Pour Philippe Ahl, le directeur financier de Lorca, l’exercice 2024-2025 a été compliqué : "Tout nous a freinés", résume le dirigeant. "Mais malgré tout, les fondamentaux sont la clé et nous permettent de sortir des résultats solides." Concrètement, le groupe coopératif agricole Lorca, basé à Lemud en Moselle, qui compte 1 700 adhérents et 750 salariés, termine l’exercice sur un chiffre d’affaires de 384 millions d’euros, en recul de 11 millions d’euros par rapport à l’exercice précédent. À 8,9 millions d’euros, l’excédent brut d’exploitation ressort en baisse de 2,4 millions d’euros par rapport à l’exercice précédent. Le résultat net est à l’avenant, en recul d’un million d’euros, pour atteindre 1,5 million d’euros.
Limiter les charges fixes
"En rythme de croisière, le résultat net de la coopérative devrait plutôt tourner autour de 2,5 millions d’euros pour accompagner nos investissements", précise le président du groupe coopératif Lorca, Christian Sondag, qui salue au passage le recours à des organismes de transports extérieurs pour "limiter les charges fixes. Sans cela, la campagne aurait été catastrophique". Pour autant, les capitaux propres de la coopérative ressortent à 129 millions d’euros, "et l’endettement est en recul, soit autour de 15 millions d’euros", précise Philippe Ahl. "Il y a seulement trois ou quatre ans en arrière, notre endettement tournait autour de 20 millions d’euros."
Un accident d’écluse qui perturbe les livraisons
L’exercice 2024-2025 a été marqué par un recul de 15 % de la collecte de céréales, pour atteindre 440 000 tonnes. Rendements en baisse, qualité en recul, la situation était déjà délicate dans les champs, mais un "accident au niveau d’une écluse" est venu encore complexifier la campagne. "Les livraisons de céréales ont été fortement perturbées, entraînant des problématiques de stockage", souligne Morgane Pospiech, directrice du pôle productions végétales du groupe Lorca.
Un coup d’arrêt sur les ventes en magasin
Dans le même temps, les 400 salariés du pôle "Jardin et terroirs", qui exploitent un réseau de 59 jardineries et animaleries, enregistraient un "coup de chaud" d’une "rare violence" après le 15 juin. "D’un seul coup, il s’est mis à faire 35°C, alors que nos ventes sont liées à des activités plaisirs et loisirs dans le jardin", détaille Florian Durand, le directeur du pôle Diversification du groupe Lorca. Un coup d’arrêt qui a pénalisé l’exercice sans masquer une belle performance. "Pour la première fois, nous avons passé la barre des 2 millions de passages en caisse", se félicite Florian Durand.
Face à la concurrence des plateformes chinoises
Au final, le chiffre d’affaires du pôle "Jardin et terroir" ressort à 72 millions d’euros, en progression de 1,69 %. "Nous ne sommes pas tout à fait aux résultats où nous devrions être", reconnaît le directeur du pôle Diversification du groupe Lorca. Si les enseignes exploitées, soit Point Vert et Magasin Vert sont bien identifiées par les consommateurs, le dirigeant rappelle que la concurrence n°1 est aujourd’hui celle des plateformes chinoises : "Temu réalise 20 % de son chiffre d’affaires sur le bricolage", rappelle le dirigeant. Comme tous les dirigeants d’enseignes de Retail, Florian Durand compte sur une "digitalisation intelligente" pour capter les consommateurs. Et sans glisser vers un modèle low-cost, le directeur veut aussi s’appuyer sur une nouvelle offre, avec des produits affichant un positionnement tarifaire plus agressif. "Avant, la concurrence de l’e-commerce, c’était Amazon, et quoi qu’on en dise, leurs entrepôts sont en France. Maintenant, face aux Chinois, c’est plus compliqué…", reconnaît Florian Durand.
2,8 millions d’euros dans les silos de Volmunster
Ce contexte délicat n’a pas refroidi les dirigeants du groupe Lorca, qui ont choisi de maintenir le niveau d’investissement sur l’exercice. Après avoir injecté un total de 9 millions d’euros dans leurs outils de travail sur l’exercice précédent, le groupe a investi 9,8 millions d’euros au cours de 2024-2025. "Nous avons finalisé un certain nombre de projets d’investissement, contribuant ainsi à moderniser nos outils", précise le président du groupe Lorca, en insistant : "L’enjeu, c’est d’être toujours plus compétitif."
Parmi les investissements structurants, figurent les 2,8 millions d’euros fléchés vers les silos du Volmunster, en Moselle. Un montant qui doit permettre au groupe de se doter d’une capacité de stockage de 5 256 tonnes, faisant de ce site le deuxième en termes de capacité, derrière les silos du port de Metz. "C’est un développement conséquent sur l’Allemagne, pour accompagner la collecte dans ce pays, qui nous a amenés à investir", précise Morgane Pospiech. Sur les 1 700 adhérents que compte le groupe coopératif Lorca, entre 150 et 200 viennent d’Allemagne, pour environ 8 000 tonnes collectées. "Actuellement, ces agriculteurs ne trouvent pas de l’autre côté de la frontière un accompagnement à la hauteur de leurs attentes", précise Christian Sondag.
Investir pour moins dépendre du marché des engrais
Toujours au chapitre des investissements, le groupe vient de lancer une unité de production d’urée imprégnée, à Metz, pour 1,7 million d’euros. L’urée imprégnée est un engrais azoté à base d’urée, qui a été enduit d’un additif, le NBPT, un produit permettant de réduire la volatilité de l’urée une fois répandue dans les champs. "Nous ne fabriquons pas l’engrais, mais nous l’imprégnons", précise Christian Sondag. L’investissement a été consenti pour moins dépendre du marché des engrais et de sa volatilité : "Nous avons déjà produit 1 500 tonnes cette année, et l’objectif est d’aller jusqu’à 8 000 tonnes par an", souligne Morgane Pospiech.