La Sarthe possède le vignoble le plus septentrional des vins de Loire. Et c’est au bord du Loir que pousse le raisin. Les chenins offrent notamment le Jasnières. Ce blanc exclusif est produit sur 72 hectares par une vingtaine d’exploitants. Avec des parcelles situées exclusivement sur deux communes, Lhomme et Ruillé-sur-Loir. Autant dire que la visibilité fait cruellement défaut à l’appellation phare du terroir. Bien que le "Prince des gastronomes" Curnonsky, pseudonyme de l’écrivain angevin Maurice Edmond Salland, l’ait porté à la postérité depuis l’Entre-Deux-Guerres : "Le Jasnières est, trois fois par siècle, le plus grand vin blanc du monde !"
Des températures qui offrent une meilleure qualité
Sceptique sur l’intention de ce verdict, la présidente de l’AOP Jasnières — et de l’AOP Coteaux du Loir —, Amandine Fresneau y voit une moquerie sur la qualité des vins de sa région autrefois. "Nous avions un manque de maturité des raisins au moment des vendanges, en octobre. À une époque, nos vins faisaient 10°. Le changement climatique nous aide aujourd’hui à avoir des vins plus acides et structurés, donc de meilleure qualité. Cela nous permet aussi de faire découvrir davantage nos rouges (en Coteaux du Loir ; l’AOP propose aussi des blancs et des rosés) : notre cépage Pinot d’Aunis a profité des années chaudes", explique la propriétaire, avec son frère Xavier, du Domaine de Cézin.
L’ouverture d’une maison du vignoble
Avec moins de trente exploitations réparties sur les deux appellations, et une surface moyenne de 12 à 15 hectares, la vigne reste discrète en Sarthe. En juillet, l’ouverture de la Maison du Vignoble avec l’office du tourisme de la Vallée du Loir, à La Chartre-sur-le-Loir, a offert une vitrine attendue depuis cinq ans. L’œnotourisme plaît. Y sont proposées des animations, des randonnées dans les vignes, des dégustations… "Cela permet aussi d’orienter les gens chez les vignerons de la région qui accueillent au domaine. Une fois à la cave, les clients n’achètent pas qu’une bouteille, et ils repartent après avoir passé un bon moment. Cela favorise leur retour", commente Amandine Fresneau.
Différencier les cibles des deux AOP
L’ex-œnologue prône par ailleurs une segmentation de la communication autour des vins des deux appellations sarthoises. "Il va falloir qu’on prenne une décision rapidement pour se positionner face au marché. Selon moi, le Jasnières doit rester une appellation confidentielle qui plaît aux amateurs de vin. On devrait communiquer différemment sur les Coteaux du Loir, encore moins connus et avec des volumes plus petits, pour mettre en avant leur souplesse et leur légèreté auprès des nouveaux consommateurs notamment."
L’enjeu est aussi d’être mieux identifié des jeunes consommateurs sur les réseaux sociaux. "Nous sommes sur Facebook. Mais les utilisateurs sont de moins en moins jeunes, la quarantaine tout au moins. Il faudrait se mettre sur Tik Tok…", assure Amandine Fresneau.