C’est la seule entreprise du CAC 40 dont le siège social est en province avec Michelin ; et la première entreprise de Nouvelle-Aquitaine, avec 37 000 salariés dans le monde et 8,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Alors forcément, quand le groupe Legrand (basé à Limoges en Haute-Vienne) annonce délocaliser une partie de ses activités hors de France, salariés et élus tremblent. Pour autant, Legrand se veut rassurant. Préférant parler de "plan d’adaptation industriel" et de "redéploiement d’activités", il affirme ne supprimer aucun poste.
Deux fermetures à Limoges et en Normandie
L’information a été rendue publique par les syndicats, sonnés des plans présentés par la direction dans le cadre d’un comité social et économique extraordinaire à Limoges le 19 novembre. Trois usines sont concernées : Valprod à Limoges (54 salariés), Fontaine-le-Bourg en Seine-Maritime (99 salariés) et Guise dans l’Aisne (22 salariés). Les deux premières vont fermer.
"Il n’y a aucun licenciement. Chaque salarié sera accompagné en fonction de ses demandes et aspiration et sera formé", affirme un porte-parole de Legrand. "L’objectif est que tous les collaborateurs restent au sein du groupe. Ceux de Valprod pourront par exemple intégrer une autre usine située à 3 km, ceux de Fontaine-le-Bourg sont invités à aller à Malaunay à 10 km." Ou dans l’un des 22 sites industriels et logistiques du groupe en France (cinq en Nouvelle-Aquitaine).
L’usine des Hauts-de-France va déménager
Quant à l’atelier des Hauts-de-France à Guise, qui emploie 22 salariés, il est question d’un déménagement. "L’activité et les emplois sont maintenus mais des discussions sont en cours avec les autorités locales pour trouver un autre bâtiment. L’actuel est très grand et peu adapté", détaille le porte-parole.
Vers l’Asie et l’Europe
Legrand prévoit de disperser les productions entre différents sites en France et à l’étranger. Les activités délocalisées du territoire national - "à faible valeur ajoutée" tempère le porte-parole - seront transférées à des filiales de Legrand, qui compte 120 usines dans 90 pays. Les syndicats évoquent en Europe l’Italie, l’Estonie, la Hongrie et la Turquie, ainsi que l’Asie. "Les discussions sont toujours en cours", se contente le porte-parole.
Idem sur le devenir des bâtiments abandonnés. "La direction n’a pas défini leur vocation."
Garantir la compétitivité en France
Certains élus n’ont pas tardé à réagir, à l’instar de Jean-Claude Leblois, le président du département de Haute-Vienne dans lequel Legrand est né en 1865. "C’est une très mauvaise nouvelle pour la capitale du département et c’est un très mauvais signal envoyé aux salariés et à tout l’écosystème économique local", estime-t-il.
À l’inverse, Legrand explique que "l’objectif qui sous-tend ces décisions est de permettre à Legrand de conserver ses positions de fabricant français de premier plan et sa compétitivité, en renforçant l’efficacité de son dispositif industriel en France." Cela implique "d’optimiser les surfaces utilisées et de créer davantage de synergies entre les différents sites concernés".
La France génère à elle seule 15 % du chiffre d’affaires du groupe, représentant le 2e pays derrière les États-Unis. La France exporte près de la moitié de sa production. Preuve encore que "la France est un pays important pour le groupe", les investissements y sont significatifs : 22 % de la valeur ajoutée, 33 % des Capex, mais également 31 % des dépenses en R & D et marketing (et 30 % des effectifs).
Un contexte français défavorable
Les plans s’appliqueront "entre 2026 et 2028" pour parer une conjoncture défavorable. "Le bâtiment souffre beaucoup depuis trois ans et aucune perspective positive ne se dessine en 2025", analyse le porte-parole.
Quant à savoir si Legrand prépare d’autres réorganisations à l’étranger, il n’en serait a priori pas question. "Ce plan se base sur des considérations spécifiques au marché français", répond le porte-parole.