Le site du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) à Grenoble possède désormais une ligne pilote "Fames", une infrastructure de fabrication, à mi-chemin entre le laboratoire et l’usine, dédiée à la maturation de cinq technologies essentielles dans le domaine des semi-conducteurs. Cet investissement de 830 millions d’euros, incluant 1 900 m² de salles blanches et 96 nouvelles machines, est porté par la Commission Européenne et par les États membres réunis au sein d’une co-entreprise. La part française s’est élevée à 730 millions d’euros, cofinancée par France 2030 (à hauteur de 450 millions) et la Commission européenne.
Cette ligne Fames fait partie des cinq lignes pilotes soutenues dans le cadre du Chips Act, qui vise à soutenir l’industrie européenne des semi-conducteurs en encourageant la collaboration entre l’Union Européenne, les États membres et le secteur privé. "Ce bâtiment immense a été construit en deux ans seulement", a rappelé Julie Galland directrice générale de la recherche technologique au CEA. Il vient compléter les salles blanches déjà dédiées à la microélectronique sur le site, portant leur surface totale à 14 000 m².
Une ligne pilote dédiée aux entreprises de toutes tailles
Soutenue dès sa conception par plus de 40 industriels, la ligne pilote Fames est ouverte aux grands groupes, mais aussi aux PME, aux start-up et aux communautés de recherche. STMicroelectronics et Soitec, deux géants du secteur implantés à Grenoble font notamment partie des entreprises partenaires du projet. "À la différence d’une ligne de fabrication, Fames est conçue pour accélérer la montée en maturité de technologies et réduire le temps entre la recherche et l’industrialisation", a expliqué Sébastien Dauvé, président du CEA Leti. Elle permettra l’accès à une infrastructure de R & D à l’état de l’art, afin d’anticiper la production des prochaines générations de puces électroniques.
Les entreprises pourront ainsi s’approprier le design, le prototypage de futurs produits et tester les démonstrateurs de produits, qui entreront en fabrication dans plusieurs années. "Fames est un outil collectif au service de l’industrie, de la recherche et de la formation," a déclaré Anne-Isabelle Etienvre, administratrice générale du CEA.
Un premier appel à projets a déjà été lancé au printemps "pour que la communauté de chercheurs européens publics et privés puisse bénéficier d’un service d’accès aux technologies déployées par Fames". Le CEA a déjà reçu 14 propositions, "preuve de l’appétence et de la mobilisation des industriels pour les technologies portées par Fames".
Créer des semi-conducteurs plus performants et économes en énergie
La nouvelle ligne permettra d’accélérer l’innovation sur cinq technologies-clefs développées par le Commissariat à l’Énergie Atomique et ses partenaires. La ligne doit notamment permettre de créer de nouvelles générations de semi-conducteurs plus économes en énergie et plus performants (technologie FD-SOI). Ou encore de travailler sur des technologies de mémoires non volatiles embarquées (permettant de garder en mémoire les informations sans avoir besoin d’être alimentée, NDLR).
Les autres technologies ciblées concernent les composants radiofréquence (composants capables d’envoyer et recevoir des ondes radio, NDLR), l’intégration 3D (empilement de plusieurs couches de circuits électroniques) et les petits inducteurs pour conversion DC-DC, destinés à convertir l’énergie efficacement pour optimiser l’autonomie des appareils.
"Les avancées portées par Fames bénéficieront directement aux technologies embarquées, aux télécommunications, aux capteurs intelligents, autant de secteurs stratégiques pour la compétitivité européenne. Elles serviront aussi aux centres de calcul du futur et bien sûr aussi au quantique", a expliqué Anne-Isabelle Etienvre.
Assurer la souveraineté de l’UE en matière de microélectronique
Ces 5 technologies doivent aider l’Europe à renforcer son industrie dans le domaine de la microélectronique et à conserver son rang de puissance de premier plan. "Ces cinq domaines forment les briques clé d’une industrie européenne qui doit aujourd’hui plus que jamais maîtriser ses technologies et sécuriser ses chaînes d’approvisionnement", a déclaré l’administratrice du CEA. Aujourd’hui, l’Europe ne représente qu’environ 7 % de la production mondiale, loin derrière l’Asie et les États-Unis et cette ligne pilote devrait contribuer à combler le retard du Vieux Continent.
"La salle blanche que nous inaugurons aujourd’hui est un symbole fort : celui d’une Europe qui agit, qui investit, qui coopère. Elle délivrera les innovations avancées faisant de ce site un véritable hub d’innovations industrielles", a terminé l’administratrice du CEA.