À la jonction de l’Europe et de l’Afrique, et en lien étroit avec les pays du Golfe, le Maroc s’impose comme un pays en pleine transformation. Fort d’une économie stable et en croissance — un PIB en hausse de 3,8 % en 2024 et projeté à 4,4 % en 2025 — et de réformes structurelles ambitieuses, ce pays de 37 millions d’habitants consolide sa position de hub africain pour les affaires, l’industrie et l’innovation.
Un plan étatique à 120 milliards d'euros
Depuis 2023, les capitaux étrangers affluent, portés par la dynamique du hub financier Casablanca Finance City et la montée en puissance de secteurs comme la santé, l’énergie, l’automobile ou l’aéronautique. La pose de la première pierre d’un complexe de 25 000 m² du géant français Safran, début octobre, en présence du Roi Mohammed VI, en est un symbole fort. Le plan Maroc 2030, vaste ensemble de stratégies nationales, prévoit plus de 1 300 milliards de dirhams d’investissements (près de 120 milliards d’euros) dans les infrastructures, le rail, le numérique ou encore la transition énergétique. 2030 est une année qui s’annonce charnière pour le Maroc qui coorganisera le Mondial avec l’Espagne et le Portugal. Dans un pays qui respire le football et qui veut véhiculer l’image d’une puissance arabo-africaine moderne, sa réussite est primordiale.
Une mobilisation bretonne remarquée
C’est vers cette destination bien connue des Français d’abord pour ses atouts touristiques (ses palais, ses médinas, ses marchés colorés, son désert…) que le Medef 35 a choisi de mettre le cap pour ses traditionnelles Rencontres internationales annuelles.
Elles se sont tenues du 15 au 17 octobre à Casablanca, la capitale économique du Royaume. Une centaine de chefs d’entreprise ont répondu présents, démontrant une fois de plus la volonté des Bretons à vouloir élargir leurs horizons et apprendre des autres. "Il a fallu que les Bretons se lèvent pour parvenir à rassembler autant d’entreprises françaises en un même lieu", observe, impressionné, Vincent Toussaint, chef du service économique régional de l’ambassade de France au Maroc, lors de la Plénière économique.
Une relation ravivée entre la France et le Maroc
La visite de la délégation bretonne intervient un an après celle d’Emmanuel Macron, en octobre 2024, marquée par la signature d’accords économiques majeurs, pour un montant estimé à plus de 10 milliards d’euros. La reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental — territoire disputé par le Front Polisario — a ravivé des relations bilatérales longtemps refroidies. Le Maroc et la France se regardent de près : ils partagent une même langue, une proximité humaine et culturelle (près de 1 million de personnes nées au Maroc ou de nationalité marocaine vivent en France) et une forme de leadership sur leurs continents respectifs.
Mille entreprises françaises au Maroc
Sur le plan économique, les deux pays entretiennent une coopération étroite. "La France est le deuxième partenaire économique du Royaume, derrière l’Espagne", rappelle Mehdi Tazi, vice-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patronat marocain. Environ 1 000 entreprises françaises — dont Renault, Safran, TotalEnergies, Orange ou CMA CGM — y emploient quelque 150 000 personnes. Les bretons Beaumanoir, Chancerelle ou Samsic aussi sont là. Les implantations françaises ont doublé en l’espace de 15 ans.
Au niveau commercial, dans l'exportation de biens et services, la France se classe en deuxième position, derrière la Chine mais devant l'Espagne. La visite de chefs d'entreprise bretons est une chance de renforcer cette coopération.
Une déclaration d’intention a été signée en ce sens entre le patronat bretillien, la CGEM et l’AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations).
