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Les recettes de Pierre Gattaz pour Radiall
Isère # Électronique # Investissement

Les recettes de Pierre Gattaz pour Radiall

Radiall, dirigé par Pierre Gattaz, affiche toujours une belle progression de 7% en 2016, assortie du même rythme sur le premier trimestre 2017. Comment le patron des patrons oriente-t-il la stratégie de l'entreprise familiale, dont le siège est à Paris mais dont le vaisseau amiral est en Isère ? Y applique-t-il ses principes syndicaux ?

Etre patron d'une grande entreprise et d'un syndicat national comme le Medef ? « C'est presque un double travail. Je n'ai pas beaucoup de temps pour moi, mais j'ai la chance d'avoir une équipe de direction, composée d'anciens collaborateurs, sur lesquels je peux compter », souligne l'intéressé, qui y voit des synergies : « J'observe sur le terrain des choses intéressantes que je peux ramener à Radiall et réciproquement, en apportant au Medef l'importance de l'innovation, de la montée en gamme et de la mondialisation dans le développement d'une entreprise ». De fait, Radiall a connu l'an dernier une croissance de l'ensemble de ses marchés (défense, médical et télécommunications), à l'exception du spatial. Avec un résultat opérationnel courant à 50 millions d'euros et un résultat net à 34 millions d'euros, qui progressent tous deux d'un point par rapport à 2015, Pierre Gattaz parle « des effets d'une stratégie de long terme, et d'excellence opérationnelle au quotidien ». Pour atteindre 7% de croissance annuelle, la PME cherche à atteindre « la satisfaction du client, l'épanouissement des hommes et des femmes et la rentabilité », résume Pierre Gattaz. « Nous travaillons à la fois sur l'innovation et l'excellence opérationnelle afin de livrer à l'heure, de réduire les délais, d'être bons sur la qualité, tout en contrôlant les prix de revient », explique celui qui, d'après les représentants des salariés est peu présent dans l'entreprise. La direction opérationnelle est assurée par le directeur général, Dominique Buttin, ainsi que par les directeurs de chaque site. « On n'a pas de contact direct avec M. Gattaz, sauf environ une fois par an lorsqu'il s'exprime devant les salariés », rapportent ces derniers.

Une stratégie multi-marchés

En plus de ses implantations aux États-Unis, au Mexique, au Inde et en Chine, et avec un siège social à Aubervilliers, Radiall dispose de trois sites en Isère : le centre de R&D et d'usinage de Centr'Alp, le site de production de Voiron dédié à l'automobile, et celui de l'Isle d'Abeau spécialisé dans le spatial et la fibre optique. Le dirigeant mise sur la mondialisation de ses activités : « Seules 12% de nos ventes sont désormais réalisées en France, contre 40% aux Etats-Unis, essentiellement dans des activités d'aéronautique civil autour de Boeing et de Bombardier ». Il rappelle pourtant que l'une de ses plus grandes fiertés reste « d'avoir conservé cinq usines en France, sur un total de 9 dans le monde ». Une stratégie à double tranchant que Pierre Gattaz assume : « Faire 90% d'export est possible ! Il ne faut pas dire que l'on arrête la mondialisation, car c'est justement elle qui nous a permis de conserver les emplois en France ».

Quid de la politique interne ?

Le patron du Medef se positionne volontiers en faveur de l'industrie française, en revendiquant un « libéralisme équilibré et humain ». Mais qu'en est-il au sein de son entreprise? Deux représentants syndicaux ont accepté de nous parler sous le sceau de la confidentialité. « Nous sommes très contrôlés sur nos communications », précise l'un. « C'est même l'une des raisons pour lesquelles le groupe souhaite sortir de la bourse, en vue de mieux contrôler les informations divulguées en dehors », avance le second. Si les délégués syndicaux admettent que l'entreprise joue bien la carte de l'apprentissage comme le recommande Pierre Gattaz, ils se montrent plus critiques sur les questions salariales. Le premier délégué estime que l'avancement est « surtout valable pour les profils cadres, pas pour les techniciens » tandis que le second regrette que la croissance ne se fasse « qu'à effectifs constants ». « On ne comprend pas pourquoi on n'embauche pas. Les équipes sont de plus en plus surchargées ». Autre point de revendication : les salaires, qui n'auraient augmenté que grâce à la part variable. « L'intéressement est très bon en ce moment grâce aux résultats de l'entreprise, mais cela n'est pas mensualisé », s'accordent les délégués. Notre entrevue n'a pas permis d'éclaircir ces points avec Pierre Gattaz.

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