Fraispertuis City a 60 ans et une santé de jeune homme. Le parc de loisirs fondé en 1966 à proximité du hameau de Fraispertuis, rattaché à la commune de Jeanménil dans les Vosges, a battu son record de fréquentation l’an passé : plus de 300 000 visiteurs se sont déplacés entre avril et septembre pour profiter de plus de 35 attractions. "Le passage de cette barre symbolique s’est joué sur le dernier dimanche d’ouverture, mais nous nous attendions à cette hausse, car cela faisait trois ans que nous tournions à environ 285 000 visiteurs par an", livre Patrice Fleurent, président de Fraispertuis.
Passion et investissement, les clés du succès
Cerise sur le gâteau, le parc à l’ambiance Far West a décroché la 18e place au classement 2025 des meilleurs parcs d’Europe de la plateforme TripAdvisor. Un Traveler’s choice award, soit littéralement un "trophée décerné par les visiteurs" qui valide la recette "familiale" à l’origine de cette success-story vosgienne.
Ses ingrédients clés ? La passion, mais aussi une bonne dose d’investissement avec une attraction majeure construite tous les deux ans, en moyenne. "Mes sœurs et moi ne nous étions jamais distribué de dividendes jusqu’il y a deux ans. C’est ce qui nous a permis d’invertir dans de belles attractions et de positionner Fraispertuis City à un haut niveau dans les réseaux de fans de parcs de loisirs", poursuit Patrice Fleurent.
La saga a démarré dans les années 1960 lorsque leurs parents, Simone et Michel Fleurent, font l’acquisition d’une auberge attenante à des étangs de pêche : les amateurs d’évasion viennent y pêcher leurs truites, cuisinées et dégustées ensuite sur place. Passionné de western, Michel Fleurent aménage de premières attractions de plein air avec les revenus de l’auberge : un fort apache, un parcours en poney et un petit train. Suivront un circuit dans une mine d’or et un premier grand huit, le TGV.
Pompiers d’élite américains
C’est en 1988 que le site prend sa véritable dimension de parc de loisirs, en adoptant une entrée à 25 francs, avec accès illimité aux différentes attractions, qui étaient jusqu’alors chacune payantes. Dix ans plus tard, suite au décès de Michel Fleurent, Patrice et ses trois sœurs, Sophie Jacquot, Annick Lecomte et Nadia Triboulot prennent les rênes du parc pour épauler leur mère. La famille ne lésine pas sur les moyens : plus de 1,7 million d’euros sont injectés en 2009 dans une Crique des pirates aux décors grandioses ou encore 4 millions d’euros en 2011 dans les montagnes russes Timber Drop.
L’année 2026 n’échappe pas à la règle. La PME familiale de 25 salariés, pour un chiffre d’affaires de 10,3 millions d’euros en 2025, investit plus de 7 millions d’euros dans Ours’hauts et Fireline Redwood, deux nouvelles attractions, en lieu et place d’un ancien bâtiment logistique. Patrice Fleurent décrit la première comme "une attraction populaire, une tour de chute de 10 mètres de haut qui effectue des rotations à 360°", la cinquième tour du parc. Fireline Redwood se classe, quant à lui, dans la catégorie des grands huit, avec un univers inspiré des pompiers d’élite américains, spécialistes des feux de forêts. "Sur ce parcours de 208 mètres de long, les visiteurs vont descendre sous le niveau zéro, dans une fosse, ce qui devrait nous distinguer des autres grands huit de cette catégorie", se félicite le dirigeant.
Entreprises vosgiennes sur le chantier
Le montage financier a été bâti prudemment, sans prévision de hausse de fréquentation, en associant cinq partenaires bancaires, ainsi que Bpifrance. Le retour sur investissement est estimé à cinq ans pour Ours’Hauts et sept ans pour Fireline Redwood, qui mobilise la quasi-totalité des fonds. À lui seul, le circuit de Fireline Redwood, commandé au Hollandais Vekoma, représente 3 millions d’euros d’investissement. En parallèle, Fraispertuis City a énormément misé sur les décors, à l’instar d’un tronc de séquoia de 19 mètres où grimpe l’attraction. Sur la base de la maquette signée du parisien AG Imaginairing, le vendéen Moreau métal a réalisé le squelette métallique qui sera couvert de béton projeté par le groupe de PME franco-portugais Universal Rocks. Plusieurs entreprises vosgiennes ont également été associées à l’instar du bureau d’études Adam et de l’entreprise Delot (groupe Livio) sur la partie génie civil ou encore de Schoenher pour la charpente bois de la gare et Sodel, pour la partie électricité, avec plus de 40 moteurs à raccorder.
Foncier situé en zone humide
L’avenir se bâtit d’ores et déjà à Fraispertuis City où œuvre également la troisième génération incarnée par Clément Fleurent, 33 ans, le fils de Patrice. Le parc planifie pour la saison prochaine la construction d’un nouveau bâtiment de 720 m² destiné aux bureaux, vestiaires, ateliers de costumes, postes infirmerie, etc. À plus long terme, le site de 11 hectares, dont 6 de parking, s’interroge sur l’accroissement de sa superficie. "Le parc est implanté dans une zone humide. Par conséquent toute extension doit être compensée par des mesures écologiques", rappelle Patrice Fleurent. Mais à l’heure de rouvrir ses portes, ce 4 avril 2026, Fraispertuis City est surtout concentré sur sa nouvelle saison, moteur de toute une économie locale, avec 480 contrats de saisonniers signés chaque année pour faire tourner le parc.