Pour ses 90 ans, la société Entreprises LK qui opère à la fois dans le transport et les voyages avec son agence LK Tours-Europatours depuis Colmar, s’est offert, l’hiver dernier, une nouvelle identité visuelle. Prélude à l’arrivée de la quatrième génération des Kunegel appelée à reprendre le flambeau de Daniel et Michelle, frère et sœur et dirigeants actuels d’une société qui véhicule 120 000 personnes par jour. Essentiellement en Alsace et dans le nord de la Franche-Comté mais aussi dans le monde entier.
Les itinéraires étaient moins élaborés en 1934 lorsque Nicolas, leur grand-père, collectait le lait dans le village haut-rhinois de Niederentzen et ses alentours. Bien qu’il lui arrivât de véhiculer, à bord de son camion remorque, des habitants de la plaine d’Alsace jusqu’à Colmar les jours de marché, c’est après-guerre que l’activité s’est développée. Sous l’impulsion de son fils Lucien et de son épouse Marie-Anne tandis que la bande rhénane procédait à son industrialisation avec l’aménagement du grand canal d’Alsace achevé en 1959. "Ce chantier avait nécessité énormément de main-d’œuvre qui n’habitait pas forcément à proximité et qu’il fallait transporter depuis des fonds de vallées", raconte Daniel Kunegel. L’implantation du pôle chimie et de plusieurs usines à proximité du Rhin ont ensuite conduit les autocars Kunegel à amener le personnel de ces entreprises de leur domicile jusqu’à leur lieu de travail. Une activité qui perdure puisque l’entreprise est toujours le fournisseur exclusif pour Stellantis à Mulhouse, Alsachimie à Chalampé, Constellium à Biesheim et bien d’autres.
"L’église a été notre premier tour-opérateur"
Au début des années 1970, l’entreprise s’implante à Colmar. C’est durant cette décennie que sa flotte d’autocars va commencer à circuler le week-end grâce au… clergé. "J’aime à dire que l’église a été notre premier tour-opérateur", sourit Daniel Kunegel. L’époque est aux pèlerinages et les Alsaciens se déplacent en nombre au Mont-Sainte-Odile mais également en Suisse et en Allemagne. La législation va cependant évoluer et les activités liées au transport et celles relevant du tourisme se trouvent dissociées. Cela n’entrave pas l’essor de l’entreprise colmarienne qui se retrouve face à une autre mutation sociétale avec l’instauration du transport scolaire qui demeure toujours sa principale activité.
Face aux besoins croissants, la société colmarienne rachète progressivement ses "confrères" opérant dans le Haut-Rhin. Pour arriver à un total de vingt opérations de croissance externe depuis l’acquisition de Sodag à Guebwiller en 1982 jusqu’à celle des Autocars Marquès, entreprise basée à Bartenheim, en 2022.
En pointe sur la transition énergétique
Mais c’est via le transport urbain et interurbain que LK poursuit son maillage territorial dans toute l’Alsace en opérant directement dans les agglomérations de Sélestat et de Saint-Louis et en sous-traitant auprès des opérateurs en charge des réseaux de Mulhouse, Colmar et Strasbourg. Dans la capitale européenne, elle remporte en 2018 un appel d’offres stipulant l’utilisation de véhicules circulant au gaz naturel pour le compte de la CTS. L’entreprise colmarienne investit dans un dépôt à Reichstett (Bas-Rhin) et accélère au niveau de sa transition énergétique. En 2022, elle entame la conversion de sa flotte de 580 véhicules au HVO, un diesel de synthèse fabriqué à partir d’huiles recyclées (friture, industrie, graisse animale) par une entreprise finlandaise et distribué par Bolloré Energy. Ce carburant végétal permet la réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport au gasoil, et moitié moins d’oxydes d’azote. "Prenez le bus et vous aurez la frite ", avait d’ailleurs lancé le sénateur haut-rhinois Christian Klinger lors du 90e anniversaire de l’entreprise labellisée Alsace Excellence.
Aujourd’hui, s’il consacre 15 millions d’euros par an pour renouveler sa flotte, Daniel Kunegel scrute de très près les possibilités que Mercedes, son principal fournisseur, peut lui offrir en termes de véhicules électriques. "Pour nous, la transition énergétique est une opportunité dans le sens où nous voulons garder un temps d’avance sur nos confrères", dit-il.
L’activité tourisme, levier d’audace et d’innovation
Pour cela, le dirigeant peut compter sur sa petite-soeur, Michelle, en charge de LK Tours-Europatours, qui conjugue plusieurs métiers du tourisme allant de la production de voyages, leur distribution, la réception et les offres sur-mesure à destination de groupes. À la tête de onze agences de voyages, elle incarne "l’innovation et l’audace" de l’entité familiale là où l’activité de transport autorise des perspectives à plus long terme via les appels d’offres passés avec les collectivités territoriales. "Dans le voyage, tout recommence chaque année en janvier avec un nouveau catalogue en espérant qu’il n’y ait pas de tsunami ni de guerre dans les destinations proposées", glisse-t-il.
L’activité tourisme des entreprises LK s’est considérablement développée ces dernières années avec l’exploitation de quatre nouvelles marques dont Moov’inbus, qui propose des journées shopping à une clientèle rajeunie vers le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, et Kut’zig (qui signifie décoiffé en alsacien) à destination des touristes désireux de sillonner la Route des Vins d’Alsace à bord d’un minibus cabriolet en été. L’entité propose également des offres saisonnières, via ses navettes de Noël et celle qui circule sur la route des crêtes vosgiennes, en complément de Cap vers l’Est qui vend des circuits en BtoB dans les pays des Balkans.
À l’étape de la transmission
En forte croissance, LK Kunegel réfute la notion de groupe. "Cela fait mastodonte et impersonnel", souligne Daniel Kunegel. "Je préfère dire que nous sommes une constellation d’entreprises qui ont toutes conservé leur identité et leur propre bilan. Nous avons construit cet ensemble avec un seul impératif : rester proche du client". Les axes de développement se situent au sud de l’Alsace, en Franche-Comté, où LK a posé des premiers jalons à Belfort et à Montbéliard. "On nous qualifie souvent de capitalistes rhénans, poursuit le dirigeant. L’argent que gagne l’entreprise reste dans l’entreprise pour du développement et de l’investissement. Comme beaucoup d’entreprises familiales, la continuité et le développement sont nos seuls objectifs".
La prochaine étape concerne la transmission de la structure à la future génération. Daniel et Michelle ont chacun trois enfants, certains ont déjà intégré l’entreprise, d’autres ne les suivront pas. "Nous ne transmettons pas qu’un patrimoine matériel. Si on fait cela, on ne fera que diviser. Le challenge repose sur la solidité et la cohésion de cette quatrième génération". Pour cela, les deux dirigeants travaillent depuis un an avec le cabinet lyonnais Arkeanos.
Une démarche qui fait suite à celle entamée il y a deux ans autour des valeurs de l’entreprise. "Nous souhaitons rester une entreprise inspirante et pionnière dans nos métiers", confient-ils. En intégrant de nouveaux outils comme l’IA, le duo souhaite toujours garder ce "temps d’avance" et cette solide complémentarité aux airs de complicité.