Grand Est
Le Grand Est veut devenir le hub européen du quantique : une opportunité pour les entreprises
Grand Est # Numérique # Transition numérique

Le Grand Est veut devenir le hub européen du quantique : une opportunité pour les entreprises

S'abonner

Le Grand Est mise sur le quantique pour renforcer la compétitivité de ses entreprises. Grâce au CESQ de Strasbourg et à un écosystème international, les entreprises de la région du Rhin Supérieur pourront accéder dès juin 2026 à des programmes combinant calcul quantique et haute performance, formations spécialisées et accompagnement technique.

Guido Pupillo pour le CESQ et Joachim Ankerhold pour Quantum BW Quantum BW ont signé un accord pour l’innovation en sciences quantique le 29 septembre — Photo : Stadler Région Grand Est

Le Grand Est veut devenir un hub européen du calcul quantique et haute performance. Le calcul quantique, fondé sur les principes de la physique quantique, ouvre la voie à une informatique capable de traiter d’immenses volumes de données bien plus rapidement que les systèmes classiques. Au cœur de cette ambition : le Centre Européen des Sciences Quantique (CESQ), installé à Strasbourg depuis 2023, et une série d’initiatives destinées à rapprocher laboratoires, start-up et PME autour d’un même objectif : rendre le quantique accessible aux entreprises.

Le CESQ, point de convergence entre recherche et entreprises

Guido Pupillo, professeur à l’Université de Strasbourg et codirecteur du CESQ, a annoncé des avancées dans le programme de transfert de technologies lors d’une conférence de presse donnée le 29 juillet en présence des officiels du Bade-Wurtemberg et de la Région Grand Est.

Guido Pupillo pour le CESQ et Joachim Ankerhold pour Quantum BW ont signé un accord pour l’innovation en sciences quantique le 29 septembre, en présence de FrancK Leroy, président de la Région Grand Est et de Winfried Kretschmann, mnistre-président du Bade-Wurtemberg — Photo : Stadler Région Grand Est

Soutenu par la Région Grand Est et la coopération franco-allemande, le CESQ s’impose comme un point de convergence entre recherche fondamentale et applications industrielles. Il héberge notamment la start-up QPerfect, et pilote plusieurs programmes européens : MaQuEst, UpQuantVal et Enact. Ces projets associent universités, collectivités et entreprises de France, Allemagne et Suisse.

"Les entreprises peuvent participer à tous ces programmes", explique Guido Pupillo. Leur complémentarité ouvre aux entreprises locales l’accès à un réseau européen tout en leur offrant un accompagnement de proximité.

Des programmes ouverts et progressifs

Le Pack Quantique MaQuEst s’inscrit dans la stratégie régionale de développement des technologies quantiques. Il vise à soutenir les entreprises du Grand Est dans leurs premiers pas vers l’usage du calcul quantique, que ce soit pour la recherche, la simulation, l’optimisation ou la cybersécurité. Conçu comme un dispositif d’accompagnement et de financement, il doit permettre aux acteurs économiques de tester concrètement ces nouvelles technologies aux côtés de chercheurs et d’experts. Cofinancé par la Région Grand Est, le dispositif prévoit un appel à projets début 2026. Les modalités sont encore en cours de cadrage, mais les critères d’éligibilité seront larges : "A priori, les entreprises de n’importe quel domaine d’application établies en Grand Est pourront participer", précise Guido Pupillo.

"Tous ces services seront proposés et adaptés au niveau de maturité des entreprises"

L’ouverture du programme aux entreprises est prévue le 1er juin 2026. Objectif : stimuler la montée en compétences et les premières expérimentations industrielles autour du calcul hybride HPC/quantique, qui combine la haute performance des superordinateurs (HPC) avec la puissance du calcul quantique pour résoudre des problèmes complexes plus rapidement.

Dans un premier temps, la formation constituera le socle de l’accompagnement. "Tous ces services seront proposés et adaptés au niveau de maturité des entreprises. Mais, dans les phases initiales du programme, l’accent sera mis sur la formation, tant des professionnels que des cadres", souligne le chercheur.

Un calcul hybride pour des applications concrètes

Les technologies développées s’appuient sur une approche hybride combinant calcul haute performance (HPC) et quantique, un domaine dans lequel la région dispose déjà d’atouts.
L’Université de Lorraine héberge le supercalculateur ROMEO, tandis que Strasbourg concentre des compétences de pointe en physique fondamentale et en informatique quantique. Ces infrastructures offrent aux entreprises un terrain d’expérimentation unique.

Une visite des locaux et des expériences menées au CESQ — Photo : Stadler Région Grand Est

"Le programme Pack Quantique vise à promouvoir les applications du calcul hybride HPC/quantique, peu importe le domaine d’application, tant qu’il y a un intérêt industriel concret et un aspect innovant", résume Guido Pupillo. Les premiers secteurs identifiés ? Biotechnologies, chimie, sciences des matériaux, mais aussi finance et logistique, où la simulation et l’optimisation pourraient trouver de nouveaux leviers d’efficacité.

Un potentiel économique considérable

Pour le codirecteur du CESQ, le potentiel de retombées économiques locales est évident : "Compte tenu du tissu industriel de la région Grand Est, nous anticipons un vif intérêt de la part des entreprises actives dans les domaines de la biotechnologie, des sciences de la vie et de la chimie, en raison des applications potentielles du quantique dans la découverte de médicaments, l’étude des réactions chimiques ou les sciences des matériaux."
Mais le centre veut aller plus loin : encourager l’émergence de nouveaux usages, encore imprévisibles.

Le transfert de technologies joue ici un rôle central. La start-up QPerfect, hébergée au CESQ, développe une pile logicielle permettant d’exploiter les lignes de code quantique sur des architectures hybrides. Issue d’un programme de maturation universitaire, cette jeune pousse illustre la volonté du centre d’accélérer le passage de la recherche à l’industrie.

Une ambition européenne

Avec un investissement global de 50 millions d’euros, le CESQ s’inscrit dans la dynamique de l’agenda franco-allemand pour la souveraineté numérique, signé le 25 juin 2025. Ceci avec les programmes auxquels il est rattaché, dans un ensemble de 28 projets européens financés par les Fonds Européen de Développement Régional (Feder).


Son ambition : faire du Rhin supérieur un pôle d’excellence du quantique et du HPC, où se croisent recherche, industrie et formation.

Un pari ambitieux, mais réaliste. Si les promesses du quantique se concrétisent, le Grand Est pourrait bien devenir l’un des territoires les plus avancés d’Europe dans la transition vers le calcul quantique appliqué.

Grand Est # Numérique # Deeptech # Transition numérique # Attractivité # Infrastructures # Innovation