Le chou-fleur breton ne trouve plus preneur
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Le chou-fleur breton ne trouve plus preneur

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Le chou-fleur breton a mal au cœur. Son cours est au plus bas, sa consommation en berne, et les coûts de production étranglent ses exploitants. La coopérative Terres de Saint-Malo a déjà ponctionné 300 000 euros dans sa trésorerie pour soulager ses adhérents. Marc Keranguéven, président de l’AOP finistérienne Cerafel, plus important groupement de producteurs de fruits et légumes français, tire la sonnette d’alarme.

Récolte de choux-fleurs en Bretagne. La région assure 90 % de la production française — Photo : L'oeil de Paco - Prince de Bretagne

Mangera-t-on du chou-fleur à Noël ? C’est en tout cas le souhait des producteurs de ce légume historiquement cultivé en Bretagne, qui en appellent à l’aide les consommateurs français. Marc Keranguéven, président de l’association finistérienne d’organisations de producteurs de fruits et légumes Cerafel (350 M€ de CA en 2024, 2 000 producteurs adhérents), tire la sonnette d’alarme. Il estime qu’il y a deux à trois fois plus de volumes de choux-fleurs dans les champs à cette époque que l’année dernière. "Il fait trop doux et trop humide actuellement, la fleur se développe trop rapidement", explique-t-on au sein du groupement. Dans le même temps, les ménages s’en détournent : le chou-fleur connaît une baisse de ses ventes de 8 % par rapport à l’année dernière. De quoi inquiéter fortement la filière bretonne, qui fournit 90 % de la production nationale.

Terres de Saint-Malo ponctionne dans sa trésorerie

La coopérative Terres de Saint-Malo (20 M€ de CA), qui regroupe une cinquantaine d’exploitations dont les légumes sont commercialisés sous la marque Prince de Bretagne, connaît une passe difficile. Avec 15 millions de têtes de choux sur 2 500 hectares de cultures tous confondus, le chou-fleur est le fleuron de sa gamme, il représente 60 % de son chiffre d’affaires. Très apprécié en Europe du Nord (Pays-Bas, Belgique, Allemagne…), le chou-fleur malouin est généralement exporté à 60 %. "C’est un ratio que l’on devrait encore atteindre cette année, mais nos niveaux de prix sont excessivement bas, on n’arrive pas à décoller", se désespère Philippe Réveillard, le président de la coopérative, qui cite l’Italie et l’Espagne comme concurrents. Face à des coûts de production de plus en plus importants dans les structures agricoles (la masse salariale, les intrants, les machines…), le groupement a ponctionné 300 000 euros dans sa trésorerie en novembre pour venir en aide à ses adhérents. "C’est un complément prix. On va sans doute devoir faire autant en décembre… On essaye de négocier avec la Mutualité Sociale Agricole (MSA) sur un échelonnement des cotisations ou avec les banques pour des reports de prêts."

D’autres légumes en crise

Les agriculteurs sont à bout. Dans la cité corsaire, ils ont exprimé leur ras-le-bol en entassant des cageots de chou-fleur devant les remparts de Saint-Malo. Ils ont aussi manifesté devant la sous-préfecture et le centre des impôts. Des aides sont réclamées auprès du ministère de l’Agriculture. "Par rapport aux contacts qu’on a eus, on ne nous laisse pas espérer grand-chose", prévient déjà Philippe Réveillard.

Le chou-fleur n’est pas le seul légume en crise en Bretagne. Le potimarron, la mâche ou le poireau ont eux aussi du mal à trouver preneurs. "C’est un marasme. Le chiffre d’affaires de la coopérative devrait baisser de 20 % cette année. C’est inquiétant pour l’avenir de nos jeunes dans les exploitations."

Une bonne poêlée de légumes bretons le soir de Noël, en lieu et place d’un chapon, soulagerait clairement toute une profession.

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