Dans la région Grand Est, les quelque 17 000 structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) emploient près de 200 000 personnes, mais le recrutement reste un défi majeur. Selon une enquête nationale menée par MGEN Solutions en 2025, 48,5 % des employeurs de l’ESS citent la difficulté de recrutement comme leur principale problématique, suivie de la surcharge de travail (47,9 %) et du turnover élevé. Ces contraintes se traduisent par des arrêts maladie, du stress (55 % des salariés concernés) et de la fatigue.
Les secteurs les plus touchés dans le Grand Est sont l’aide à domicile, la petite enfance et l’animation sociale, avec des postes vacants qui peuvent perturber l’offre de services aux familles, aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap.
Des causes structurelles
Le secteur se caractérise par de nombreuses petites structures dépendantes de financements publics, ce qui limite la capacité à proposer des rémunérations attractives et des emplois stables. Le temps partiel subi et la faible perspective d’évolution accentuent le turnover.
Pour Marc Philibert, délégué régional de l’Union des employeurs de l’ESS (UDES), "la difficulté principale réside dans la mise en place de postes à temps plein et dans l’image de certains métiers, comme l’aide à domicile".
Malgré ces contraintes, 88 % des dirigeants considèrent que la qualité de vie et des conditions de travail sont essentielles pour le bon fonctionnement de leur structure.
Des initiatives pour répondre aux besoins
Pour répondre à ces tensions, l’UDES a lancé le projet Nouveaux métiers du lien social (NMLS) en Grand Est. L’objectif est de créer des communautés de dirigeants pour partager les pratiques, expérimenter de nouvelles formes d’organisation et mutualiser certaines ressources humaines. Le projet bénéficie d’un cofinancement de 50 % de la Dreets Grand Est et du suivi du Fonds social européen.
Marc Philibert explique que le projet NMLS vise à "dépasser les silos de métiers et créer des compétences multiples dans la formation. Une aide à domicile pourrait, par exemple, le matin s’occuper d’un patient et, ensuite, animer une séance d’art-thérapie (thérapie par un biais artistique comme la peinture, NDLR) ou intervenir dans une salle polyvalente. Cela permettrait d’offrir des emplois à temps plein en cumulant plusieurs temps partiels et de valoriser le travail des salariés".
Pour le délégué régional de l'UDES, "les petites structures doivent encore progresser en matière de ressources humaines, de management et de gouvernance".
Un enjeu pour l’organisation du secteur
La crise de recrutement soulève la question de la capacité du secteur à maintenir ses services dans les conditions actuelles. Les solutions envisagées se concentrent sur la revalorisation salariale, l’adaptation de l’organisation du travail et le renforcement du recrutement et de la formation à l’échelle régionale.
Dans une région où l’ESS représente près de 13 % de l’emploi privé, la stabilisation des effectifs est essentielle pour garantir la continuité des services et le bon fonctionnement des structures sociales et solidaires.