C’est ce qui s’appelle faire coup double. L'équipementier automobile lavallois Moldtecs a remporté un appel d’offres portant sur un contrat de 250 millions d’euros auprès d’un constructeur européen de camions. "C'est une réussite, car nous diversifions à la fois notre portefeuille clients et notre portefeuille produits", se félicite Laury Truquet, responsable des ventes, de la transformation durable et de la communication du groupe.
Pour l'heure, Moldtecs préfère ne citer ni le nom de ce client, ni la nature précise des pièces à produire. Il devrait s'agir de pièces techniques en plastique pour moteurs, cœur de l'activité du groupe.
Un nouveau type d’assemblage
Moldtecs a convaincu ce nouveau client en innovant dans le process d’assemblage de pièces en injection plastique. "Nous ne réaliserons pas l’assemblage par soudure, mais par surmoulage. Ce n’est pas une innovation en soi, car ce procédé existe déjà, mais pas sur ce type de pièces de grande taille", explique Stéphane Warnery, directeur R & D du groupe.
Près de 600 000 pièces au total
Le contrat porte sur des modèles de véhicules de deuxième génération, à motorisation thermique. Ces pièces permettront de réduire leur consommation de carburant. La production en série sera lancée en 2028 et se poursuivra jusqu’en 2035. "Nous devrions fournir environ 100 000 pièces par an. C’est assez conséquent dans le secteur du lourd", souligne Laury Truquet. Ces plus de 600 000 pièces seront produites dans l’usine de Laval.
Moldtecs travaille déjà sur plusieurs autres projets avec son nouveau client du secteur lourd, espérant gagner de nouveaux appels d’offres, cette fois pour des motorisations électriques.
Une orientation accrue dans les tracteurs
Ce nouveau contrat est une bonne nouvelle pour l’équipementier, alors que l’industrie automobile en France a enregistré son plus bas niveau d’activités. Moldtecs opère d’ailleurs une réorientation partielle de ses activités. Le groupe mayennais fait du secteur lourd et du "off road" (les engins agricoles par exemple), de nouveaux axes stratégiques pour 2025 et 2026.
Présent à Agritechnica, salon majeur du machinisme agricole qui s’est tenu en novembre en Allemagne, l’industriel espère ainsi gagner de nouveaux marchés dans le secteur agricole dans les prochains mois.
Très présent dans le secteur des voitures thermiques
L’usine de Laval, qui abrite également le siège social du groupe détenu par le fonds allemand Mutares depuis le rachat des activités de non filtration de Mann + Hummel en 2022, exporte 80 % de sa production. La raison est évidente : de moins en moins de moteurs sont fabriqués en France. Spécialisée dans les pièces techniques en plastique, Moldtecs produit des pièces pour la filtration, les conduits d’air haute pression, les collecteurs d’admission d’air ou encore les réservoirs de fluides destinés aux véhicules légers en majorité. Les moteurs thermiques représentent encore 95 % de son activité. Mais là encore, l’industriel opère une transition sur le marché.
Un plan de 14 millions d’euros
L’équipementier a mené un plan de modernisation de ses process pour réorienter la production vers les gammes de véhicules électriques et vers de nouveaux matériaux plastiques, recyclés et plus résistants à la montée en température de composants tels que les batteries électriques. Ce sont 14 millions d’euros qui ont été injectés sur le site de Laval pour prendre cette orientation.
Dans un premier temps, il s’agissait de s’aligner sur les décisions européennes d’orienter les motorisations des véhicules neufs vers le tout électrique d’ici 2035. Une échéance qui pourrait être revue. "Le marché n’est pas prêt et la majorité des ventes de véhicules électriques neufs profitent aux marques chinoises. Les ventes de camions électriques ne représentent encore que 3,5 % du marché en Europe", souligne Stéphane Warnery.
Le marché se cherche entre tout électrique et moteurs hybrides. L’usine lavalloise pourrait ainsi être positionnée pour parer à tout type d’orientation du marché. Les pièces pour moteurs hybrides étant les mêmes que celles pour moteurs thermiques.
Un tiers de l’activité mondiale faite à Laval
De nouveaux profils avaient été recherchés afin de recomposer les effectifs de Laval face aux besoins et enjeux nouveaux. Le site employait 490 salariés en 2024, en comptant les intérimaires. Le staff R & D a été augmenté en 2025 à une cinquantaine de personnes, et sert de support à l’activité mondiale. L’usine s’est renforcée en ingénierie pour se positionner en tant que centre d’innovation et de développement produits du groupe.
Le chiffre d’affaires du site lavallois représente près d’un tiers des 300 millions d’euros réalisés par le groupe au niveau mondial. Ils sont 1 400 collaborateurs en France et en Allemagne, ainsi qu’en Amérique et en Asie.