Les 20 plus grosses défaillances d'entreprises en Auvergne-Rhône-Alpes

Les 20 plus grosses défaillances d'entreprises en Auvergne-Rhône-Alpes

7.402 entreprises ont trébuché en Auvergne - Rhône - Alpes ces douze derniers mois. Quatre dirigeants figurant dans un classement établi fin mars par l'agence Ellisphère témoignent des difficultés qu'ils affrontent.

7.402 entreprises d'Auvergne - Rhône- Alpes ont fait l'objet de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation dans les douze derniers mois (mars 2015 à mars 2016). Dans ce classement des 20 plus grandes entreprises défaillantes établi par Ellisphère (filiale de Natixis expert en information décisionnelle et en data marketing, ex-Coface Services), au moins 1.590 emplois directs sont impactés. Seul point positif : le nombre d'entreprises touchées diminue de 2,9 % par rapport à la période précédente. Si les motifs sont protéiformes, les conséquences sociales, matérielles et morales auxquelles sont confrontés les dirigeants sont de même intensité.

Voici leurs témoignages.






Groupe MG

L'entreprise fondée par Jean-Paul Mauduy il y a plus de 40 ans auquel ont succédé il y a 16 ans ses enfants Laurent et Fabien, a été reprise le mois dernier à la barre du tribunal de commerce par le géant français Spie Batignolles. 60 des 100 salariés ont été inclus dans le périmètre de reprise de l'ensemblier industriel et spécialiste de la tuyauterie industrielle

(27,4 M€ de CA - 1e position du classement Ellisphère). « Notre chiffre d'affaires le plus important a été réalisé en 2009, avec 45 M€. Depuis, il y a eu la crise. Nous gérions l'entreprise en bon père de famille, nous avions donc la trésorerie pour faire face pendant quelques années. Mais les commandes ne sont pas vraiment reparties et nous n'avions plus les moyens de continuer. Nous sommes sur un métier à faible marge, nous ne pouvions pas survivre des années à de telles baisses de volumes », regrette Fabien Mauduy. En cause selon lui, des investissements en forte baisse des acteurs du secteur de la chimie, de l'énergie et de la pétrochimie en raison de la chute importante du prix de l'énergie
. « En plus, nous avions en face de nous une concurrence internationale avec des coûts de main-d'oeuvre bien inférieurs aux nôtres. Nous avions des prix de revient plus importants que les prix de vente en usage sur notre marché ! ». Groupe MG a donc été placé en redressement judiciaire en décembre 2015, avec un plan de cession dès le 15 février.






Établissements Hellion

Ambiance morose sur le site de la société " Établissements Hellion " (10e position du classement Ellisphère), spécialisée dans le thermoformage pour l'agroalimentaire. Après avoir été placée en redressement judiciaire l'été dernier, la société " Établissements Hellion ", qui avait été vendue en 1998 par Péchiney au groupe G-Pack dirigé par Daniel Goujon, a cessé mi-avril ses activités sur son site de Givors, et ce après plusieurs tentatives de cession infructueuses. L'entreprise - qui a accusé une baisse forte de CA sur ses derniers exercices (7,5 millions d'euros en 2015 contre 13,5 millions d'euros en 2013)-
a ainsi été placée en liquidation judiciaire au début du mois. La PME industrielle embauchait 75 salariés (CDI et CDD inclus). « C'est un énorme gâchis », se désole Laurent Bruschet, directeur du site depuis 18 mois. Cet ancien de Danone déplore que rien n'ait été fait, au niveau de la direction générale de G-Pack, pour sauver " le soldat Hellion ". « Au fil des années, l'outil industriel s'est fortement dégradé, ce qui a impacté négativement la rentabilité de l'entreprise et a fini par créer une vraie démobilisation du personnel. »
Avant sa liquidation, l'entreprise a par ailleurs connu deux échecs de reprise. De la part du groupe Advanta d'abord, spécialisé lui aussi dans l'emballage alimentaire, dont le patron le business man sino-américain Jerry Ren - propriétaire de Ecopla, placée en redressement judiciaire depuis le 1er mars - s'était positionné pour racheter l'ensemble du groupe G-Pack (qui comprend également l'entreprise Plastiques RG- 8e position du classement). Avant de se rétracter. Idem pour le groupe alti-ligérien Verfor-Plast créé par Pierre Brun en 1973 qui « avait annoncé en mars son intention de racheter Hellion ».