Une charte de l’investissement attractive
Dans sa vision d’un Maroc moderne, connecté et durable, le Maroc cherche à séduire les investisseurs étrangers pour sécuriser les grands projets tels que les réseaux électriques, la construction de nouvelles gares ou le développement urbanistique. "Une nouvelle charte de l’investissement est entrée en vigueur en 2023, elle offre un cadre résolument business friendly", pointe Mehdi Michbal, journaliste économique et ancien rédacteur en chef du magazine Tel Quel. La charte de l’investissement est portée par le gouvernement d’Aziz Akhannouch, patron du groupe Akwa et figure de proue du RNI, un parti de droite proche du monde des affaires. "Ses avantages sont clairs : exonérations fiscales, subventions conditionnées à la création d’emplois, accès facilité au foncier et à l’énergie renouvelable", pointe Mehdi Michbal. Dans une interview qu’il nous a accordée, Youssef Tber, directeur des investissements et des exportations au sein de l’AMDIE, souligne que l’objectif du gouvernement est de rééquilibrer le financement public-privé sur les grands projets, "avec davantage d’investissement privé". Les Français ont donc des opportunités à saisir.
Neuf entreprises visitées
Dans le cadre de leur séjour, les patrons bretons ont visité neuf entreprises marocaines et internationales. Parmi elles, Somaca, l’usine historique du groupe Renault au Maroc ; Pharma 5, premier laboratoire pharmaceutique marocain ; Cosumar, le leader historique de la fabrication de sucre au Maroc. Ou encore l’américain Trivium Packaging, expert mondial des emballages métalliques durables.
Des visites qui ont montré que le Maroc abritait des industries innovantes et à forte valeur ajoutée. "Nous avons à apprendre de vous, notamment sur la gestion de l’eau et l’innovation", a reconnu Éric Challan-Belval, président du Medef 35, saluant des "projets structurants, formidables leviers de développement économique et commercial".
Niji et Interaction en terrain connu
Pour certains dirigeants bretons, Casablanca n’était pas une découverte. Hugues Meili, président fondateur du rennais Niji (1 400 salariés, 142 M€ de CA en 2024), y dispose déjà d’une filiale depuis le rachat de la PME Altados en 2023. "Dans nos métiers du développement logiciel, les grands groupes français exigent désormais des capacités nearshore. Si nous ne pouvons pas en justifier, nous sommes disqualifiés des appels d’offres", explique-t-il. Niji ambitionne de faire de Casablanca un hub régional, au service du groupe et du marché marocain.
De son côté, le groupe Interaction, spécialiste rennais de l’emploi intérimaire (1 100 salariés), y a implanté sa filiale Maintenance Akademy, devenue son siège Afrique. "Nous recrutons des salariés africains pour pallier les tensions sur certains métiers en France, notamment dans la maintenance industrielle", indique Clément Villeroy de Galhau, son directeur. L’entreprise compte recruter 350 personnes au Maroc en 2025, avec un objectif de doublement d’ici cinq ans.
56 accords de libre-échange
L’économie marocaine reste confrontée à plusieurs défis : dépendance agricole, chômage élevé (13,3 % en 2024), inégalités régionales… Mais sa diversification sectorielle, la solidité de son système bancaire et ses 56 accords de libre-échange — lui ouvrant l’accès à 1,36 milliard de consommateurs — soutiennent sa résilience.
Les entrepreneurs bretons ne veulent pas laisser passer le train. Ayoub Sabbar, PDG de l’entreprise rennaise de conseil en cybersécurité Ornisec (40 salariés), d’origine marocaine, vient d’ouvrir une agence à Rabat pour contrer les cyberattaques d’organisations marocaines. Un marchepied pour pouvoir conquérir l’Afrique. Le groupe rennais Néosoft (1 700 salariés, 180 M€ de CA en 2024), spécialisé dans le conseil en transformation digitale, s’apprête lui aussi à ouvrir une filiale à Casablanca. "Les écoles d’ingénieurs marocaines sont une vraie richesse", souligne Soïg Le Bruchec, son président, qui prévoit l’embauche de 150 personnes à trois ans.
Clairement, le joyau du Maghreb est en passe de devenir une plaque tournante du business international.