Le torréfacteur nordiste Méo-Fichaux veut redonner vie à une marque bien ancrée dans l’esprit des Français. Deux ans après avoir racheté à la barre du tribunal de commerce les actifs immatériels de l’entreprise Legal, alors en liquidation judiciaire, l’ETI familiale basée à La Madeleine (Nord) relance officiellement la marque normande, fondée au Havre en 1851. Avec Legal, Méo-Fichaux veut s’imposer sur le marché stratégique des capsules et dosettes, dominé par les géants internationaux du café.
Une montée en puissance rapide
Depuis avril 2026, les capsules et dosettes Legal font leur retour en grande distribution. Carrefour et Système U ont été les premiers à les référencer, avant Intermarché, Auchan et Monoprix en mai. "On ne pouvait pas laisser mourir cette marque, résume Edgar Meauxsoone, directeur opérationnel de Méo-Fichaux. Legal a une place à part dans le cœur des Français. C’est une marque populaire, accessible, avec une histoire très forte."
Le groupe nordiste vise pour cette marque 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dès la première année de commercialisation, puis 50 millions d’euros à horizon trois à quatre ans. De quoi représenter environ 10 % du marché ciblé des cafés prédosés. Une montée en puissance qui viendrait renforcer un groupe déjà en croissance, passé de moins de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires il y a trois ans, à plus de 300 millions d’euros en 2025.
Un positionnement complémentaire
Pour relancer Legal, Méo-Fichaux s’est écarté du positionnement de sa marque historique Méo. Leader du café en grain en France et pionnier du bio, Méo s’est imposé sur un segment plus premium. La marque est portée par l’essor spectaculaire du café en grain, passé de moins de 2 % du marché français en 2017, à près de 20 % aujourd’hui.
Legal, au contraire, se concentrera sur les capsules compatibles Nespresso et les dosettes compatibles Senseo, qui représentent encore près de la moitié de la consommation française de café. "On veut faire de Legal un café réflexe, populaire et accessible", explique Edgar Meauxsoone. Sur les capsules, Méo avait fait le pari du compostables à la maison, en cohérence avec son positionnement RSE. Mais cette innovation verte n’a pas trouvé son marché. "On est peut-être arrivés trop tôt. […] C’est une gamme de produits sur Méo qu’on est en train de progressivement sortir des rayons".
Pour séduire, Legal entend jouer sur trois arguments : le goût, un prix inférieur de 5 à 10 % aux leaders du marché et une fabrication française. Une stratégie cohérente avec le modèle économique du groupe, qui mise sur des structures marketing plus légères que celles des géants internationaux. "En 2025, plus de 70 millions d’euros ont été investis en publicité télévisée sur le café. Nous, nous avons dépensé environ 200 000 euros", souligne le dirigeant.
Koota, laboratoire RSE du groupe
Aux côtés de Méo et désormais de Legal, le groupe développe aussi une troisième marque, Koota, lancée en 2022. Plus confidentielle, cette gamme bio se veut un laboratoire d’innovations RSE pour le torréfacteur nordiste. Koota sert notamment de terrain d’expérimentation pour les emballages recyclables, la réduction de l’empreinte carbone ou encore le transport maritime à la voile. "C’est une marque sur laquelle on peut itérer rapidement, tester des innovations avant de les déployer plus largement", explique Edgar Meauxsoone.
Le groupe conserve en parallèle une activité importante en marque distributeur, qui représente encore un peu plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Une part appelée à diminuer progressivement au profit des marques propres, avec un objectif de 40 % d’ici 2030.
Une relance industrielle à 2 millions d’euros
Lorsque Legal est placé en liquidation, Méo-Fichaux choisit finalement de ne reprendre que les actifs immatériels de la société : marques, identité visuelle et propriété intellectuelle.
Le groupe nordiste investit ensuite deux millions d’euros sur fonds propres pour reconstruire entièrement la marque : repositionnement stratégique, nouvelles recettes, redesign complet, développement industriel et campagne de lancement. Cinq recettes inédites ont été créées pour les dosettes et dix références pour les capsules.
La production est assurée sur le site de La Madeleine (Nord), qui a bénéficié de 25 millions d’euros d’investissements en six ans, dont 8 millions d’euros pour une ligne robotisée dédiée aux capsules aluminium. L’usine peut désormais produire jusqu’à 1 680 capsules par minute.
Pour ce projet, Méo-Fichaux s’est appuyé sur son partenaire historique Capsul’in Pro, installé de l’autre côté de la rue à La Madeleine. Le spécialiste, troisième fabricant mondial de capsules, a accompagné le développement d’une capsule aluminium imprimée avant sa mise en forme, une innovation technique permettant d’améliorer le rendu visuel du produit.
Cap sur la grande distribution
La relance de Legal passe d’abord par la grande distribution, canal historique de la marque. Après Carrefour, Système U, Intermarché, Auchan et Monoprix, le groupe espère convaincre E.Leclerc. Les produits sont également commercialisés sur le site e-commerce de la marque.
À moyen terme, Méo-Fichaux n’exclut pas d’élargir les circuits de distribution. "L’objectif est d’avoir un portefeuille de marques capables de coexister et de se développer chacune sur leurs propres territoires", explique le dirigeant.
Le groupe prévoit la production d’environ 20 millions de capsules et dosettes Legal dès la première année. Cette montée en charge est absorbée sans recrutements dédiés, grâce aux capacités existantes de l’usine nordiste, qui emploie 300 salariés.
Le café face au défi climatique
Cette relance intervient dans un contexte de fortes tensions sur le marché mondial du café. Après avoir culminé à des niveaux historiques en 2025, les cours de l’arabica restent encore deux fois supérieurs à leur moyenne historique. Pour Méo-Fichaux, cette hausse traduit surtout une fragilisation structurelle de la filière café sous l’effet du changement climatique. Gelées au Brésil, sécheresses, réduction des surfaces cultivables : selon les projections les plus pessimistes, citées par le dirigeant, jusqu’à 50 % des terres adaptées à la culture du café pourraient disparaître d’ici 2050.
Face à cette menace, le groupe mise sur des relations renforcées avec les producteurs et sur la diversification progressive de ses approvisionnements. "Le café est la deuxième matière la plus échangée au monde après le pétrole. Mais il va devenir plus rare et plus cher. Notre rôle sera de continuer à proposer le prix le plus juste à nos consommateurs tout en permettant aux producteurs de vivre correctement", estime Edgar Meauxsoone.
Dans un marché sous tension climatique, la relance de Legal dépasse donc le simple retour d’une marque populaire. Pour Méo-Fichaux, il s’agit désormais de bâtir un groupe français capable de peser durablement face aux géants mondiaux du café.