Prim'Style

Objectif d'Éric Denis, DG du groupe Prim'Style placé en redressement judiciaire depuis juillet 2015 (12e du Top20) : « sortir de cette difficile séquence qui évidemment pèse sur les activités du groupe composé aujourd'hui des marques Comptoir de famille et Jardin d'Ulysse ». En tout, une centaine de salariés pour un CA de 13 M€ depuis la récente sortie du groupe de la marque Natives (20 salariés// CA : 6 M€). Éric Denis en poste depuis 14 mois planche alors sur un nouveau business plan avec pour objectif de présenter un bilan 2016 à l'équilibre. « Nous devons pour cela faire preuve d'humilité sur le périmètre de notre CA ». En clair,
le groupe entend recentrer ses activités sur l'Europe au lieu de chercher de nouveaux marchés. « Nous allons redimensionner nos activités avec des moyens plus contraints », précise le DG.




Metallyon

Placée en redressement judiciaire en mars 2015, Metallyon (6e position du classement Ellisphère) vient de faire valider une seconde période d'observation.
« C'est assez exceptionnel d'avoir deux périodes d'observation de 6 mois. Cela signifie que nous avons probablement le potentiel », insiste Pierre Passet, dirigeant de l'entreprise de tôlerie de Chaponost, reprise mi-2014 au groupe GMD, en association avec deux autres ex-managers du géant de la sous-traitance automobile. Dans la même transaction figuraient une filiale hongroise et Saintronic. « Nous étions conscients que GMD se séparait de ces entreprises en mauvaise santé, c'était un pari ». De fait 80 % du chiffre d'affaires de Metallyon étaient alors réalisés avec trois clients. « Quand un tousse, on le sent... ». Et l'un d'entre eux a effectivement toussé en 2014.

L'activité est repartie début 2015 mais la PME n'a pas réussi à suivre. « Nous avions aussi de gros problèmes d'organisation interne. Nous n'arrivions pas à produire de manière compétitive ». Pierre Passet continue : « Nous avons vu arriver tous ces problèmes, nous ne sommes pas tombés de l'armoire. Nous avons essayé de changer et d'améliorer les choses mais pas suffisamment vite ». Depuis le placement en redressement judiciaire, 23 postes ont été supprimés et un plan de réorganisation profond a été mené pour abaisser le point mort. Une diversification de la clientèle a été engagée. « Le plus gros client pèse aujourd'hui 30 % de notre chiffre d'affaires alors qu'il en représentait 50 % il y a un an ».

Pour la première depuis plusieurs années, Metallyon devrait être à l'équilibre en 2016. « Le carnet de commandes est bon jusqu'en juillet. Mon inquiétude repose plutôt sur notre capacité à être suffisamment rentable pour être capable de rembourser notre dette afin de présenter un plan de continuation en septembre. C'est seulement à ce moment-là que nous pourrons souffler ». Pierre Passet l'admet, tout en plaisantant pour ne pas trop dramatiser la chose : « C'est une période très difficile ». D'autant qu'il vient de vivre la mise en liquidation de son autre société, Saintronic en Charente-Maritime en raison des fortes baisses de commandes d'Alcatel, le plus gros client. « J'essaie de faire le moins mal possible. C'est très difficile moralement, on se demande chaque jour ce qu'on aurait pu faire autrement pour ne pas en arriver là.
La culpabilité est à son paroxysme mais l'instinct de survie prend le dessus. Vite, il faut qu'on passe à autre chose ! »