Vous annoncez l’ouverture d’une agence à Brest au printemps dernier. À quoi répond le renforcement de Néosoft (1 700 collaborateurs, 180 M€ de CA en 2024) en Bretagne ?
Brest s’inscrit dans notre stratégie de développement, qui vise l’ouverture d’une à deux agences par an. Nous souhaitons renforcer notre présence locale et être reconnus comme un acteur de proximité, en privilégiant le recrutement de talents brestois pour accompagner des clients brestois. L’agence, inaugurée au printemps, est dirigée par un manager local en la personne d’Erwan Garnier, originaire de la ville.
Quels sont vos objectifs sur place ?
Nous visons entre 20 et 25 collaborateurs d’ici fin 2026, avec une montée en puissance progressive. Brest est stratégique, notamment dans la Défense, l’agroalimentaire et la cybersécurité. Par ailleurs, nous sommes d’ores et déjà en contact avancé avec un acteur majeur du secteur bancaire et sommes en discussions avec d’autres acteurs économiques locaux (noms tenus confidentiels, NDLR). Nos expertises clés sur ce bassin sont l’ingénierie logicielle, le cloud, la data et la cybersécurité.
Cette ouverture dépend-elle de ces grands contrats ?
Non. Même si nos partenaires locaux sont des clients importants, l’implantation répond à une logique plus large d’ancrage territorial et de développement durable. Nous avons choisi Brest pour sa vitalité économique.
"Nous prévoyons 150 recrutements dans l’Ouest en 2025."
Votre modèle de développement reste-t-il centré sur la proximité ?
Oui, nous privilégions la croissance organique, c’est-à-dire la création d’agences et le recrutement local, plutôt que les acquisitions. C’est ce que nous avons fait à Niort, où 150 collaborateurs travaillent déjà dans l’assurance et la protection sociale.
Nous comptons 14 agences à ce jour. Paris reste la plus grande agence avec 400 collaborateurs, suivie de Rennes (300) et Nantes. Nous prévoyons 150 recrutements dans l’Ouest en 2025, à Rennes, Nantes, Le Mans et Brest.
D’autres ouvertures sont-elles d’actualité ?
Oui, nous ouvrons une nouvelle agence à Montpellier, qui s’impose depuis plusieurs années comme un hub technologique majeur en France. Avec la présence de nombreux grands comptes déjà clients (Orange, La Poste, Groupama, Crédit Agricole…) et son cadre de vie attractif, la ville offre un terrain d’opportunités idéal pour développer notre expertise.
Nous allons également ouvrir une filiale à Casablanca en octobre. Elle sera dédiée au software engineering, à la data et au cloud. Le Maroc est francophone, stable, sans décalage horaire et dispose d’excellentes écoles d’ingénieurs ce qui en fait une destination idéale pour ouvrir cette nouvelle implantation internationale. Nous prévoyons d’y employer 150 personnes d’ici trois ans, exclusivement pour des projets français.
Comment votre offre est-elle structurée aujourd’hui ?
Nous couvrons l’ensemble de la chaîne de valeur IT, du conseil et maîtrise d’ouvrage jusqu’à l’architecture, le développement, le cloud, la supervision et la maintenance ou encore la cybersécurité et la data. Pour garantir un haut niveau d’expertise, nous avons récemment intégré un nouveau directeur technique au sein de notre comité exécutif et créé une structure technique dédiée. Celle-ci accompagne nos clients et nos équipes commerciales, répond aux appels d’offres et assure une veille technologique constante. Nous disposons également d’une cellule innovation nous permettant d’anticiper les tendances et de développer de nouvelles offres.
"Nous avons développé un moteur d’IA, sur fonds propres."
Vous faites de l’intelligence artificielle un axe fort de développement. Vous avez même développé votre propre solution. Expliquez-nous.
NéoGen est un moteur d’IA développé par une petite équipe, financé sur fonds propres. Il est conçu pour être frugal — avec des plages de fonctionnement limitées pour réduire son empreinte énergétique —, éthique — hébergé par Néosoft — et souverain — construit en France sur une base open source. Nous le mettons à disposition de nos collaborateurs, de nos clients et de nos partenaires.
Avez-vous bénéficié du crédit d’impôt recherche pour cette solution ?
Non, nous finançons NéoGen sur fonds propres pour éviter toute dépendance à des aides extérieures.
"Le groupe s’engage à réduire de 40 % ses émissions de carbone."
Dans votre cap stratégique, vous dessinez aussi une trajectoire sur le numérique responsable. Concrètement, qu’allez-vous mettre en place ?
Le groupe s’engage à réduire de 40 % ses émissions carbone d’ici 2030, en poursuivant ses actions en faveur de l’éco-conception numérique, de la sobriété énergétique et de l’inclusion. Nous menons aussi des actions en matière de responsabilité numérique. Plus de la moitié de nos 1700 collaborateurs ont suivi la fresque du numérique, qui sensibilise aux impacts écologiques liés au numérique : obsolescence des terminaux, extraction des métaux rares, consommation du cloud et de l’IA. Un quart de nos développeurs sont déjà formés à l’éco-conception logicielle, et nous visons rapidement à doubler ce chiffre. Nous proposons aussi ces formations à nos clients.
Vous avez même créé un fonds de dotation ?
Oui. Il soutiendra des projets environnementaux et numériques responsables. Les collaborateurs en seront les principaux acteurs, indépendamment des dirigeants.
Quels sont vos objectifs financiers à horizon 2028 ?
Nous visons 240 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 180 aujourd’hui, soit + 30 %. Depuis 2016, nous sommes passés de 50 à 180 millions. Mais nous privilégions une croissance choisie et maîtrisée, avec trois priorités : expertise, intelligence artificielle et numérique responsable au service de nos clients et de nos collaborateurs.
Parmi nos secteurs prioritaires : l’assurance-protection sociale représente un quart de notre activité, la banque environ 20 %, les télécoms un niveau similaire. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec les services publics, pour le secteur de la défense et l’agroalimentaire.
"Nous restons indépendants, sans fonds extérieurs."
Votre actionnariat a-t-il évolué ?
Non. Depuis 2016, il n’a pas changé : je détiens un peu plus de 60 % du capital, Samuel Lepeltier, directeur général, 30 %, et un troisième actionnaire (gardé secret) complète la structure. Nous restons indépendants, sans fonds extérieurs. Nos résultats sont réinvestis dans la croissance.
Dans quel état votre marché se trouve-t-il actuellement ?
2025 sera compliquée : le Syntec prévoit une décroissance de 2,5 à 3 % dans les métiers du numérique, liée à l’attentisme économique et à la baisse des investissements bancaires. Mais nous pensons faire mieux que le marché.