Jacques Gérard, aujourd'hui membre honoraire du Conseil économique et social, a il y a quelques années tenté de mieux les cerner dans un rapport au titre qui résume à lui seul son sentiment: "Un atout pour notre pays: les entreprises créées par les Français établis hors de France". L'auteur a notamment interviewé 258 entrepreneurs français à l'étranger. Résultat de cette enquête: il s'agit d'une femme dans environ un cas sur cinq; près de 20% des répondants ont moins de 35 ans, la moitié ayant entre 35 et 50 ans; 70% d'entre eux étaient salariés avant de créer leur affaire, dont neuf sur dix dans le secteur privé.
Les mêmes motivations que des créateurs en France
Autre constat surprenant: seuls 22% sont partis de France avec l'objectif de créer à l'étranger. En fait, l'immense majorité résidait déjà à l'étranger, dont 65% dans le pays où ils ont créé. Plus de six sur dix ont choisi cette voie en raison de "circonstances ou opportunités favorables" et quatre sur dix sont des multi-créateurs qui avaient déjà créé quelque chose auparavant. Autres traits saillants: près de 90% ont une formation égale ou supérieure au premier cycle universitaire et presque tous parlent deux autres langues que le Français. Généralement nées en France (82%), les personnes interviewées présentaient finalement des motivations similaires à ceux qui choisissent de créer en France: l'indépendance, l'envie de créer, l'opportunité d'un marché, l'envie d'avoir sa propre affaire.
Fiscalité et droit du travail
En revanche, ils ont réfuté l'idée d'un choix justifié par la législation du travail ou la fiscalité. Près de 60% (57%) ont jugé "totalement fausse" ou "inexacte" la proposition selon laquelle ils se seraient éloignés de la France en raison de la législation du travail. Un taux qui recoupe toutefois des écarts selon les pays d'accueil, plus d'un entrepreneur sur deux (52%) installés en Asie jugeant cette proposition pertinente ou très pertinente. Et près des trois quarts estimaient que la législation dans leur pays d'activité était "moins difficile" qu'en France. Proportion encore plus forte pour la fiscalité, 66% des interviewés jugeant totalement fausse l'idée d'un éloignement pour raisons fiscales, le même pourcentage jugeant toutefois que la fiscalité de leur pays d'activité était plus faible qu'en France. Il serait peut-être utile de relancer une enquête similaire quelques années et deux crises plus tard.
Ils seraient entre 100.000 et 250.000 mais au contraire des fonctionnaires ou expatriés salariés, ils ne font l'objet d'aucune statistique. Les Français ayant créé à l'étranger nourrissent parfois les fantasmes, intriguent souvent mais restent mal connus.