Le groupe Prodef cultive des savoir-faire artisanaux et industriels français
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Le groupe Prodef cultive des savoir-faire artisanaux et industriels français

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Derrière le groupe Prodef se cachent deux marques emblématiques : la Corvette de La Savonnerie du Midi et la Nénette. Le groupe est aussi un acteur global du nettoyage avec sa marque Hygiène & Nature. Attaché aux savoir-faire traditionnels et aux process de fabrication responsables, ce groupe investit et grandit depuis 100 ans pour être, en France, comme à l’étranger, une vitrine de la qualité et du savoir-faire français.

Entre 2015 et 2019, les chaudrons de la Savonnerie de Marseille ont été rénovés pour assurer la production du véritable savon de Marseille, selon le procédé traditionnel — Photo : Julie Cohen

Pour ses 130 ans, La Savonnerie du Midi s’est offert une seconde jeunesse. Cette cure de jouvence, elle la prépare depuis 2013, lorsqu’elle est devenue une filiale du groupe familial Prodef, en même temps qu’elle redevenait un fleuron de l’industrie du savon de Marseille et du Made In France. Dès 2015, des travaux sont engagés dans les locaux de cette savonnerie historique, jusqu’au lancement cette année d’une nouvelle ligne de fabrication. En 10 ans, le nombre de salariés de la savonnerie est passé de 17 à 43 et son chiffre d’affaires, de 4 millions d’euros à plus de 8 millions d’euros.

Un groupe centenaire

Cette dynamique repose sur la vision d’un groupe centenaire, acteur historique des produits d’hygiène et d’entretien, le groupe Prodef (pour Produits d’entretien Français). Si ce nom ne dit sûrement pas grand-chose au grand public, deux de ses quatre marques sont des stars de leur secteur : la Corvette, donc, qui concentre 130 ans d’histoire du Savon de Marseille, et la Nénette, qui fait briller les plus belles carrosseries. Il y a aussi Hygiène & Nature pour les professionnels du nettoyage, et Maitre Savon de Marseille (créé en 1995, NDLR) dédié aux produits de nettoyage pour la maison et cosmétiques pour le corps.

Guillaume Fiévet, dirigeant du groupe familial Prodef, représente la 4e génération d’entrepreneurs — Photo : DR

Un produit de nettoyage ouvre la voie

C’est avec un produit de nettoyage, le Solitaire Universel que le groupe Prodef voit le jour en 1924 à Paris. Le créateur est l’arrière-grand-oncle de l’actuel dirigeant, un certain Raoul Nordling, dont le destin a été hors du commun. "Outre sa fonction de chef d’entreprise, il était aussi Consul de Suède et joua un rôle majeur au moment de la Libération de Paris en 1944. Parce qu’il réussit à convaincre le général allemand Von Choltitz de ne pas détruire la capitale, son rôle historique sera interprété par Orson Welles dans le film Paris brûle-t-il ? puis par André Dussolier dans Diplomatie", raconte Guillaume Fiévet, le directeur général, en introduction. 4 générations, 4 empreintes L’histoire a donc commencé par un fait d’armes et se poursuit depuis 4 générations, dans la même famille. Se succéderont Raymond Fiévet, neveu de Raoul Nordling, en 1956, puis Jean Fiévet, le fils de Raymond à partir de 1970 et enfin, Guillaume Fiévet à partir de 2013. Chacun laissera son empreinte sur un groupe resté fidèle aux produits d’hygiène et d’entretien et qui connaîtra "une croissance exceptionnelle avec l’essor de la grande consommation", se souvient Guillaume Fiévet. Raymond Fiévet contribue à développer l’entreprise familiale via des opérations de croissance externe. Il rachète des marques telles Décapfour ou PPZ, il se rapproche des " Produits Lion Noir ", puis installe l’entreprise familiale près de Dijon en acquérant les Laboratoires Hygiena-Dijon, Marius Roussey & Cie. Avec Jean Fiévet, le groupe élargit ses activités avec la création d’une société de services de nettoyage, puis la fabrication de ses premiers produits cosmétiques en 2002. Sous son égide, la stratégie d’acquisition se poursuit et les premiers jalons d’une démarche respectueuse de l’environnement sont posés avec la sortie des premiers produits Ecolabel en 2006. Puis en 2010, trois ans avant l’arrivée de Guillaume Fiévet au sein du groupe, son père décide de se concentrer sur son métier d’origine : la fabrication et la commercialisation de produits d’entretien en collectivités avec sa filiale Hygiène & Nature.

