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Les bonnes recettes de My Pie, passée en 10 ans de la start-up à la PME exportatrice
Mayenne # Agroalimentaire # PME

Les bonnes recettes de My Pie, passée en 10 ans de la start-up à la PME exportatrice

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En dix ans, My Pie est passée d’une équipe composée seulement des deux fondateurs au départ à 180 salariés. Cet été, la PME du Nord-Mayenne a mis en service son usine flambant neuve de 11 500 m2. Y sont produites ses recettes de pizzas ou encore de croque-monsieur, destinées à alimenter ses 3 000 corners de snacking chaud installés en grandes surfaces. Et les ventes à l’étranger devraient demain figurer au menu.

En Mayenne, My Pie produit des recettes dédiées au snacking chaud, vendues dans ses propres armoires au sein de magasins Casino, Franprix ou encore Carrefour. Ici, la cuisine de sa nouvelle usine de Gorron, mise en service à l’été 2025 — Photo : Frédéric Gérard

My Pie, "c’est sans doute la plus belle réussite de start-up passée par Laval Mayenne Technopole", confie le responsable de l’incubateur local, Antoine Tetart. Créée en 2015, l’entreprise a mis en service cet été sa nouvelle usine mayennaise de 11 500 m2 à Gorron. Sa capacité est de 10 000 pizzas par heure et 50 000 croque-monsieur par jour. Et la PME projette déjà d’agrandir son nouvel outil en 2027 et de recruter dès à présent 50 nouveaux salariés.

My Pie emploie actuellement 180 personnes, dont 120 dans son usine. Ses croque-monsieur, pizzas et autres quiches vendus en portion individuelle en points chauds connaissent un vrai succès en grande distribution. Si l’entreprise reste discrète sur son chiffre d’affaires, elle évoque toutefois une croissance annuelle à deux chiffres. "Six mois avant la fin de travaux, nous avons encore dû ajuster les plans pour de nouvelles machines, de nouveaux produits, de nouveaux pays…" expliquent les dirigeants.

De jeunes pousses

Dix ans plus tôt, les deux fondateurs Adrien Goud et Sébastien Rico se voyaient vendre des tourtes — "pie" en anglais — pour proposer un service restauration dans les bars. Les jeunes entrepreneurs faisaient goûter leurs recettes sur le marché de Laval pour obtenir des retours clients. "Le marché des bars reste à l’esprit, mais c’est un marché complexe, avec beaucoup de gestion logistique pour des petits volumes", indique Sébastien Rico, dirigeant en charge du développement commercial.

Les dirigeants fondateurs et associés historiques de l’entreprise My Pie (de gauche à droite) : Sébastien Rico, Jean-Rémy Cousin, Adrien Goud et Tom Chegaray — Photo : Frédéric Gérard

Troisième associé à avoir embarqué dans l’aventure, Tom Chegaray, le directeur artistique, se souvient des premières tentatives pour se faire connaître. "Il y a eu des moments difficiles. Lors du festival We Love Green (alors 45 000 festivaliers, NDLR), j’avais peint une enseigne My Pie deux heures avant l’ouverture. On n’était pas près. On s’est fait déborder…" Les trentenaires sont aujourd’hui mieux organisés.

Appuyés par un patron mayennais de l’agroalimentaire

Plus expérimenté, le quatrième associé va les repositionner sur leur segment de marché. Jean-Rémy Cousin est alors à la tête d’une PME de charcuterie à dimension régionale, Les Gorronnaises (50 salariés et 10 M€ de CA, aujourd’hui dirigée par ses enfants). Ses rillettes et saucisses sont commercialisées en grande surface. Le dirigeant mayennais incite ses jeunes associés à diversifier leur offre vers du snacking qui plaît davantage aux consommateurs français, notamment des pizzas et croque-monsieur. C’est lui aussi qui fait venir My Pie à Gorron, en les accueillant en 2017 dans son propre atelier.

Puis la jeune entreprise va s’installer dans ses propres murs en 2019. Quatre ans plus tard, les 2 500 m2 ne suffiront plus et le projet de nouvelle usine est lancé.

Mais ce premier site de production est conservé, portant les surfaces totales à 14 000 m2. "Nous voudrions y lancer la fabrication de notre propre pain de mie, utilisé pour faire nos croque-monsieur, à partir de fin 2025 ou début 2026. Nous pourrions aussi y produire nos plus petites références", informe Sébastien Rico. La marque compte une cinquantaine de références aujourd’hui.

