En 2024, Orvia, spécialisée dans la sélection génétique et de l’accouvage de canards, a racheté successivement les couvoirs de Haute Chalosse et Ducournau, implantés dans les Landes. Ces deux croissances externes parachèvent la stratégie mise en œuvre par le groupe nantais pour mieux résister aux futures crises sanitaires. En effet, l’entreprise, détenue par la famille Gourmaud, a subi de plein fouet la crise du Covid, puis les épisodes d’influenza aviaire qui ont suivi.
"En 2020, avec la pandémie de Covid, nous avons subi un choc de la demande : les restaurants, qui représentent 50 % des débouchés pour la viande de canard et le foie gras, ont fermé. Ensuite, les épisodes de grippe aviaire ont provoqué un choc de l’offre. L’obligation d’abattage nous a, en effet, fait perdre 90 % de nos capacités de production en canard Mulard et 65 % de nos capacités de production en canard Barbarie", décrit Eric Houël, directeur général d’Orvia.
Le chiffre d’affaires de l’entreprise, qui avait atteint un point haut à 117 millions d’euros en 2019, a ainsi chuté à 107 millions d’euros en 2020, puis à 72 millions d’euros en 2022. Ce dernier chiffre inclut toutefois un changement de périmètre. En effet, pour être plus résilient face aux prochaines crises sanitaires, Orvia a décidé de revoir drastiquement sa stratégie de développement.
Recentrage sur le canard
Le groupe a ainsi décidé de se séparer de son activité poussins. Représentant 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, elle a été cédée en 2023 à deux acteurs du secteur : les groupes BD France et LDC Amont. "Nous nous sommes recentrés sur notre métier qui consiste à alimenter la filière de la viande de canard en fournissant à nos clients éleveurs qui vont les faire grandir, des canetons d’un jour, soigneusement sélectionnés pour leurs performances. Et ce sur trois espèces : le Mulard qui produit les magrets et foie gras, le Barbarie d’où sont issus les filets et le Pékin qui fournit une viande de consommation courante, essentiellement pour l’Asie", explique Eric Houël.
À la conquête de l’Asie
Ce recentrage s’accompagne d’une accélération du développement international du groupe, à partir de ses places fortes en France et en Europe. Le groupe nantais, qui emploie 658 salariés (dont 375 dans les Pays de la Loire) est leader en France, où il détient 75 % du marché du canard Mulard et 60 % du Barbarie. Même position dominante en Europe avec 62 % des parts de marché du canard Pékin. Le groupe est également présent en Espagne, en Italie, en Hongrie, en Bulgarie et en Pologne. Son vrai concurrent est la société britannique à capitaux chinois Cherry Valley, qui est numéro 1 en Chine, pays qui concentre 80 % du marché mondial de la viande de canard. "Forts du succès de notre caneton en Europe, nous avons décidé d’attaquer le marché de l’Asie du Sud-Est. Fin 2023, nous nous sommes implantés au Vietnam avec l’objectif de prendre 20 % de parts de marché en trois ans", relate le dirigeant.
Joint-venture au Vietnam
Dans cette perspective, Orvia a noué une joint-venture avec un partenaire éleveur et un producteur d’aliments locaux. Orvia dispose ainsi de plusieurs sites dans le pays, approvisionnés en ressources génétiques depuis la France, de manière à fonctionner en autonomie. Les résultats de cette implantation au Vietnam dépassent les attentes du groupe avec une croissance exponentielle. "La demande est tellement forte que nous n’arrivons pas à suivre. Nous avons livré 5,8 millions de canetons en 2024. C’est le double de nos prévisions et notre objectif est d’en produire 20 millions d’ici trois ans. C’est pourquoi, nous lançons la construction d’un nouveau couvoir et de bâtiments d’élevage", annonce Eric Houël. Depuis le Vietnam, Orvia cible également les marchés coréens, indonésiens ou encore du Bangladesh, tous en forte croissance. Le groupe, qui réalise 20 % de son chiffre d’affaires à l’export, dispose en outre d’une filiale en Chine depuis une quinzaine d’années. "Nous nous développons fortement à l’international pour produire là où se trouvent nos marchés", résume le dirigeant.
Dispersion géographique des élevages
Si l’international constitue un axe de développement fort, Orvia a également entrepris de consolider ses positions en France. Le groupe nantais a lancé un plan d’investissement de 20 millions d’euros sur 2023 et 2024 pour sécuriser ses approvisionnements en canetons. "Le plus gros risque pesant sur notre activité est d’ordre sanitaire. Comme les virus progressent à des rythmes différents selon les régions, il nous est apparu pertinent de dédensifier et de disperser géographiquement nos élevages, qui étaient concentrés dans les Pays de la Loire", décrypte Éric Houël. Ainsi, 50 bâtiments d’élevage, notamment les plus proches des couvoirs, ont été fermés dans la région, tandis que 71 bâtiments, situés en dehors des zones à fort risque d’influenza aviaire, entraient en production. À l’issue de cette restructuration géographique, environ 35 % des bâtiments d’élevage et de ponte d’Orvia sont implantés en zones à faible risque de diffusion.
Un conservatoire des lignées pures
Orvia a également investi pour renforcer son conservatoire des lignées pures sélectionnées. Depuis 2016, celles-ci sont systématiquement sauvegardées sur un site, installé dans le Pays basque espagnol, à l’écart des migrations aviaires et des sites de production avicoles. "Ce coffre-fort sanitaire nous a permis de reconstituer notre cheptel et de relancer la production après les épisodes de grippe aviaire", indique le dirigeant.
Renforcement du niveau de biosécurité
Par ailleurs, le niveau de biosécurité des bâtiments restés dans les zones à risque de diffusion a été augmenté. Ils sont désormais équipés d’air filtré et désinfectés. Des sas et des douches ont été mis en place pour les salariés, sur les sites n’en disposant pas encore. Les équipes ont été sensibilisées aux nouvelles procédures sanitaires et formées aux bonnes pratiques. "Toutes les semaines, des prélèvements PCR sont effectués sur nos 300 bâtiments. La vaccination, qui a prouvé son efficacité contre la grippe aviaire, est effective dans 75 % de nos sites de reproducteurs implantés dans des zones à risque et nous vaccinons également les canetons d’un jour avant leur commercialisation", expose Eric Houël.
Tous ces chantiers ont été menés de front depuis mai 2022, date de la première vague de grippe aviaire dans les Pays de la Loire. "Nous sommes passés d’une entreprise concentrée en Pays de la Loire à une entreprise multisites, où chaque région de production est approvisionnée en canetons nés dans la même région. Le développement international nourrit une R & D qui reste nantaise et assure nos performances économiques futures, en améliorant nos produits", conclut Éric Houël.