La concession du port de Calais-Boulogne aura dix ans en juillet, l’occasion d’une remise à plat des programmes d’investissements. Quelles sont les priorités à Calais ?
L’électrification des quais, pour apporter des capacités de recharge aux opérateurs de ferries, est le projet phare du prochain quinquennat. L’an dernier, une convention a été signée avec RTE pour un raccordement de 99 mégawatts en 90 000 volts d’ici 2029. Aujourd’hui, nous délivrons entre trois et quatre mégawatts, alors que les besoins des compagnies tournent autour de trente. Nous allons basculer dans une consommation électro-intensive, quasi industrielle ! Il faudra donc construire les équipements de transformation de ce courant. Une telle interface avec les navires, susceptible de délivrer une telle puissance, est inédite.
Nous lancerons, en fin d’année, un appel à manifestation d’intérêt pour sa réalisation, en étroite collaboration avec les ports de Douvres (Angleterre) et Dunkerque (Nord), pour harmoniser les connectiques. Il reste des précisions à apporter, en fonction des desiderata des compagnies, en particulier DFDS. Entre trois et quatre quais seront équipés, pour un investissement estimé entre 30 et 35 millions d’euros.
Quelle réflexion est actuellement conduite pour attirer de nouvelles activités ?
Sur la zone industrialo-portuaire, la Région est désormais propriétaire des friches Umicore et Venator, soit une soixantaine d’hectares. Avec l’agglomération et les agences de développement, nous cherchons à y implanter des projets industriels générateurs d’emplois et de trafic. C’est une dynamique de long terme.
"À plus long terme, des projets de poldérisation sont en réflexion. Ils permettraient de gagner plusieurs dizaines d’hectares à l’intérieur de la darse"
La situation économique du port de Boulogne sera, elle aussi, très scrutée, au moment de négociations décisives pour la pêche post-Brexit. À Boulogne, nous réalisons pratiquement 12 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un résultat nettement supérieur à celui qui était envisagé au moment de la mise en concession. Le port de Boulogne génère du cash-flow et, grâce aux économies d’échelle et aux mutualisations, il assure un certain nombre d’investissements issus de ses propres recettes.
L’économie boulonnaise est très liée au développement de la filière halieutique, mais le foncier sur la zone économique de Capécure se fait rare. Quelles sont les pistes poursuivies ?
Le foncier est occupé à 92 %. Les surfaces restantes sont assez éparses et difficilement exploitables pour accueillir les entreprises qui ont besoin de plus de surface. Des groupes comme le logisticien Stef et le transporteur Delanchy sont en cours d’acquisition de bâtiments qui vont être réaffectés en bâtiments logistiques (15 millions d’euros d’investissement).
À plus long terme, des projets de poldérisation (conquête de terres sur la mer ou les zones humides par assèchement NDLR) sont en réflexion, à horizon dix ans. Ils permettraient de gagner plusieurs dizaines d’hectares à l’intérieur de la darse.
Y a-t-il encore une carte à jouer sur le Transmanche à Boulogne ?
Nous sommes en négociations exclusives jusqu’en octobre avec l’armateur irlandais Hibernia Ferries, pour une liaison quotidienne avec Cork (Irlande) qui mêlerait trafic passager, remorques accompagnées et non accompagnées. Nous envisageons entre 50 000 et 60 000 unités fret et 200 000 à 250 000 passagers par an. C’est clairement une de nos ambitions pour développer le port de Boulogne dans les années à venir.