Vendredi 26 juillet 2024. La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques dure depuis presque trois heures sur la Seine à Paris, quand soudain, dans la nuit, un cheval argentique surgit, perçant l’obscurité. Il semble galoper sur le fleuve, monté par une cavalière qui incarne Sequana, la déesse de la Seine vénérée par les Gaulois pour accomplir des miracles. L’image est féerique et a fait l’unanimité…
Le concepteur de ce cheval métallique est installé à Nantes. Son agence est située dans le quartier Chantenay, son atelier à Couëron. Peu connu du grand public, l’Atelier Blam travaille pourtant avec les plus grands noms du design, de l’architecture et des marques du luxe.
Un an de travail plébiscité
Depuis, dans la presse, sur les réseaux sociaux, les réactions sont nombreuses et souvent dithyrambiques. "Les collaborateurs de l’entreprise se sont beaucoup investis sur ce projet et ont travaillé jusqu’à 5 heures du matin la dernière semaine pour être sûrs que tout se passe bien, confie Lara Pouclet, responsable de l’agence de Nantes et de la communication. Nous avons reçu une avalanche de messages positifs. Des gens qu’on ne connaissait pas ont pris le temps de nous envoyer des messages très longs pour nous décrire l’émotion que leur avait procuré notre cheval". Aurélien Meyer, dirigeant fondateur de l’Atelier Blam, avoue pour sa part "un plaisir immense" car "l’organisation de Paris 2024 nous a donné la chance d’inscrire notre travail au cœur d’un événement populaire alors que notre univers habituel est plutôt celui du luxe et des initiés."
L’aluminium, matériau fétiche
Le cheval articulé de 1,80 mètre au garrot a été quasiment entièrement fabriqué en aluminium, le matériau de prédilection de l’Atelier Blam qui conçoit aussi des structures en acier et en cuproaluminium. Un matériau "très beau et nuancé, trois fois et demie plus résistant que l’acier" note Aurélien Meyer, utilisé par exemple pour les fontaines des Champs-Élysées inaugurées en 2019.
Un travail d’horloger tenu secret
L’Atelier Blam a consacré un an de travail au cheval et "au-delà des défis techniques, garantir l’effet de surprise durant tous ces mois a aussi relevé de la prouesse" souligne le dirigeant qui explique avoir collaboré "avec plusieurs centaines de personnes en sous-traitance qui n’ont souvent compris que le jour J à quoi avait servi leur travail. C’était comme un travail d’horloger." Le système de flottaison a notamment été élaboré avec la société morbihannaise MMProcess dans les murs de l’École nationale des voiles et des sports nautiques basée à Saint-Pierre-de-Quiberon.
De l’idée à l’œuvre d’art
C’est le directeur des cérémonies des JO de Paris, Thierry Reboul en personne, qui a proposé le projet à l’Atelier Blam, qui a hésité avant d’accepter. "Il fallait relever un défi à la fois technique et technologique, insiste Aurélien Meyer, mais aussi esthétique". La création de ce cheval œuvre d’art, qui sera exposé au siège mondial de Sanofi à Paris à partir d’octobre, a été financée par du mécénat. La monture en aluminium devrait ensuite être accueillie par d’autres lieux d’exposition.
La vasque olympique, autre défi
En plus du cheval, l’Atelier Blam a aussi été choisi pour réaliser la vasque olympique de la cérémonie d’ouverture. Une vasque dessinée par le designer parisien Mathieu Lehanneur (La Factory) également créateur de la torche olympique de Paris 2024. "Il y a dix-huit mois, EDF nous a contactés pour assembler une structure métallique autour d’une flamme électrique décarbonée, une innovation technologique pour éviter de brûler du gaz dans le ciel de Paris" se souvient Aurélien Meyer.
Une renommée mondiale
Le fondateur de l’Atelier Blam estime avoir eu de la chance sur son parcours de créateur d’entreprise, d’abord avec la rencontre des frères Bouroullec (Erwan et Ronan), designers mondialement connus. "Ils ont fait appel à nous pour réaliser le belvédère suspendu au-dessus du canal à Rennes pour les "Rêveries urbaines" en 2016, une exposition en ville qui a fait date, en réunissant tous les grands artistes mondiaux du design, se félicite Aurélien Meyer. Ensuite, Ronan nous a rappelés pour réaliser à Paris les grandes fontaines des Champs-Élysées puis le mobilier extérieur de la Bourse de Commerce – Fondation Pinault."
Autant de belles cartes de visite qui ont fait de l’Atelier Blam une référence mondiale qui a réalisé 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires en 2022-2023 et dont la prestation olympique devrait sans nul doute encore accroître la renommée.