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"Le capital investissement s’est mieux porté en 2024 qu’anticipé" 
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Bertrand Rambaud président de France Invest "Le capital investissement s’est mieux porté en 2024 qu’anticipé"

Près de 39 milliards d’euros de levées de capitaux et 37 milliards d’euros d’investissements en 2024 : l’année fut bonne dans le capital investissement malgré la délicate conjoncture économique. Un résultat encourageant qu’analyse Bertrand Rambaud, président de France Invest.

Bertrand Rambaud, président de France Invest, également président de Siparex — Photo : France Invest

En 2024, les investissements du secteur du capital-investissement sont repartis à la hausse. Tandis que les levées de capitaux auprès des fonds sont restées dynamiques. Des tendances établies par l'association professionnelle France Invest dans son bilan annuel publié le 26 mars. Bertrand Rambaud, président de l’organisation et président de Siparex, groupe spécialisé dans le capital-investissement, présente ces résultats, optimiste pour l’avenir.

Levées de capitaux en hausse de 9 %, investissements en augmentation de près de 14 % : avez-vous été surpris de constater une hausse des investissements de la part des fonds, dans un contexte d’instabilité politique et économique fort ?

Bertrand Rambaud : Les résultats ont été plus positifs que ce que nous avions anticipé dans le contexte de l’année 2024. Nous sommes satisfaits de voir une orientation favorable de tous les indicateurs de notre métier.

Les chiffres démontrent la robustesse de notre classe d’actifs, très diversifiée et complémentaire. Quand on évoque l’industrie du non coté, on indique généralement que l’addition des capitaux investis par le private equity, les fonds d'infrastructures et la dette privée, représente un montant annuel d’environ 50 milliards d’euros. Nous retrouvons ce chiffre en 2024, ce qui est une très bonne nouvelle !

Quelles ont été les grandes tendances de l’année 2024 ?

Nous avons observé une augmentation des réinvestissements dans les sociétés déjà en portefeuilles, mais nous enregistrons moins de nouvelles opérations d’ouverture de capital que les années antérieures.

Au second semestre, les montants unitaires investis ont été plus élevés que l’année dernière compte tenu en grande partie de la baisse des taux d’intérêt et de l’inflation. Ces deux éléments conjugués ont amélioré les conditions de financement.

"Le capital-investissement a augmenté dans l'industrie, et les biens et services industriels. L'IA, et le numérique, sont également des secteurs très porteurs"

Concernant les levées de fonds, le niveau de souscription a été plus important de la part des assureurs et des banques par rapport à 2023, mais en revanche, plus bas chez les family office et les entrepreneurs. Ces derniers ont beaucoup investi dans le non coté ces dernières années. Leurs nouvelles souscriptions dépendent désormais des retours sur leurs investissements antérieurs, plus longs à se matérialiser.

Comment expliquez-vous le nombre de cessions d'entreprises inhabituellement faible en 2024 ?

En réalité en 2024, les cessions ont progressé en termes de valeur, signe du retour des grandes opérations, mais sont restées stables en volume. Nous estimons cependant que le marché est 30 % en dessous de son volume attendu, au regard des investissements réalisés les années antérieures. Il est freiné par l’environnement conjoncturel, et la baisse des liquidités. Le contexte d’instabilité politico-économique a également généré une forme d’attentisme chez les acquéreurs.

Quels sont les secteurs d’investissement privilégiés ?

Les investissements dans le capital-investissement ont augmenté dans l’industrie, et les biens et services industriels. L’IA, et le numérique, sont également des secteurs très porteurs. En revanche, le secteur du retail a eu plus de difficultés à trouver des financements. Quant à l’infrastructure, les investissements ont été principalement réalisés dans le secteur des énergies renouvelables.

Les PME et ETI constituent un marché résilient même dans les conjonctures délicates. En revanche, les plus grosses opérations sont plus dépendantes des conditions de financement.

Comment le contexte de guerre commerciale entre l’Union européenne et les États-Unis joue-t-il sur les investisseurs ?

Dans notre cas, l’impact reste à ce stade limité car nombre de nos entreprises – start-up, PME et ETI – opèrent majoritairement en France et en Europe. Elles sont donc moins exposées aux aléas internationaux que les grands groupes du CAC 40.

Nos sources de financement proviennent quant à elles, en grande partie de France, et très majoritairement d’Europe. Cela nous protège en partie des conséquences du contexte géopolitique, même si de nombreuses incertitudes persistent, notamment autour des droits de douane. C’est particulièrement le cas de certains secteurs comme les vins et spiritueux. L’activité continue, mais il est vrai que tous les secteurs ne sont pas impactés de la même manière.

Quelles sont les perspectives pour 2025 ?

Depuis le début d’année, nous sentons un frémissement des investissements ainsi que pour l’activité des entreprises. Des secteurs d’activité comme la construction et le retail reprennent doucement, mais d’autres souffrent dans l’industrie à l’instar de l’automobile. On observe une importante polarisation de l’économie.

En 2025, nous avons un fort enjeu sur les cessions. Un certain nombre de facteurs sont favorables à cette reprise : davantage de liquidités, le retour des investisseurs corporate, la baisse des taux… Je suis confiant dans notre capacité à atteindre nos objectifs, d’autant que se manifeste la volonté des grands investisseurs de continuer à investir dans notre classe d’actifs. Nous allons également renforcer notre engagement pour soutenir les grands enjeux de la défense et la souveraineté.

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