Frédéric Carluer-Lossouarn
Journaliste et auteur de "Le Système Leclerc" (Ed. Bertrand Gobin, 2008, 304p., 22€)
Édouard Leclerc (décédé le 17septembre dernierà Saint-Divy) a-t-il changé le commerce en France?
C'était un petit commerçant indépendant qui n'avait pas beaucoup de moyens financiers au départ. On pense souvent qu'il a inventé le supermarché mais ce n'est pas lui, il n'en avait pas les moyens. Son invention c'est le discount. Son principe est révolutionnaire: il est parvenu à court-circuiter les intermédiaires, ces grossistes et centrales qui prenaient à chaque fois une marge. Il allait se fournir directement chez le producteur ou le fabricant. Résultat, ses produits étaient 10 à 30% moins cher que la concurrence.
Peut-on parler d'un visionnaire? Oui c'était un visionnaire parce qu'il a inventé le discount. De grands groupes comme Auchan ou Carrefour ont repris sa formule. Mais c'était aussi un utopiste. Au-delà du discount, il y avait une véritable dimension sociale dans son discours, même si ce n'était pas non plus un philanthrope: permettre au plus grand nombre d'accéder aux produits de tous les jours à bas prix. C'est un ancien séminariste qui a renoncé à rentrer dans l'ordre parce qu'il était déçu par le message social de l'Église, qui manquait selon lui de contenu pratique pour les gens.
Quelle est la particularité de son modèle et pourra-t-il perdurer sans lui?
Il y a trois piliers dans le système Leclerc: le contrôle des prix bas d'abord. Les adhérents sont très surveillés au niveau national sur ce sujet. Le deuxième pilier est le compagnonnage. Les nouveaux adhérents à la coopérative doivent se faire coopter en région pour rentrer dans le mouvement. Ils ont chacun un parrain qui peut servir de caution auprès des banques. Le dernier pilier est le système en coopérative dans lequel les adhérents doivent tous être très impliqués. Il y a des réunions chaque semaine en région. Ce système, c'est l'héritage d'Édouard Leclerc que son fils, Michel-Édouard, aux commandes depuis 2005, protège. Il est le garant d'une série d'engagements pris par son père. La question de savoir si le modèle perdurera se posera quand il passera la main. Mais rien n'indique qu'il le fera bientôt.
- TROIS QUESTIONS À