Appareil photo en bandoulière, gros appétit de découverte et portefeuille bien garni, le touriste chinois se plaît en France. La destination, perçue comme « romantique », attire beaucoup de ces nouveaux voyageurs, issus d'une classe moyenne qui s'enrichit - le panier moyen du touriste chinois en France s'élève à 3.400 euros. En 2015, ils étaient 2,2 millions à avoir visité l'hexagone, qui prévoit d'accueillir 5 millions de visiteurs chinois en 2020. Une goutte d'eau comparée aux 300 millions de Chinois qui auraient aujourd'hui les moyens de voyager. Pour le moment, c'est Paris qui est plébiscitée. Mais d'autres régions françaises ont su se forger une image auprès des voyageurs chinois. Après la capitale, Lyon, Bordeaux et ses vignobles, ou la Côte d'Azur avec Cannes et Nice, les accueillent ainsi nombreux. Sorti de ces destinations phare, la compétition se fait rude entre les régions.
L'avance picarde
Dans ce contexte, la clé, ce sont les Tour Operators (TO). « 80 % des Chinois voyagent encore en groupe », rappelle Ruying Wang, Business développeuse franco-chinoise embauchée dès 2012 par le Comité Régional du Tourisme (CRT) picard, pour promouvoir le territoire auprès de l'Empire du milieu. Une stratégie payante : Ruying Wang a fait découvrir le château de Chantilly, la cathédrale d'Amiens ou Compiègne aux TO, au travers d'Eductours, des parcours-tests. Depuis, les Chinois sont la première clientèle étrangère du Domaine de Chantilly, et les autres sites voient défiler de nombreux groupes. Résultat, en 2016, la Picardie a reçu 16.700 touristes chinois, pour un chiffre d'affaires de 860.345 euros.
Les nordistes, plus frileux ?
Une manne dont, pour le moment, le Nord et le Pas-de-Calais profitent peu. Avec la fusion des régions, Ruying Wang a vu son champ d'action élargi à l'ensemble des Hauts-de-France. Mais la mayonnaise peine à prendre. « J'ai plus de mal à intéresser les différents acteurs, et à organiser des Eductours dans le Nord et le Pas-de-Calais » regrette Ruying Wang. « Par exemple, il est d'usage que les hôtels offrent les nuitées aux TO, ce qui n'est rien par rapport aux retombées potentielles. J'ai des difficultés à les convaincre que c'est dans leur intérêt. De la même façon, tout le monde n'est pas prêt pour accueillir des Chinois. J'ai un premier groupe qui s'est annoncé début juillet au Palais des Beaux-Arts, on est en train de chercher une solution en urgence pour former un guide sinophone. » En revanche, sous l'impulsion du CRT, qui a mis sur pied avec l'Université de Picardie une formation pour les guides de la région, d'autres, comme le Louvre-Lens, sont en train de s'organiser pour mieux adresser le public Chinois.
Retard de notoriété
En 2017, les Hauts-de-France prévoient 20.000 arrivées de Chinois, et un chiffre d'affaires de 1,1 million d'euros. Mais la région reste à la traîne, regrette Alexis Richez, conseiller Chine à la CCI. « Cette année, la Chine a enfin été désignée comme un pays prioritaire. Pour la première fois Xavier Bertrand a fêté le Nouvel An chinois avec l'ambassadeur de Chine en France, des efforts sont faits pour se rapprocher de leaders et de diplomates... Mais la région reste la dernière à ne pas être jumelée avec une province chinoise ! D'autres ont dix ans d'avance en termes de marketing, il faut désormais trouver l'argumentaire qui nous permettra de nous différencier. Les touristes chinois sont assez suiveurs, ils vont là où tout le monde va. C'est très bien que les TO inscrivent la région à leur catalogue, mais il faut aussi donner aux gens l'envie d'acheter ces voyages. C'est en ça que la diplomatie culturelle est essentielle. »
Hors des sentiers battus
Une réalité que connaît bien Clément Duhamel, qui a monté Oscar Tours à Saint-André, une petite agence de voyages spécialisées dans les séjours hauts-de-gamme en France, pour de petits groupes Chinois... Qu'il emmène à Paris ou dans le Sud de la France, mais pas dans la région, faute de demande. « De plus en plus, ils demandent à découvrir des régions françaises, des destinations plus rurales, plus intimes. A ce titre, la région a une carte à jouer, puisqu'elle offre des occupations très variées, on peut y faire du shopping, découvrir le patrimoine, ou des sites naturels, et tout cela, idéalement situé entre Paris, Bruxelles et Amsterdam, où ils vont beaucoup. Ils passent très peu de temps en France, et la géographie est un atout. Mais il faut que les bus s'arrêtent au lieu de ne faire que passer ». Dans cette course aux quatre coins de l'Europe, certains s'autorisent déjà une pause pittoresque. Les visites de Lille en 2CV proposées par Tradi'balade sont ainsi la première attraction lilloise à être inscrite au catalogue d'un TO chinois. Un nouveau marché qui pourrait bien changer la face de l'entreprise fondée par Thomas Delcroix en 2010. « J'avais déjà essayé de démarcher la Chine par mes propres moyens il y a quatre ans, sans succès. Et puis grâce au CRT, des TO et des journalistes sont venus tester l'activité, qui leur a plu. Ils sont venus fin février, en mars on figurait dans leur catalogue, et en avril on accueillait les premiers clients chinois. On en a reçu 400 ce printemps, et il y a 2000 visites programmées jusqu'à l'automne. On arrive vite à 40.000 euros de chiffre d'affaires en plus... et on ne travaille qu'avec un seul TO pour le moment ! Nous sommes aujourd'hui en négociation avec huit autres. Mais on tient à rester prudent, pour ne pas dénaturer notre concept. Ce qui leur plaît, ce sont les échanges avec le chauffeur, et de passer un moment chaleureux, unique. Il ne faudrait pas que ça devienne l'usine. »