des géants comme Thales et OVH. Cela prouve que notre approche de l’IA souveraine est la bonne. Nous travaillons déjà avec le Ministère de l’Intérieur, le Centre national d'études spatiales (CNES) ou la Caisse nationale d'assurance vieillesse. Notre zone de chalandise est désormais nationale, même si nos racines restent profondément ancrées dans l’Ouest. L’écosystème numérique breton est l’un des plus denses de France : nous voulons participer activement à son dynamisme.
Le marché de l’IA est en pleine ébullition. Comment maintenez-vous votre avance ?
Nous suivons notre feuille de route à la lettre. Depuis janvier, Martin Toussaint a pris la direction générale de Polaria pour structurer l’opérationnel. Côté investissements, nous injectons près de 250 000 euros dans notre plateforme de e-learning propriétaire. Nous venons également de rejoindre le consortium EDIH Bretagne en tant que référent, pour aider les PME et ETI locales à financer leurs premiers projets d’IA grâce à des fonds européens. Je participe aussi à beaucoup de conférences dans toute la France pour évangéliser l’écosystème, plus de 500 sur les 18 derniers mois.
Le recrutement est souvent le frein principal dans la tech. Quelle est votre stratégie RH ?
Nous créons notre propre vivier. En mars prochain, nous lançons une formation de manager de l’IA, dans le cadre de la chaire Managia que nous avons créée en partenariat avec l’école d’ingénieurs ISEN Ouest et l’école de design Strate. Notre objectif est de recruter une dizaine de ces profils pour Goria. Les entreprises ont besoin de référents internes capables de piloter la transformation, d’identifier des cas d’usage, d’installer les outils, de former les utilisateurs et de conseiller la direction. Le marché ne demande plus seulement du code, mais des experts garantissant un retour sur investissement. Car aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement d’utiliser l’outil car tout le monde ou presque le fait, mais bien de mettre l’IA au service de la transformation profonde des business models.