Dans les boîtes à couture familiales traîne souvent une bobine estampillée Lebaufil. Thibaut Dufour en a fait l'expérience. À 36ans, fort d'un parcours dans le milieu du carton-PLV (chez Mulliez-Richebé), cet entrepreneur a pris en janvier dernier les rênes de la société roubaisienne qui exploite la fameuse marque Lebaufil. Il entend «pérenniser et moderniser l'image» de ce fleuron nordiste fondé en 1946. Longtemps filiale de la manufacture textile Lepoutre-Wibaux, Lebaufil a été rachetée en 2007 par Vianney Bossut, Aymeric Lepoutre et Sébastien Olivier (Innovax), encore actionnaires. Son produit phare s'appelle toujours Lastex, un fil élastique pour fronces (chaussettes, manches de pull...). L'activité de bobinage perdure et un nouvel atelier de 300m² est prévu à Neuville-en-Ferrain fin 2012. Les cônes de 1.400m sont toujours reconditionnés en bobines pour Etam lingerie, Zannier (Catimini, Kenzo...), etc. Le lin et le coton français ont de beaux jours avec Lebaufil, qui s'approvisionne aussi en Italie, Allemagne, Turquie et Asie.
Orientation vers le fil métal C'est l'activité de négoce qui a pris un nouveau virage. À ses produits historiques, la marque a ajouté de nombreuses autres références synonymes de diversification. Elle surfe sur le «faire soi-même», dans le fil créatif pour la déco et le loisir. Aux côtés des matières traditionnelles comme la laine, le coton et le polyester, le métal a fait son apparition autour des bobines. «Nous réactivons les loisirs avec du fil métal comme le cuivre ou l'aluminium fou pour les bijoux, la décoration florale..., note Thibaut Dufour. Nous avons aussi une nouvelle gamme de coton tressé et une version plate de l'aluminium fou arrive dans notre catalogue qui n'existait même plus!» Côté distribution, Lebaufil peut s'appuyer sur son réseau de grossistes et merceries partenaires. «Ils font appel à nous car nous sommes une marque historique réputée.»
Nouveau catalogue en ligne
Désormais piloté comme une entreprise moderne, Lebaufil ne renie pas pour autant ses origines. Sa célèbre pin-up vintage tient encore le haut de l'affiche de toute sa communication, entièrement revue et corrigée ces derniers mois. «L'ambition était de réveiller la marque sans changer son logo.» Lebaufil ne vend qu'en Bto B, mais Thibaut Dufour n'exclut pas l'e-commerce. Déjà, le site web de la marque a fait peau neuve, avec mise en ligne au début de l'été de son catalogue, en lien avec un nouvel outil informatique. Une première dans l'histoire de la société qui exporte quand même 10% jusqu'au Canada, aux États-Unis et au Japon, friands de son coton à boutis. Avec cette nouvelle stratégie, Thibaut Dufour ambitionne le million d'euros de chiffre d'affaires en 2013. «C'est une niche intéressante à développer», confie-t-il. Cette année, Lebaufil doit réaliser 750K€, contre 650K€ en 2011.
Géry Bertrande
L'enjeu Jeune entrepreneur, Thibaut Dufour redéveloppe une célèbre marque roubaisienne quelque peu en sommeil, surfant sur la décoration et le loisir.