Depuis quelques mois, les câbles sous-marins de l’usine Lapp Muller à Grimaud, dans le Var, sont déployés dans les fermes à saumons en Norvège. "Développé en partenariat avec Lapp Norvège et la compagnie norvégienne Harbor AS, ce câble, novateur et écologique, protège les saumons d’élevage en dégageant un champ électrique éloignant les poux de mer, et désarmant les méduses de leur venin", explique Marc Fernandes. L’application est inédite, elle est la parfaite illustration de la capacité des équipes de Lapp Muller à réaliser des produits sur mesure et à gagner de nouveaux marchés.
Les enseignements des années post-covid
À la tête de cette filiale du groupe allemand Lapp, expert en câbles et connecteurs industriels, depuis novembre 2021, Marc Fernandes conduit un virage stratégique. L’entreprise, longtemps déficitaire, tire les enseignements de la crise sanitaire pour revoir son fonctionnement en profondeur. "Pendant le Covid, grâce à un manager de transition, nous avons réalisé des économies, minimisé les pertes et pris conscience qu’en réorganisant l’entreprise, nous pouvions gagner en efficacité", explique-t-il.
Ces ajustements portent rapidement leurs fruits et sont même amplifiés puisque, "post-Covid, nous avions le vent dans le dos", ajoute-t-il. Au cours de l’exercice 2021-2022, la PME réalise 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et un résultat légèrement positif. L’année suivante est une année record avec un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros et un bénéfice de 200 000 euros.
Cap sur l’électrification et la Défense
Une nouvelle feuille de route a ensuite été définie et s’applique depuis 2024. La stratégie s’articule autour de marchés porteurs, où l’entreprise, experte des câbles marins et sous-marins, possède déjà des savoir-faire, sans délaisser ses marchés historiques, notamment l’oil & gas. Elle pose ses pions dans la Défense, où elle est déjà référencée et dans l’électrification, avec des projets concrets : une première gamme de câbles avait été développée pour alimenter les avions stationnés sur les pistes d’Aéroports de Paris. Forte de ce succès, Lapp Muller décline désormais cette solution pour les navires à quai. La cible géographique est claire : la France, le sud de l’Europe et la Scandinavie.
Une refonte menée tambour battant
En quatre à cinq mois, l’organisation a été entièrement repensée. Ventes, production, prototypage, marketing, communication, gestion RH et budget : rien n’échappe à cette remise à plat. "En jeu : tenir nos promesses et nos délais, gagner en visibilité, définir une stratégie de conquête en ciblant des salons professionnels, comme Euronaval et Eurosatory cette année, embarquer les salariés et enfin bâtir un business plan à horizon 2030", détaille Marc Fernandes.
Le feu vert du groupe est arrivé en janvier 2024. L’équipe est renforcée avec onze recrutements, soit 10 % de l’effectif. Depuis, l’exercice 2024 témoigne de cette transformation : des investissements ont été consentis et le chiffre d’affaires atteint 16,5 millions d’euros. "Pour 2025, la prévision dépasse les 17 millions d’euros, avec un résultat positif attendu (l’exercice se clôture en septembre, NDLR). Le carnet de commandes se remplit : il s’élève à 9 millions d’euros, dont 40 % en provenance des marchés de la Défense", confie le dirigeant. Un investissement stratégique et d’importance permettra prochainement de "rétrofiter" une assembleuse verticale, qui réalise les plus gros diamètres de câbles et de réaliser pas loin du tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise. Les locaux aussi vont s’offrir une nouvelle jeunesse, "pour améliorer les conditions de travail de nos 116 collaborateurs et mettre en valeur nos réalisations."