Non, le Finistère n'a pas été épargné par la crise. Certes l'agroalimentaire a joué son rôle d'amortisseur. Mais, hormis les IAA, dans les premiers mois de l'année 2009, tous les secteurs d'activités, bâtiments, automobile, industrie, restauration, services, GMS... ont bel et bien été touchés. Ce sont les banquiers et les observateurs des entreprises qui le disent. Mais que l'on se rassure. Ils annoncent aussi un retour à la croissance. Certains signaux sont positifs. «Le premier semestre, certes a été difficile. Mais depuis le début de l'été, les carnets de commandes sont repartis à la hausse», souligne David Le Meur, directeur du marché ACS (artisans commerçants, services), du CER France Finistère. Philippe Coquil, directeur du Crédit Agricole Entreprises du Finistère est lui aussi confiant. «Depuis la rentrée, il y a des signes de reprise. L'immobilier repart à la hausse. Avec un Cac 40 à 3.800 points, la crise financière est quasiment derrière nous.» Malgré un début d'année 2009 difficile, la situation des entreprises sur les dix premiers mois de l'année serait saine. «Les projets différés pendant l'été sont en train de se faire: renouvellement de matériels, investissements, fusions acquisitions, LBO. C'est porteur d'espoir pour l'avenir.»
-10 à 20% de résultat
En moyenne, dans les arrêtés de documents comptables reçus cet été, les résultats des entreprises clientes du Crédit Agricole Finistère enregistraient des baisses de 10 à 20% du résultat net. «Ce n'est pas catastrophique», juge Philippe Coquil. Face à la crise, toutes n'ont pas réagi de la même façon. Alors qu'elles avaient un carnet de commandes de huit à un an, les sociétés ont dû composer avec une visibilité de deux à quatre mois tout au plus. «Soit elles ont conservé leur structure de production, ont enregistré des baisses de marge, de résultats, voire des pertes. Soit elles ont adapté leur structure, stoppé le recours à l'intérim et aux CDD, pris des mesures de chômage partiel. Celles-là s'en sont mieux sorties», note le professionnel.
«La crise de plein fouet»
Michel Emily, P-dg du groupe Prévision, fabricants de machines agricoles, est de ceux-là. Il a dû réduire la toile pour adapter les effectifs à la demande. Moins de CDD, moins d'intérims. On a serré les boulons partout. «Dès le mois de janvier, j'ai demandé à mon encadrement de limiter les frais au maximum.» Prévision a clôturé son exercice avec un peu plus de 10% de chiffre d'affaires en moins. Heureusement, le programme d'investissements (3,5M€ pour une usine de 5.000m² à Tréflévénez) a été maintenu. Mais le patron reste inquiet pour l'avenir du prix du lait dont dépendent beaucoup ses commandes. Faire le dos rond... C'est aussi l'attitude de François Lehmann, gérant de Publitex Offset, une imprimerie du port de commerce à Brest. «On a subi de plein fouet la crise. La communication est l'un des premiers budgets qui souffre en cette période. C'est dommage. Les plus belles entreprises sont pourtant celles qui continuent à communiquer!» Une concurrence plus dure, des prix en baisse et un chiffre d'affaires qui ne se développe pas ont contraint le jeune dirigeant, la mort dans l'âme, à se séparer de six personnes sur 19. Cette morosité a gagné d'autres secteurs, comme le transport. «Le scénario catastrophe est devant nous», prédit Roger-Jean Bretagnon directeur général de Fraikin Camions. L'enseigne nationale possède deux agences en Finistère, à Brest et Quimper. «Chez Fraikin, nous ne constatons aucune évolution de notre activité de courte et de moyenne durée. Tant que cet indicateur n'est pas au beau fixe, on ne peut pas penser que l'activité redémarre», estime-t-il. Le général cargo est le secteur le plus atteint. Les baisses vont de - 20 à - 30%. L'agroalimentaire se maintient entre -5% et -10%. «Mais avec l'accroissement des dépôts de bilan, je pense que l'agroalimentaire sera bientôt touché.» Pas très positif... Mais réaliste?
Aussi des opportunités
Heureusement, le panorama n'est pas que négatif. Certaines s'en sont très bien tirées. Des entreprises positionnées sur des niches ou avec une forte identité. «Isobois, Kanabeach, À l'Aise Breizh ou Bervas Auto Kersaint», cite le directeur du Crédit Agricole Entreprises du Finistère Nord. «On s'attend à des chiffres de vente exceptionnelssur le marché du neuf. De l'ordre de+8,5%», se réjouit François Picard, dirigeant de Cobrédia (600 personnes en Finistère), concessionnaire automobile Volwswagen, Peugeot-Citroën et Opel. Certes l'occasion (23% de son chiffre d'affaires) fait grise mine. Mais en neuf, l'entreprise est positionnée «sur des segments porteurs», soutenus par des primes à la casse et des bonus. Au rayon des points positifs, il y a aussi les opportunités offertes par la crise. «Les valorisations des entreprises ont changé. Avant la crise, elles étaient évaluées entre 10 et 11 fois l'Ebitda. Aujourd'hui, on est plutôt à quatre ou cinq. Ce qui veut dire que les entreprises ont perdu 2,5 fois leur valeur. Il y a des opportunités...», glisse Philippe Coquil. Enfin, les fondamentaux économiques ont changé: le poids des capitaux propres par rapport à la dette, celui des LBO... On prend moins de risques, on optimise sa dette, on sécurise, comme en témoigne le banquier: «Des vertus sont sorties de la crise. Le pire est derrière nous. Mais n'oublions pas les erreurs du passé...»
Pourvu que ça reparte en 2010. Quelques signes précurseurs laissent espérer une reprise dans les prochains mois. L'année 2009 a été marquée par l'attentisme et le manque de confiance. Soutenu par son agroalimentaire, le Finistère a quand même fait le dos rond.
Dossier Armelle Gegaden et Isabelle Jaffré