C’est un tournant stratégique pour le groupe JCD. Basée à Metz et opérant dans les services informatiques, la PME, qui réalise 32 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 85 collaborateurs, vient d’ouvrir son capital. L’ambition est affichée : atteindre les 40 millions d’euros de chiffre d’affaires "très rapidement", grâce à une stratégie de croissance externe. " [Cette barre des 40 millions d’euros] pourrait être dépassée très rapidement si nous bouclons une acquisition prévue. Concrètement, nous pourrions rajouter 30 millions d’euros de chiffre d’affaires après l’opération", dévoile Jean-Christophe Accorsi, le dirigeant du groupe JCD, tout en restant discret sur le nom de l’entreprise ciblée.
Conjuguer les points de vue
Jusqu’ici détenu à 100 % par Jean-Christophe Accorsi et son épouse, Sophie, JCD Groupe fait entrer des partenaires financiers pour la toute première fois, pour une part très minoritaire du capital. "Jusqu’ici, je suis parti à l’aventure, j’ai toujours beaucoup travaillé, parfois sans me poser les bonnes questions", retrace Jean-Christophe Accorsi. Un temps révolu. Désormais, le fonds Crédit Mutuel Equity et le groupe ILP accompagnent le groupe JCD, pour mener une stratégie de développement en conjuguant les points de vue : "En tant que chef d’entreprise, j’ai ma vision par rapport à mon business, la banque regarde surtout les questions de rentabilité et l’ILP analyse les dossiers en fonction de l’intérêt pour l’économie de la région. C’est cela que je recherche en les faisant rentrer au capital", décrit Jean-Christophe Accorsi.
"Cette opération de croissance externe vise à acheter des compétences"
Sans rien dévoiler, le dirigeant du groupe JCD indique travailler "sur trois ou quatre opportunités de rachats dans le Grand Est". Sur les six dernières années, Jean-Christophe Accorsi a déjà mené deux opérations de croissance externe : le rachat de Global Info, à Pompey en Meurthe-et-Moselle, en 2020 et l’acquisition de Digidoc, en 2025.
Opération bouclée avant la fin de l’année
"Nous parlons là de petites opérations, pour des montants compris entre deux et quatre millions d’euros. Avec nos nouveaux partenaires, nous avons d’autres moyens", précise le dirigeant du groupe JCD. Structurée autour de sept métiers de l’informatique, de l’équipement des parcs informatiques à la cybersécurité en passant par la formation, le groupe revendique aujourd’hui 1 400 clients professionnels. Opérant dans une zone comprise entre Bruxelles, Reims, Épinal et Strasbourg, appuyé sur trois sites lorrains et une implantation au Luxembourg, le dirigeant de JCD veut encore renforcer ses positions dans ce territoire et espère boucler l’opération de rachat avant la fin de l’année 2026.
Verrouiller les talents face au Luxembourg
L’un des moteurs de cette opération est la gestion des ressources humaines. Dans un secteur informatique sous tension, la proximité immédiate du Luxembourg rend la rétention des talents critique. "Cette opération de croissance externe, c’est vraiment pour acheter des compétences", résume Jean-Christophe Accorsi, qui se dit opposé à la débauche des salariés chez ses concurrents. L’ouverture du capital a déjà permis d’associer les cadres clés, dont le directeur général délégué en charge de la technique, Pierre George. "Par la suite, nous allons aussi faire rentrer d’autres responsables des différentes unités commerciales, précise Jean-Christophe Accorsi. Nous avons fait une communication interne et certains salariés ont levé la main pour dire que ça les intéressait."
Le vent contraire de l’inflation maîtrisé
Le coup d’envoi de cette stratégie intervient dans une conjoncture complexe pour la distribution informatique. Le secteur subit de plein fouet une pénurie de composants, notamment sur la mémoire vive et les disques durs, captés massivement par le développement de l’intelligence artificielle. "L’IA paye plus cher que les distributeurs", explique Jean-Christophe Accorsi, ce qui provoque des hausses de prix "de 20 à 25 %". Face à cette inflation et à l’instabilité des délais, le groupe JCD a fait le choix de la prudence en constituant des stocks. "J’ai stocké à peu près 2 à 3 millions d’euros d’avance", confie le dirigeant, qui veut désormais contenir les hausses de prix et servir ses clients fidèles.