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Le PDG d’Adam Jean-Charles Rinn espère donner la majorité du capital de sa PME à un fonds de dotation
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Le PDG d’Adam Jean-Charles Rinn espère donner la majorité du capital de sa PME à un fonds de dotation

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Jean-Charles Rinn et sa femme Hélène ont déjà cédé 25 % des titres de l’entreprise Adam, une manufacture girondine de caisses et coffrets en bois pour les propriétés viticoles et les entreprises de négoce, à une fondation actionnaire sous la forme d’un fonds de dotation. Cette structure pourrait prendre le contrôle de la PME. Objectif : assurer sa pérennité, son indépendance et son ancrage territorial.

Hélène et Jean-Charles Rinn dirigent la PME girondine Adam depuis 2009 — Photo : Joackim di Dio

Jean-Charles Rinn n’a jamais eu aucune velléité de propriété sur l’entreprise Adam implantée à Sainte-Hélène en Gironde (70 collaborateurs, 12 M€ de CA à fin mars 2024) qu’il avait racheté en 2009 après un deuxième LBO. "Je n’ai pas le sentiment d’être propriétaire de ce bien. D’autant plus que nous ne sommes pas dans un contexte d’entreprise patrimoniale". À l’aube de ses 60 ans, le dirigeant réfléchit déjà depuis quelque temps à la transmission avec sa femme Hélène, codirigeante de l’entreprise. Le couple, s’estimant "privilégié" et s’étant constitué un patrimoine pour assurer sa retraite, explique "ne pas avoir besoin d’accumuler des richesses".

"En France aujourd’hui, céder à titre gratuit à ses salariés n’est possible ni juridiquement ni fiscalement"

Arguant que les cessions d’entreprise mènent "à un affaiblissement de sa structure financière pour rembourser la dette d’acquisition", Jean-Charles Rinn a tout de suite écarté toute monétisation de cession. Si son rêve était de céder gracieusement l’entreprise à ses salariés pour ne pas lui faire subir une troisième levée de dette, il se heurte rapidement à la réalité : "En France aujourd’hui, céder à titre gratuit à ses salariés n’est possible ni juridiquement ni fiscalement". En 2019, la loi Pacte lui ouvre une nouvelle voie via la création d’un fonds de dotation actionnaire. Accompagné par l’entreprise de conseil spécialiste du domaine Prophil et le cabinet d’avocats Delsol, qui en connaissent bien les rouages, le couple cède un quart de ses parts à cette nouvelle entité.

Actionnaire stable et philanthrope

Pour Jean-Charles Rinn, ce fonds de dotation, "incessible, ne peut pas être valorisé en termes monétaires. C’est une forme de patriotisme économique, démontre-t-il. Cela consolide la structure financière d’Adam car le capital reste dans l’entreprise et l’argent gagné est au service de son développement". Sa vocation ? Jouer à la fois le rôle d’actionnaire stable et de long terme, et de philanthrope en soutenant des projets d’intérêt général. "Cela nous permet de nous ouvrir sur d’autres enjeux, notamment territoriaux", assure le dirigeant.

Une gestion collégiale du fonds

Convaincu que les entreprises constituent des acteurs politiques de leur territoire, Jean-Charles Rinn mobilise le fonds pour pousser des modalités de gestion forestière alternative, éduquer à l’environnement, et soutenir des associations comme Sylv’ACCTES qui encourage une gestion forestière vertueuse. La création du fonds, gouverné par trois collèges – fondateurs, salariés, et trois personnalités qualifiées extérieures –, est devenue "un projet d’intérêt familial dans le partage de valeurs qui nous tiennent à cœur, eu égard notamment aux enjeux de l’urgence climatique. Nos enfants peuvent d’ailleurs entrer dans le collège et participer à la définition de la politique d’intérêt général".

Les enfants renoncent à leur héritage

Pour pouvoir céder la totalité de leurs parts, les dirigeants doivent obtenir l’accord de leurs enfants qui devront notifier leur accord et leur renonciation à leur héritage devant deux notaires. "Les 75 % des titres restants sont soumis à leur acceptation", confirme Jean-Charles Rinn, qui se montre néanmoins confiant. S’il consent que la question des héritiers puisse être "une contrainte", il estime avec son épouse avoir eu la chance et l’opportunité de partager ces enjeux avec eux. "Nos trois enfants, âgés de 19, 22 et 23 ans, sont au courant de notre démarche. Ils l’entendent depuis longtemps et la comprennent. Nous leur avons expliqué qu’il ne fallait pas qu’ils considèrent l’entreprise comme un héritage mais comme un bien commun du territoire".

Le fonds majoritaire en 2028 ?

En termes de timing, Jean-Charles Rinn et son épouse Hélène, présidente du fonds, se sont donnés cinq ans, afin que leurs enfants aient le temps de finir leurs études et qu’ils puissent prendre pleinement conscience du sujet. Ainsi, le chef d’entreprise espère qu’en 2028 le fonds deviendra majoritaire. "C’est le temps qui correspond à mon départ. Alors âgé de 65 ans, je ne serai plus dans l’entreprise". En attendant, il se félicite de la présence de ce fonds qui l’oblige à avoir une vraie réflexion sur la gouvernance opérationnelle de l’entreprise. "Nous sommes impliqués dans sa construction avant mon départ". Le chef d’entreprise a structuré un codir avec huit personnes plutôt jeunes. "Elles savent qu’elles doivent reprendre la main dans cinq ans. Notre travail consiste à les accompagner pour qu’elles deviennent autonomes et indépendantes et qu’elles prennent le lead d’ici deux à trois ans lorsque nous aurons avancé sur la dotation capitalistique et sur la consolidation d’une gouvernance opérationnelle".

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