De la cuisine intégrale

My Pie produit déjà sa propre pâte à pizza, qui lève dans son nouvel atelier. "Nous employons des boulangers de métier, des cuisiniers, des charcutiers… Nous voulons travailler nos matières premières nous-mêmes. Nous réceptionnons par exemple nos légumes entiers que nous épluchons, lavons, découpons et préparons avant de les étaler sur nos pizzas ou dans nos quiches", explique Sébastien Rico. Ces produits sont ensuite cuits dans un four en pierre. Des lignes de production ont été conçues spécialement pour coller aux modes de production mis au point par l’entreprise mayennaise.

Dans son usine de 11 500 m2 en Mayenne, My Pie produit des pizzas individuelles, ainsi que des quiches et des croque-monsieur — Photo : Frédéric Gérard

Le process de My Pie est peu courant dans l'agroalimentaire à cette échelle; il ne consiste pas "seulement en un assemblage de matières" déjà préparées et portionnées par un intervenant extérieur. C’est ce qui distingue la marque mayennaise dans le snacking chaud, avec une offre "abordable mais de qualité". "Cela plaît beaucoup aux jeunes et étudiants, on ne peut donc pas être trop cher", glissent les associés.

Produisant sans additifs ni conservateurs, les dirigeants cherchent également à se rapprocher des meilleures notes du Nutri-Score.

Farine, œufs, viandes, primeurs : " 70 % de nos marchandises viennent de France, beaucoup de l’Ouest. On importe encore des patates douces, des noix cajou, ou le saumon utilisé dans les recettes qui marchent très bien ", précise Sébastien Rico.

"Faire du bon et du beau"

Voilà pour le contenu. La forme est également soignée. "Dès le départ, nous voulions faire du bon et du beau", signe Tom Chegaray, qui a créé l’univers visuel My Pie. Des couleurs jaunes qui rappellent la croûte gratinée des plats proposés, des rondeurs pour affirmer le caractère réconfortant de ces produits de plaisir, des lignes pour être identifiées de loin… "Nous avons dessiné nos armoires (présentoirs chauds, NDLR) nous-mêmes, avec des brevets déposés", précise le directeur artistique.

L’usine de Gorron de My Pie arbore les couleurs et formes qui emballent depuis dix ans ses produits de snacking — Photo : Frédéric Gérard

La charte graphique se retrouve jusque dans les mobiliers de bureau et la façade du nouveau site. "Nous ne voulions pas faire une usine comme les autres." Le visiteur est certain d’être arrivé à bon port.

Porté par Casino et Franprix

La commercialisation a connu son développement avec un partenariat déterminant, celui avec le groupe Casino, initié dès 2017. Les enseignes Casino et Franprix hébergent 830 des 3 000 corners que My Pie a placés en grande distribution. "Nous cherchons les points de vente de proximité, beaucoup en ville, pas les hypermarchés", précise Sébastien Rico.

Franprix a ainsi fait de la pizza My Pie un produit emblématique de ses formules déjeuners (pizza, boisson dessert).

Un service conjoint d’innovation culinaire permet d’étudier de nouvelles prestations dans l'offre de restauration de l'enseigne. Ce partenariat avec Casino représente une progression de 30 % de chiffres d’affaires par an depuis huit ans et 40 % des ventes en snacking du distributeur. Son engagement est signé à trois ans et donne de la visibilité à la jeune PME.

L’Europe de l’Ouest au menu

Loin d’être rassasiée, la PME démarche désormais dans les pays limitrophes et analyse les opportunités en Europe de l’Ouest.

L'entreprise a lancé l'export au Benelux, en Suisse et tout récemment en Espagne de ses produits alimentaires. "Aller vendre à l’étranger n’est pas prévu depuis longtemps. Nous répondons à des opportunités", confie Sébastien Rico. My Pie s’appuie sur les compétences du fonds Ardian, entré au capital en 2024, pour maîtriser ce développement à l’étranger.

Certaines recettes sont adaptées aux cultures et goûts des consommateurs locaux. Les produits sont commercialisés par des enseignes françaises comme Carrefour, très présent en Europe, ou des distributeurs nationaux. "L’image de la France, qui reste le pays de la gastronomie, fonctionne bien dans le snacking à l’étranger", rapporte Sébastien Rico.

D’autres projets au chaud

My Pie a encore du pain sur la planche. Les dirigeants étudient de nouvelles implantations, de nouveaux partenariats, de nouvelles recettes aussi, dont les gammes végétales représentent un axe de travail important. Sont également à l’étude de nouveaux meubles " plus technologiques " pour exposer leurs produits alimentaires.

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