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Les conseils de l’Institut Montaigne pour renforcer la métropole Aix-Marseille-Provence
Marseille # Collectivités territoriales

Les conseils de l’Institut Montaigne pour renforcer la métropole Aix-Marseille-Provence

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L'Institut Montaigne a émis 40 propositions pour faire de la Métropole Aix-Marseille-Provence une référence nationale et internationale. Le rapport, fruit d’une année de travail, passe au crible les atouts et les faiblesses du territoire.

La Métropole Aix-Marseille-Provence doit trouver les moyens de ses investissements et ne peut pas se contenter de financer son développement par l'emprunt, selon le rapport de l'Institut Montaigne — Photo : Didier Gazahnes - Le Journal des entreprises

Le célèbre think tank libéral Institut Montaigne, créé par Claude Bébéar en 2000, vient de présenter un rapport baptisé « Construire la métropole Aix-Marseille-Provence de 2030 ». Un texte de près de 180 pages, issu d’une année de travail au cours de laquelle l’Institut Montaigne a réuni une centaine d’acteurs locaux issus du monde économique, culturel, associatif, académique et social. Cette étude du territoire, conduite en partenariat avec le cabinet de stratégie Stan et en collaboration avec la CCI Aix-Marseille-Provence, l’UPE 13 et le Club Top 20, énumère les principaux défis que la Métropole doit parvenir à relever d’ici à 2030.

Une meilleure structuration des transports

Sans surprise, les transports constituent toujours l’un des dossiers majeurs. La plus grande métropole de France (six fois la superficie du Grand Lyon et quatre fois celle du Grand Paris), née en 2016 et regroupant 92 communes, peine toujours à mettre en place un réseau de transport efficace. Dans ce domaine, l’Institut Montaigne prône une meilleure utilisation des véhicules individuels, grâce notamment à un recours au covoiturage massifié. Par ailleurs, « l’accélération des travaux prévus autour de la gare Saint-Charles est essentielle pour desserrer le nœud ferroviaire marseillais et faciliter la mobilité métropolitaine, notamment vers les zones d’emplois comme celles d’Aix-en-Provence », note le rapport, qui ajoute qu’en matière de mobilité, les acteurs locaux doivent pouvoir s’appuyer sur des moyens pérennes et sur une gouvernance de projet stable. La création d’un outil institutionnel et financier, sur le modèle de la société du Grand Paris, constituerait ainsi un outil structurant.

Le rapport prône également un renforcement de l’attractivité des centres-villes et plus précisément la poursuite d’une politique ambitieuse de production, de réhabilitation et de redistribution des logements sociaux afin de stopper l’extension de poches de pauvreté.

Marseille tournée vers la mer et l’Afrique

Le think tank n’oublie pas la position de Marseille, tournée vers la Méditerranée et l’Afrique. Ainsi le Grand Port Maritime devrait être placé au centre d’une stratégie industrielle d’envergure. Afin de soutenir la capacité opérationnelle du port, la liaison routière entre Fos-sur-Mer et Salon-de-Provence devrait notamment être améliorée. « À plus long terme, le développement de notre façade sud devrait devenir une priorité stratégique nationale. Elle exige de concevoir, en partenariat avec l’État, une stratégie d’investissements ambitieuse dans les infrastructures ferroviaires et fluviales permettant au port de Marseille de devenir un véritable pivot relié à un hinterland connecté », décrit le rapport.

Par ailleurs, l’Institut évoque la possibilité d’officialiser le rôle de la Métropole dans la stratégie diplomatique française vis-à-vis de ses relations avec l’Afrique. Ainsi, la création d’un statut de Métropole euroméditerranéenne pour Aix-Marseille-Provence sur le modèle de l’Eurométropole de Strasbourg pour l’Europe, traduirait un volontarisme politique fort, en affirmant le rôle politique de la Métropole et son inscription dans la stratégie diplomatique de la France.

Manque de leadership

Le rapport pointe du doigt le manque de leadership local dans les domaines de la santé, du numérique et de l’environnement. Trois secteurs dans lesquels, le territoire dispose d’atouts historiques qui devraient lui permettre de s’imposer par rapport à d’autres concurrents français. Hélas, note-t-il, « ces initiatives manquent de mise en cohérence ou de leadership. Les acteurs locaux ont donc un rôle déterminant à jouer ». Dans le domaine de la santé, il semble clair qu’il est nécessaire de voir émerger un véritable pôle de soutien aux acteurs de la filière et de mettre en place des solutions de financement pour les start-up de la Health Tech qui manquent cruellement de fonds d’amorçage.

Une fiscalité plus efficace

La Métropole, largement endettée, ne peut toutefois poursuivre ses investissements en ayant recours à l’emprunt. Le rapport indique que la fiscalité perçue par la collectivité demeure largement inférieure à celle collectée par les communes. Une différence qui s’explique notamment par les reversements qu’Aix-Marseille-Provence effectue au profit de ses communes membres, qui s’élèvent à plus de 60 % de ses dépenses réelles de fonctionnement, contre 28 % en moyenne pour les métropoles françaises.

Il revient également sur la fusion du Conseil départemental et de la Métropole, manoeuvre qui permettrait de reconsidérer le montant des attributions de compensation, de bénéficier d’un effet périmètre financièrement avantageux, de réaliser des économies d’échelle, et de simplifier les liens public-privé et inter-public. Cette fusion, largement évoquée par le monde économique lors de la création de la Métropole n’a finalement jamais vu le jour. Le mille-feuille administratif ayant gagné de nouvelles tranches à l’inverse des espoirs émis à l’époque.

Au lieu de mettre fin à une fragmentation administrative du territoire et de mettre en place une organisation cohérente, unifiant les forces et exerçant de manière cohérente à une échelle quasi-départementale des compétences élargies, la Métropole a été le fruit d’un consensus fragile où chaque ancienne EPCI (Établissement public de coopération intercommunale) joue encore un rôle prépondérant, bloquant toute logique réellement métropolitaine. Un rapport d’octobre 2020 de la Chambre régionale des comptes aboutissait également à ce résultat et rappelait qu’aucune économie d’échelle n’avait vu le jour sur le territoire.

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