Saint-Étienne
"Les bornes de charge pour véhicules électriques d'E-Totem entrent dans une nouvelle ère de croissance"
Interview Saint-Étienne # Production et distribution d'énergie # Investissement industriel

Hervé Sonneville président d’Atomelec et d’E-Totem "Les bornes de charge pour véhicules électriques d'E-Totem entrent dans une nouvelle ère de croissance"

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Fabricant de bornes de charge pour les véhicules électriques, le stéphanois E-Totem a triplé son chiffre d’affaires en 2023. Une performance rendue possible grâce à une stratégie d’investissement ambitieuse en France et à l’international. La filiale d’Atomelec compte encore accélérer et vise 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026.

Hervé Sonneville, président d’Atomelec et fondateur d’E-Totem compte tripler sa production de bornes de recharge pour véhicules électriques — Photo : E-Totem

E-Totem a triplé son chiffre d’affaires en 2023 pour le porter à 28 millions d’euros et dégage un excédent brut d’exploitation d’un million d’euros. Comment expliquez-vous les excellents résultats de votre exercice 2023 ? Est-ce le résultat de la levée de fonds opérée il y a un peu plus d’un an ?

C’est effectivement un élément déterminant. La levée de fonds de 15 millions d'euros opérée auprès de Conquest et Bpifrance nous a permis de nous renforcer au niveau commercial, de renforcer notre programme R & D et donc le développement et l’amélioration de nos bornes de charge, de financer du besoin en fonds de roulement et, in fine, de capter de nouveaux marchés dans le privé (entreprises, centre commerciaux, NDLR). Nous avons aussi une partie de notre chiffre d’affaires qui est la conséquence d'une seconde levée de fonds, celle-là réalisée par notre plateforme d’investissement et de déploiement d’infrastructures. Les 50 millions d’euros apportés à cette plateforme par Conquest ont permis de financer et déployer des projets d’infrastructures pour le compte de métropoles et agglomérations. Ce qui a été un accélérateur de notre croissance.

Vous avez remporté récemment un appel d’offres auprès de Nantes Métropole pour déployer 1 450 points de charge électrique. Quelques mois plus tôt, c’est l’appel d’offres pour 600 points de charge à Montpellier que vous avez remporté. Est-ce qu’il vous reste encore des zones à couvrir en France ?

Une douzaine de métropoles en France ont choisi un opérateur mais il reste encore quelques métropoles qui n’ont pas encore traité la question des bornes de charge… ou que partiellement ! Et puis, il reste ensuite des agglomérations pour lesquelles il y a encore beaucoup à faire. Paradoxalement, les petites communes ont plutôt été bien équipées grâce à leur syndicat d’énergie. Aujourd’hui, c’est essentiellement le segment des agglomérations et des métropoles qui a un besoin en charge publique car tout le monde n’a pas de solution de recharge privée à domicile. Et puis, le flux de visiteurs vers ces centres urbains est plus important.

Combien de bornes avez-vous déjà déployées sur le marché français et quels sont vos objectifs en la matière ?

Aujourd’hui, nos bornes sont soit vendues à des opérateurs qui les installent soit on les déploie et exploite nous-même. Au total, 10 000 points de charge ont été déployés. Notre objectif est d’être à 30 000 bornes en 2030.

Qu’en est-il de l’international ? Faut-il s’attendre à des ouvertures de filiales ?

Nous sommes déjà présents depuis quelques années en Espagne. Nous venons par ailleurs de poser un premier pied en Angleterre avec la création toute récente d’E-Totem UK, qui aura pour mission de déployer l’ensemble de nos métiers avec deux modèles : la vente clé en main de solutions pour les entreprises et centres commerciaux et également l’offre en tiers investisseurs pour les marchés publiques que nous proposons avec Conquest au niveau européen. L’objectif étant d’avoir déployé en 2025 un petit millier de bornes.

Avez-vous d’autres pays dans la ligne de mire ?

