Pour le directeur général de Lucart en France, Benoît Cottel, c’est "une métamorphose". Produisant depuis un site très contraint à Laval-sur-Vologne, dans les Vosges, la filiale française du groupe papetier italien Lucart (CA : 700 M€ ; 1 700 salariés) vient d’investir un total de 15 millions d’euros pour gérer la logistique de ses papiers d’hygiène depuis une nouvelle plateforme de 22 000 m2, située à Saint-Dié-des-Vosges, commune distante de 30 kilomètres. "Le manque de place sur le site de production Laval-sur-Vologne nécessitait d’avoir des partenariats avec sept ou huit stockeurs indépendants", rappelle Benoît Cottel. Avec 350 salariés, Lucart France a réalisé sur le dernier exercice 130 millions d’euros de chiffre d’affaires, en vendant à la grande distribution et à des distributeurs spécialisés dans le "hors-foyer" des essuie-mains pliés, des rouleaux industriels et du papier hygiénique produits à Laval.
Un projet de 18 mois et plusieurs années de réflexion
Signé en juin 2023, l’achat de l’ancienne base logistique Intermarché de Saint-Dié-des-Vosges a permis à Lucart de lancer plus d’un an de travaux pour réviser totalement sa logistique et s’installer dans un outil à la mesure de ses ambitions. "Entre l’acquisition de la base et le fonctionnement à 100 %, c’est un projet de 18 mois. Dont un an de montée en puissance sur l’utilisation de la base", précise le directeur général de Lucart France, en soulignant que les réflexions ont été lancées il y a "plusieurs années". Totalement opérationnel "en capacité" depuis le mois de septembre, le site le sera à "100 % en termes d’organisation à la fin de l’année", assure Benoît Cottel.
70 % de la production stockée à Saint-Dié
À la sortie de l’usine de Laval, 70 % de la production est désormais dirigée vers la base logistique de Saint-Dié : un trajet de 45 minutes en camion, réalisé 20 fois par jour. Et pour limiter au maximum les frictions, le papetier a choisi de mettre en service un système de chargement et déchargement automatique des poids lourds. Les trois remorques assurant le transport des produits ont été équipées d’un convoyeur rétractable, permettant de charger et décharger le camion en 90 secondes. À terme, les 17 500 emplacements pour palettes de la plateforme de Saint-Dié devront être occupés à 85 %, Lucart disposant aussi de 6 000 emplacements de stockage dans l’usine de Laval et d’un autre entrepôt permettant à l’industriel de disposer au total d’un mois de stock.
Des navettes de camions
Jusqu’alors, à la sortie des neuf lignes de transformation de l’usine, les palettes étaient réparties dans les différents entrepôts. Une organisation complexe, nécessitant "de reconstituer les commandes des clients grâce à des navettes de camions", illustre le directeur général de Lucart France. Désormais, pour constituer le chargement des camions au départ, des transpalettes électriques vont tout simplement chercher les produits dans les racks de stockages.
Relais de croissance en Allemagne et au Bénélux
Depuis les Vosges, Lucart livre le marché français, mais aussi l’Allemagne et le Bénélux. "Dans notre industrie, le coût du transport n’est pas négligeable. Donc, il faut tracer un rayon autour du site de production pour voir jusqu’où il est possible de livrer à des coûts entendables", explique Benoît Cottel. Respectivement à quatre heures et deux heures de route en camion, le Bénélux et l’Allemagne sont aujourd’hui perçus comme des relais de croissance par l’industriel : "Ce sont des marchés que nous développons depuis plusieurs années. Maintenant, nous avons la possibilité d’accélérer", estime le directeur général de Lucart, en précisant qu’entre "60 et 70 %" de la production de l’usine de Laval est vendue sur le marché français.
Des tracteurs roulant au HVO
Exploités par le transporteur Mauffrey (CA : 720 M€ ; 5 000 salariés), les camions assurant la navette entre Laval et Saint-Dié seront "alimentés au HVO", se félicite Benoît Cottel. Le HVO, pour Hydrotreated Vegetable Oil, est un carburant synthétique produit à partir de déchets biologiques, et permet de réduire les émissions de CO2 jusqu’à 90 % par rapport à un gazole classique. Un choix en cohérence avec le positionnement stratégique de Lucart. À Laval, le papetier utilise en effet seulement entre 10 et 20 % de pâtes vierges pour produire ses papiers d’hygiène. En plus de recycler des vieux papiers, les équipes de Lucart utilisent depuis 2011 des fibres issues du recyclage des briques alimentaires Tetra Pak. "Ces fibres représentent un tiers de la production", souligne Benoît Cottel, en précisant que la couleur marron des produits obtenus fait presque figure de signature : "Le marché a dû s’habituer, mais aujourd’hui, c’est le symbole du fait qu’il n’y a pas de colorant, que le produit est naturel".