L’ouverture au B to C

L’année 2013 marque un tournant dans l’histoire du groupe. Avec l’arrivée de Guillaume Fiévet, Prodef signe l’acquisition de deux marques emblématiques et s’ouvre ainsi au grand public. Il se dote aussi de deux sites de production supplémentaires : La Savonnerie du Midi à Marseille et la Nénette à Carros dans les Alpes-Maritimes. Depuis, Prodef a toujours conservé son siège à Levallois-Perret mais c’est bien depuis Dijon, Marseille et Carros, trois sites qui emploient une centaine de salariés (sur 115 au total) qu’il fait rayonner une certaine idée du savoir-faire français. "Mon père connaissait bien le marché B to C. Il apportait, selon lui, plusieurs avantages : le circuit est complémentaire au B to B et permet donc à l’entreprise de reposer sur deux jambes, il nous ouvre le marché de l’export grâce au Savon de Marseille connu dans le monde entier. Enfin, nous avions désormais deux produits, qui se complètent : le savon liquide, fabriqué près de Dijon et le savon solide réalisé à Marseille", explique Guillaume Fiévet. L’année dernière, l’ensemble a réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 25 millions d’euros. "Hygiène & Nature a une croissance à deux chiffres, quand les autres marques enregistrent une croissance plus modeste. L’objectif est d’atteindre cette année les 26 à 27 millions d’euros, puis les 30 millions d’euros dans 5 ans", explique le dirigeant.

Une savonnerie modernisée

Cette croissance s’appuie notamment sur la Savonnerie du Midi, intégralement rénovée. "De 2015 à 2019, nous avons réalisé d’importants travaux", confie Guillaume Fiévet. Les bâtiments et sols sont rénovés, 5 chaudrons, qui ne fonctionnaient plus depuis 1998, sont remis en service, les chaudières et le process de séchage sont rénovés pour retrouver le "savoir-faire perdu". En 2018, le dernier chaudron remis à neuf est relancé, le musée du Savon de Marseille, un parcours de visite et une boutique d’usine ouvrent leurs portes.

En 2020, les investissements pour faire revivre 130 ans de savoir-faire sont couronnés du Label Entreprise du Patrimoine Vivant. Plus récemment, en 2022, la savonnerie a ouvert une boutique en centre-ville de Marseille et a engagé 1,2 million d’euros dans la création d’une nouvelle ligne de fabrication et de conditionnement avec le soutien de France 2030. "Cet investissement nous permet d’augmenter les capacités de production, jusqu’à 50 % de plus potentiellement, d’augmenter la qualité des produits finis, d’assurer une continuité de production", souligne l’entrepreneur.

Une vitrine du savoir-faire français

À chaque étape de la vie du groupe, "nous sommes toujours guidés par la même idée : approfondir notre ancrage local, progressivement, mais sûrement." Son ancrage à Marseille, mais aussi à Carros où le groupe Prodef perpétue là aussi un produit emblématique, présent depuis des décennies sur le marché de l’entretien automobile.

La Nénette est une frange en coton imprégnée d’un liquide lustrant sans silicone et est une icône des collectionneurs et passionnés du milieu automobile — Photo : Julie Cohen

La lustreuse en coton imprégné Nénette a été conçue en 1947 par Henri Michaud à Lyon, où elle est produite jusqu’en 1988 avant de passer entre les mains des Ets Olivier en Eure-et-Loir. Depuis 2013, elle est fabriquée sur les métiers à tisser de la Compagnie du midi, filiale du groupe Prodef dans les Alpes-Maritimes.

Le dénominateur commun à toutes ces activités : la fabrication dans les territoires, l’attachement à l’héritage culturel, aussi. "Une PME comme la nôtre, soit elle fabrique en France, tout en agissant dans le bon sens sur le plan environnemental et en valorisant les savoir-faire humains, soit elle meurt", résume Guillaume Fiévet.

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