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Le domaine skiable de Tignes va passer sous pavillon public, la Compagnie des Alpes perd son exploitation
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Le domaine skiable de Tignes va passer sous pavillon public, la Compagnie des Alpes perd son exploitation

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Gérée par la Compagnie des Alpes depuis 35 ans, l’exploitation des remontées mécaniques du domaine skiable de Tignes passera sous pavillon public. La commune de Tignes a annoncé la création d’une société publique locale pour reprendre la gestion dès 2026.

Les remontées mécaniques du domaine skiable de Tignes affichent un chiffre d'affaires de 66 millions d'euros pour 2023 — Photo : Delphotostock

C’est un coup de tonnerre pour la Compagnie des Alpes. Cette filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations se voit retirer l’exploitation des remontées mécaniques du domaine skiable de Tignes. L’annonce de la création d’une société publique locale (SPL) par la commune de Tignes arrive après 35 années d’exploitation par ce groupe coté qui gère des parcs d’attractions (Futuroscope, Parc Astérix…), des hôtels et des résidences ainsi que des domaines skiables. La reprise en main par la collectivité interviendra en 2026, à l’échéance contractuelle de la délégation de service public (DSP) en cours.

"Nous préférons reprendre la main afin d’être plus agile"

Souplesse, agilité et dynamisme du territoire sont les trois motivations de la collectivité. Pour Olivier Duch, 1er adjoint en charge de la vie économique et du développement durable, "le système DSP est trop rigide. La société publique locale nous permet de nous affranchir de l’appel d’offres". Il poursuit : "La neige aléatoire, l’urgence des économies d’énergie, le réchauffement climatique sont autant de raisons à cette décision. Face aux défis environnementaux et sociétaux, si nous étions restés sur un schéma de DSP, nous n’aurions pas la liberté d’apporter des modifications au gré de ces défis sans prendre le risque d’être accusés de favoritisme. Nous préférons reprendre la main afin d’être plus agile".

Un investissement estimé à 410 millions sur 30 ans

La création de la SPL va générer pour la collectivité une dépense de 410 millions d’euros sur les 30 ans à venir. Mais avant cela, la commune de Tignes devra verser à la Compagnie des Alpes, un droit d’entrée estimé à 110 millions d’euros afin d’indemniser les investissements non amortis engrangés par le groupe ainsi que les biens de reprise. À la rupture du contrat, les 300 salariés de la Société des Téléphériques de la Grande-Motte (STGM, filiale de la Compagnie des Alpes exploitant la station de Tignes) seront repris par la SPL.

La capitalisation de la SPL devrait s’élever à 21 millions d’euros. La commune de Tignes en sera majoritaire. La commune de Sainte-Foy-Tarentaise va également participer à la SPL à hauteur de 10 %.

Une SPL comme locomotive de l’attractivité du territoire

Cette future SPL, d’une durée de vie de 30 ans, vient s’inscrire dans un projet global du territoire. La société a pour vocation, notamment, de soutenir la vie à l’année à Tignes et maintenir les 2 000 habitants. Olivier Duch annonce le reversement de 1 % du chiffre d’affaires au projet "Bien vivre à Tignes" qui vise la construction d’infrastructures et de logements. Même si la priorité reste au maintien d’un haut niveau de service du domaine skiable, la municipalité poursuit en parallèle un objectif de diversification vers une intégration des piétons à la montagne (VTT, randonnées, summer parc).

L’élu annonce un investissement de 165 millions d’euros les cinq premières années pour les remontées mécaniques et la modernisation de l’outil de production de neige de culture afin de produire plus avec moins d’eau.

Un coup de maître et un sacré défi

La municipalité savoyarde semble faire un coup de maître en récupérant l’exploitation du domaine. Les remontées mécaniques du domaine skiable de Tignes affichent un chiffre d’affaires de 66 millions d’euros pour 2023 et sont rentables. Ce qui n’a pas toujours été le cas. La Compagnie des Alpes rappelle "avoir repris l’exploitation du domaine de Tignes en 1989/90 alors que ce dernier se trouvait au bord de la faillite".

La future SPL devrait assurer à la Ville de Tignes des redevances fixes et variables ainsi que des dividendes. "Nous espérons 4 millions d’euros par an", affirme Olivier Duch. Ce qui contraste avec les 850 000 euros de dividendes perçus en 2024 pour la période 2022-2023 par la commune, au travers de la délégation de service public.

Un coup de maître peut-être mais également un défi pour cette commune dont les recettes s’élèvent à 28 millions d’euros et qui prévoit entre 200 et 240 millions d’euros de prêts pour les futurs investissements de la SPL.

Bis repetita pour la Compagnie des Alpes

Ce n’est pas la première fois que la Compagnie des Alpes perd l’un de ses domaines skiables.

En 2019, la filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations perdait l’exploitation du domaine des Deux Alpes, en Isère, au profit de Sata Group, contre une indemnisation de 4,5 millions d’euros.

Malgré ces deux pertes, l’expert en gestion de domaines skiables peut encore compter sur l’exploitation de onze domaines de montagne et des participations dans quatre autres (Megève, Avoriaz 1 800, La Rosière et Val Morel). Le chiffre d’affaires des domaines skiables et activités outdoor atteint 542 millions d’euros au cours des 9 premiers mois de l’exercice 2023-2024. Avec les parcs d’attractions et l’activité hôtelière, le chiffre d’affaires du groupe se monte à 975,7 millions d’euros au 30 juin 2024.

Fair-play, dans un communiqué, la Compagnie des Alpes a indiqué qu’elle continuera à assurer la gestion du domaine skiable de Tignes "avec le même degré d’exigence et d’implication, pour servir le niveau d’excellence, les engagements contractuels et ses deux missions les plus précieuses : l’environnement et les clients".

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