Nous nous intéressons en priorité aux zones qui ont le plus fort potentiel comme l’Allemagne et l’Italie où nous prévoyons d’ouvrir des filiales commerciales : une cette année, la seconde en 2025.

"L'objectif est de passer d'un capacitaire de 3 000 bornes par an aujourd'hui, tout confondu, à 10 000 bornes sous trois ans."

Avez-vous prévu d’investir dans votre outil de production pour assumer cette montée en puissance commerciale ?

Oui nous avons un programme d’investissement de 5 millions d’euros dont un tiers sera pris en charge dans le cadre de France 2030. Ce programme porte sur du développement produit, de la R & D mais également des extensions de capacités de production : bâtiments et moyens industriels. Dans ce cadre, nous allons agrandir notre usine de Saint-Bonnet-le-Château, dans la Loire (usine Atomelec, maison mère d’E-Totem, NDLR) pour augmenter nos capacités de production sur les bornes de charge rapide. Nous prévoyons également une extension de notre usine de La Rochelle pour faire face à la montée en cadence des bornes e-smart. L’objectif est de passer d’un capacitaire de 3 000 bornes par an aujourd’hui, tout confondu, à 10 000 bornes sous trois ans.

En termes de chiffre d’affaires, cette stratégie et ces investissements doivent vous amener à quel niveau ?

Nous tablons sur une croissance par pallier de 50 millions : 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, 100 millions en 2025 et 150 millions en 2026. La marche est constante.

Hervé Sonneville en compagnie de Jérôme Characon, le directeur général d’E-Totem devant la station e-Fast implantée sur le parking du nouveau siège social à Saint-Etienne — Photo : Gilles Cayuela

Quid de votre site sur Saint-Etienne ? Il pourrait faire partie de cette montée en charge industrielle ?

Pour l’instant, nous ne produisons pas sur Saint-Etienne. Le site accueille le siège d’E-Totem et assure la partie R & D mais cette usine a vocation à être une réserve de capacité pour faire des produits spéciaux dans le cas où nos usines de Saint-Bonnet-Le-Château et La Rochelle ne pourraient pas faire face. Mais ce ne sera pas avant 2026.

Vous avez évoqué la R & D. Allez-vous sortir de nouveaux produits prochainement ?

Nous allons sortir au second semestre 2024 une nouvelle version de nos stations de recharge e-Fast. La première version de l’e-Fast est de 2021. Les premières bornes ont été déployées sur le projet Métropolis du Grand Paris. C’est un produit qui mutualise la puissance sur une armoire de 250 kW et aujourd’hui on va mettre sur le marché un produit de 360 kW avec 2 points de charge. Ce qui va aussi nous permettre de répondre à des applications voitures mais aussi camions puisque le camion électrique est en train de s’imposer comme une solution notamment dans la logistique urbaine.

"Le marché du véhicule électrique a toujours fonctionné par phase avec des accélérations et des pauses"

Votre business est étroitement lié à l’évolution du marché des véhicules électriques. Comment voyez-vous l’évolution de ce marché ?

Le marché du véhicule électrique a toujours fonctionné par phase avec des accélérations et des pauses. Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle ère de croissance avec des véhicules plus économiques et qui va permettre d’aller vers une massification pas possible jusqu’alors en raison du prix des véhicules. Cette massification va arriver avec l’arrivée sur le marché de véhicules à moins de 20 000 euros.

L’hydrogène, ça vous inquiète ?

En termes de maturité technique, économique et même écologique, l’hydrogène est très loin du compte par rapport à la solution électrique. L’énergie qu’il faut déployer pour produire de l’hydrogène et la mettre dans un véhicule, avec toute la problématique de l’acheminement de l’hydrogène pour alimenter un réseau, fait que le véhicule électrique a de beaux jours devant lui. Et puis, il y a la construction de ce réseau qui représente un mur d’investissement. L’hydrogène dans la voiture de monsieur tout le monde, ce n’est pas pour demain matin !

Saint-Étienne # Production et distribution d'énergie # Investissement industriel # Investissement immobilier # International # PME # Made in France