Dans un bleu turquoise et avec une forme de nez remarqué, la maquette du design définitif du train Draisy trône sur le parvis du Palais de la musique et des congrès de Strasbourg, mercredi 25 septembre. Train léger fonctionnant grâce à des batteries électriques, le projet lancé en 2022 a pour objectif de redynamiser les lignes ferroviaires fermées ou qui accueillent peu de circulation dans les territoires ruraux, communément appelé les "petites lignes". "Cela représente près de 9 000 km sur l’ensemble du territoire français", souligne Julien Rat, directeur de la business unit ferroviaire chez Lohr.
L’entreprise alsacienne et ses 2 000 salariés, dont la moitié sont basés en France, porte ce projet aux côtés de la SNCF et de deux entreprises spécialisées dans le domaine des batteries électriques : GCK Battery pour la conception et Stations-e pour la recharge. L’Institut de Recherche Technologique Raileniuma complète le consortium autour de ce projet lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt "Digitalisation et décarbonation du transport ferroviaire" en 2022 dans le cadre de France 2030.
Un projet à l’image de la dynamique du groupe
L’attractivité autour du projet Draisy illustre la forte croissance que connaît le groupe en 2024. Si l’entreprise Lohr a réalisé 250 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2023, dont 70 % à l’export, ce montant devrait dépasser "les 400 millions d’euros cette année", explique la vice-présidente du groupe, Marie-Josée Navarre : "Le marché des portes-voitures a été particulièrement dynamique et porteur. Cela représente près de 70 % du chiffre d’affaires du groupe cette année".
Marché à tendance cyclique, il devrait ralentir dans les prochaines années. "Ce sera alors à Draisy de prendre le relais. C’est un projet sur lequel le groupe compte beaucoup. Aujourd’hui, une ETI est obligée de se diversifier pour compenser les secteurs qui vont moins bien", complète Julien Rat. Le reste du chiffre d’affaires annuel du groupe repose majoritairement sur les transports de défense et de sécurité, avec notamment "la production de véhicules Centaure pour la gendarmerie", détaille Marie-Josée Navarre. Le reste concerne le transport ferroviaire de semi-remorque et les mobilités innovantes.
Une centaine d’emplois créé sur la ligne de production
Les investissements pour Lohr dans le projet Draisy avoisinent "les 20 millions d’euros. Environ 10 millions pour la partie développement et la même somme pour la partie industrialisation", selon le directeur de la business unit. Des agrandissements devraient donc avoir lieu sur le site de Lohr situé à Duppigheim, pour assurer la production du train léger tout en maintenant l’activité actuelle. L’entreprise de transport prévoit la création d’une centaine d’emplois d’opérateur sur la ligne de production lié à ce projet.
Des investissements qui seront réalisés lors du lancement de la phase opérationnelle. La prochaine étape pour le projet Draisy se déroule en 2025, du côté de Velim en République tchèque : le train léger doit réaliser une batterie de tests sur un anneau dédié pour étudier et valider le comportement dynamique du train.
Répondre à de nouveaux besoins ferroviaires
Si la Région Grand Est et la Région Occitanie ont marqué un soutien très appuyé au projet Draisy, aucun contrat n’a pour le moment était passé avec l’entreprise alsacienne. "On espère avoir les premières commandes dès 2026", souffle Julien Rat. "Aujourd’hui les Régions n’ont pas le système qui répond à leurs besoins ferroviaires dans les territoires ruraux. Draisy doit être ce système. Le projet doit permettre de diviser par deux les coûts d’exploitations et de maintenance par rapport à un TER classique. Le coût à l’achat devrait être aussi beaucoup moins élevé, au moins deux fois moins cher."
Un train Draisy a une capacité d’accueil de 80 passagers et pèse seulement 20 tonnes, soit deux fois moins qu’un TER classique. La première circulation à vide du matériel roulant doit avoir lieu en 2027, sur la ligne, récemment fermée, reliant les villages de Sarralbe à Kalhausen en Moselle. La commercialisation doit débuter en 2028. "Le planning est très court mais c’est tout l’enjeu pour Lohr : être les premiers sur le marché des petites lignes", affirme Julien Rat. L’entreprise alsacienne vise la production et la vente de 600 trains Draisy pour le territoire français d’ici 2042. Le marché européen est aussi envisagé, même si pour le moment, "aucune piste concrète" n’est avancée par les cadres du groupe.